Nathan m'a demandé où je souhaitais aller.
« Je voudrais d'abord voir un médecin. »
Amira a pris le volant.
Elle n'a posé aucune question pendant les premières minutes.
Peter avait apporté une bouteille d'eau et un petit sac de biscuits.
J'en ai mangé un, puis j'ai remis le reste dans mon sac.
Aux urgences, une infirmière m'a demandé comment j'avais été blessée.
« Mon fils m'a frappée au visage. »
Cette phrase m'a demandé plus de force que je ne l'aurais cru.
Elle l'a notée sans commentaire.
Un médecin a examiné mon visage et vérifié l'absence de signes inquiétants après le coup.
Il m'a interrogée sur les étourdissements.
Je lui ai aussi parlé de ma respiration.
La fumée avait aggravé ma toux pendant des semaines.
Il a revu mes médicaments et m'a conseillé de consulter rapidement mon spécialiste pulmonaire.
« Si vous avez une gêne respiratoire importante, il faut consulter sans attendre », a-t-il ajouté.
Il n'a pas minimisé ma peur.
Il n'a pas non plus prétendu que la consultation réglait tout.
La travailleuse sociale de l'hôpital m'a remis des informations sur les services d'aide aux victimes.
Elle m'a proposé un entretien dans une petite salle.
Nathan est resté dehors.
J'ai apprécié qu'il me laisse cette intimité.
« Est-ce que vous avez un endroit sûr où dormir ? »
« Je ne sais pas encore. »
« Nous pouvons examiner les possibilités ensemble. »
Je lui ai raconté la chambre d'amis.
Les repas que je préparais.
L'argent versé chaque mois.
Les cigarettes de Sloan.
Et surtout la façon dont Daniel m'avait frappée puis était parti dîner.
La travailleuse sociale a attendu que je termine.
Elle a expliqué mes options sans décider à ma place.
Je pouvais déposer plainte.
Je pouvais demander des renseignements sur une ordonnance de protection.
Je pouvais aussi être accompagnée pour mes démarches de logement.
J'ai appelé le service de police depuis l'hôpital.
Un agent est venu recueillir mon récit et m'a indiqué comment obtenir le numéro du rapport.
Je lui ai montré les photographies.
J'ai donné l'heure approximative.
J'ai raconté ce que Daniel avait dit.
« Peut-être que maintenant, tu vas arrêter de parler. »
L'agent a pris des notes.
Il m'a expliqué que l'enquête suivrait son cours.
Il n'a promis ni arrestation immédiate ni résultat précis.
À la sortie, Amira m'a demandé si je voulais aller chez elle.
« J'ai une chambre libre. Personne n'y fume. »
J'ai senti mes épaules se relâcher.
« Seulement pour quelques nuits. »
« Nous verrons après », a-t-elle répondu.
Ce soir-là, j'ai posé mes médicaments sur une table de chevet propre.
La fenêtre fermait correctement.
Je n'avais pas besoin de vérifier si une cigarette brûlait dans le couloir.
La salle d'attente de l'hôpital était remplie de gens qui portaient des douleurs qu'on ne voyait pas.
Un homme tenait une poche de glace sur son poignet.
Une jeune mère essayait de calmer son bébé.
Une dame âgée lisait une revue sans tourner la page.
J'avais l'impression qu'une enseigne lumineuse annonçait mon histoire à tous.
En réalité, personne ne me regardait.
L'infirmière m'a demandé si je souhaitais qu'un proche assiste à l'examen.
J'ai choisi de rester seule.
Depuis longtemps, Daniel répondait à ma place lors des rendez-vous médicaux.
Il disait que je me souvenais mal des noms des médicaments.
Cette fois, j'avais ma liste.
J'ai montré mon inhalateur et la date du dernier contrôle pulmonaire.
Le médecin m'a parlé directement.
Il m'a demandé si j'avais perdu connaissance.
Si j'avais vomi.
Si la douleur augmentait.
J'ai répondu précisément.
Quand il est sorti, j'ai pleuré quelques minutes.
Pas à cause de ses questions.
Parce qu'on m'avait écoutée sans me contredire.
La travailleuse sociale a ensuite pris le temps de distinguer un séjour provisoire d'un véritable projet de logement.
Elle savait que partir rapidement ne suffisait pas.
Il me fallait des prescriptions accessibles.
Un moyen de transport.
Une adresse pour le courrier.
Et des personnes à joindre en cas d'urgence.
J'ai écrit tous ces points dans un cahier.
Le soir, chez Amira, elle m'a proposé de manger dans la cuisine avec elle.
Je n'avais pas très faim.
Elle a réchauffé une soupe.
Nous avons parlé du temps et des nouvelles du quartier.
Elle ne m'a pas obligée à raconter encore mon humiliation.
J'ai pu être autre chose qu'une victime pendant un repas entier.
Après le rendez-vous médical, la pharmacie m'a demandé si j'avais besoin d'un renouvellement prochain.
J'ai montré l'ordonnance.
La pharmacienne a vérifié la date.
Elle m'a expliqué que certains traitements ne pouvaient pas être renouvelés avant le moment prévu.
J'ai pris note.
Je voulais éviter un nouveau déplacement inutile.
Sur le chemin, Amira m'a demandé ce que je faisais avant ma retraite.
Je lui ai parlé de l'usine.
Pendant des années, nous assemblions des pièces métalliques dans un bâtiment où la poussière flottait malgré le nettoyage.
Nous portions des protections dont la qualité avait changé avec le temps.
Je ne savais pas exactement quelle part de ma maladie venait de ce travail.
Mes médecins m'avaient seulement expliqué que mes poumons étaient fragilisés.
Sloan connaissait cette histoire.
Je la lui avais racontée à mon arrivée.
Elle avait dit que cela devait être difficile.
Puis, quelques semaines plus tard, elle avait recommencé à fumer dans la cuisine.
Amira a gardé les yeux sur la route.
« Tu lui avais demandé plusieurs fois ? »
« Oui. »
« Alors ce n'était pas un malentendu. »
Je n'ai pas répondu immédiatement.
Je repensais à mon habitude de trouver des excuses à tout le monde.
Un jour, Sloan avait dit que le vent poussait sa fumée vers ma chambre.
Une autre fois, elle avait affirmé que la hotte suffisait.
Je ne m'étais pas mise en colère.
J'avais acheté un petit purificateur d'air d'occasion.
Il faisait trop de bruit.
Daniel avait fini par me demander de l'éteindre.
« Il dérange Sloan », m'avait-il dit.
Je me suis souvenue de cette phrase pendant que nous attendions à un feu rouge.
C'était une phrase minuscule.
Elle résumait pourtant beaucoup de choses.
Le soir suivant mon passage à l'hôpital, j'ai appelé mon ancienne collègue Bessie.
Nous avions travaillé côte à côte pendant quinze ans.
Elle vivait maintenant dans un autre quartier de Columbus.
Je n'avais pas eu le courage de lui dire ce qui s'était passé chez Daniel.
Je l'avais souvent entendue me demander si tout allait bien.
Je répondais que j'étais très occupée.
Cette fois, j'ai dit la vérité.
Bessie a gardé un long silence.
« Loretta, est-ce que tu es en sécurité maintenant ? »
« Oui. Je suis chez Amira. »
« Alors nous parlerons du reste après. »
Elle n'a pas commencé à insulter Daniel.
Elle n'a pas exigé tous les détails.
Elle m'a demandé si j'avais pris mes médicaments.
J'ai souri malgré moi.
Bessie connaissait mes habitudes.
Quand nous travaillions de nuit, elle me rappelait de boire de l'eau.
Je lui rappelais de manger avant le lever du jour.
Nous nous étions soutenues sans grandes phrases.
Elle m'a proposé de passer me voir le week-end.
Je lui ai demandé d'attendre quelques jours.
J'avais besoin de repos.
« Tu n'as pas besoin de t'excuser », a-t-elle répondu.
Après cet appel, j'ai pris une douche chaude.
J'ai posé le linge humide dans un panier.
Amira m'avait montré où se trouvaient les serviettes supplémentaires.
Elle avait aussi demandé que je laisse la porte de ma chambre ouverte si j'avais besoin d'aide.
Je l'ai fermée pour dormir.
C'était mon choix.
Je me suis couchée avec les documents médicaux à portée de main.
Le bleu sur ma joue me faisait encore mal.
La peur ne s'en irait pas en une nuit.
Mais mon corps n'était plus exposé à la fumée du couloir.
J'ai respiré lentement jusqu'à m'endormir.
La travailleuse sociale m'a demandé si j'avais des proches avec lesquels je souhaitais renouer.
J'ai pensé à Bessie.
Puis à une cousine que je n'avais pas vue depuis un mariage.
Je ne voulais pas téléphoner à tout le monde en une seule journée.
J'ai donné le nom de Bessie comme personne de confiance supplémentaire.
Nous avons aussi parlé de l'importance de ne pas partager mon adresse avec quelqu'un qui me faisait peur.
Je lui ai demandé si elle pensait que j'avais trop tardé.
Elle n'a pas répondu par un jugement.
« Nous regardons surtout comment vous pouvez être en sécurité maintenant. »
J'ai noté les coordonnées du service.
Je savais que des jours de doute reviendraient.
Je voulais pouvoir appeler sans recommencer toute l'histoire de mémoire.
Quand Amira m'a retrouvée dans le couloir, elle a ouvert son sac.
Elle avait apporté une petite boîte de mouchoirs.
Je me suis mise à rire.
« Tu me connais donc si bien ? »
« Je connais les journées difficiles. »
Elle m'a raccompagnée sans chercher à m'arracher une confession de plus.
Chez Amira, j'ai accroché ma liste de médicaments près de mon sac.
J'ai préparé une seconde copie pour les rendez-vous.
Ce n'était pas la première fois que j'organisais des documents médicaux.
J'avais longtemps fait cela pour Daniel quand il était petit.
Je connaissais la patience nécessaire.
Je n'avais simplement pas pensé à l'appliquer à moi-même.
Quand Amira est entrée pour me souhaiter bonne nuit, je lui ai dit que je voulais apprendre à prendre soin de moi avec la même attention.
Elle a souri.
« Je t'aiderai si tu le souhaites. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Ce que mes relevés bancaires révélaient sur les six mois passés chez Daniel
À neuf heures, les personnes que j’avais appelées sont arrivées pour m’aider à sortir #11
Part 2 of 16

2 Comments on “PARTIE 2 – La visite médicale et le dépôt de plainte qui ont remplacé mon silence habituel”