PARTIE 4 – Le logement provisoire, mes médicaments et les clés que je voulais récupérer

Chez Amira, j'essayais de ne pas prendre trop de place.

Je rinçais ma tasse avant qu'elle ait fini son café.

Je pliais le plaid du canapé plusieurs fois par jour.

La troisième matinée, elle m'a regardée avec douceur.

« Tu n'as pas à gagner ton lit en travaillant. »

Cette phrase m'a presque fait pleurer.

J'ai pris rendez-vous avec une conseillère d'une association locale d'aide aux aînés.

Elle m'a expliqué les listes d'attente pour les logements abordables.

Elle m'a donné plusieurs adresses où des logements de plain-pied pouvaient se libérer.

Je n'ai signé aucun bail ce jour-là.

Il y avait des dossiers et des critères à vérifier.

Nathan a proposé de m'accompagner pour récupérer le reste de mes effets personnels.

Je voulais mes albums.

Mes papiers médicaux.

La boîte à couture de ma mère.

Et une petite casserole cabossée que je possédais depuis mon premier appartement.

« On peut organiser cela sans te mettre en danger », a-t-il dit.

Il a pris contact avec Daniel par écrit.

La réponse est venue deux jours plus tard.

Vous pouvez venir samedi entre dix heures et midi.

Sloan ne veut pas d'histoires.

J'ai relu la dernière phrase.

Depuis six mois, je n'avais cessé d'éviter les histoires.

J'en avais payé le prix.

Samedi, Nathan et une voisine d'Amira m'ont accompagnée.

Daniel était dans le jardin.

Sloan ne s'est pas montrée.

J'ai trouvé mes vêtements dans des sacs-poubelle noirs.

La photo de la remise de diplôme reposait dessus.

Je l'ai prise délicatement.

Mon fils s'est approché.

« Tu exagères tout. »

« Je suis venue chercher mes affaires. »

« Tu as porté plainte ? »

Je n'ai pas répondu à cette question.

Nathan lui a demandé de nous laisser terminer.

J'ai vérifié chaque tiroir.

Il manquait deux enveloppes contenant mes anciennes fiches de paie.

Daniel a fini par les retrouver dans un carton du garage.

Je n'ai pas discuté de l'argent avec lui.

Nous avions convenu d'un échange écrit séparé.

Quand le dernier sac a été chargé, j'ai aperçu la petite chambre depuis le couloir.

La fenêtre était encore entrouverte.

Le loquet était cassé.

Pendant tout l'hiver, j'avais placé une serviette contre le courant d'air.

Je n'avais jamais osé demander qu'on le répare une deuxième fois.

Je suis repartie sans jeter un regard derrière moi.

Dans la voiture, j'ai demandé à Nathan :

« Est-ce que je peux être triste de quitter mon fils et soulagée en même temps ? »

« Bien sûr. »

Il n'a rien ajouté.

C'était exactement la réponse dont j'avais besoin.

La première recherche de logement m'avait découragée.

Des annonces promettaient des appartements abordables, puis révélaient des frais que je n'avais pas prévus.

D'autres se trouvaient trop loin de mon médecin.

Il y avait des marches à l'entrée.

Ou des fenêtres qui donnaient sur un parking bruyant.

Je craignais de faire la difficile.

Amira m'a rappelé que mes poumons ne me permettaient pas d'ignorer les conditions de vie.

Nous avons pris le bus jusqu'à une permanence associative.

Une bénévole a regardé ma liste de dépenses.

Elle m'a posé des questions sur ma mobilité.

Je pouvais encore cuisiner, gérer mes papiers et sortir seule.

Mais les escaliers me fatiguaient.

Nous avons parlé d'un logement de plain-pied.

J'ai demandé si une résidence acceptait les visites de mes amis.

La bénévole a paru surprise.

« Bien entendu. »

J'avais vécu si longtemps dans une chambre où la présence d'un visiteur provoquait des remarques que je ne considérais plus cela comme évident.

Le soir, j'ai écrit trois choses que je voulais dans mon futur foyer.

Une fenêtre qui ferme.

Un endroit pour mes livres.

La possibilité de recevoir des gens sans demander pardon.

Cette liste tenait sur la moitié d'une page.

Elle me paraissait pourtant immense.

La veille de récupérer mes affaires, j'avais préparé une liste.

Chaque ligne évoquait une pièce de la maison.

Dans la salle de bain, mes médicaments de secours.

Dans la chambre, mes livres et mes vêtements.

Dans le garage, une boîte de vieilles décorations.

Dans la cuisine, la petite casserole héritée de ma mère.

Je ne voulais pas que l'émotion me fasse oublier l'essentiel.

Nathan m'a proposé de reporter la visite si je me sentais trop mal.

Je lui ai dit que j'étais prête.

Amira avait prêté des cartons solides.

Elle avait écrit mon prénom dessus avec un feutre noir.

À la maison, j'ai retrouvé plusieurs objets déjà emballés par Sloan.

Une tasse était cassée.

Un foulard manquait.

Je ne me suis pas disputée à ce sujet.

J'ai pris des photographies de ce qui était abîmé.

J'ai demandé où se trouvait le reste.

Daniel a haussé les épaules.

« Elle a fait ce qu'elle pouvait. »

Je lui ai répondu que je cherchais seulement mes effets.

Il m'a suivi jusqu'au pied de l'escalier.

« Tu vas vraiment rester avec ces gens ? »

« Je cherche un logement. »

« Tu sais bien qu'ils ont leur propre vie. »

J'ai marqué une pause.

« Oui. Et c'est justement pour cela que je prépare la mienne. »

Pour une fois, je n'ai pas tenté de rendre ma réponse moins gênante.

J'ai continué à porter les cartons.

À la fin, je n'avais presque plus de souvenirs matériels dans cette maison.

Le plus lourd, pourtant, n'entrait dans aucune boîte.

Le retour à la maison de Daniel pour récupérer mes affaires m'avait laissé plus fatiguée que je ne l'avais prévu.

J'ai passé le reste de l'après-midi chez Amira sans ouvrir les cartons.

Elle m'a demandé si je souhaitais un thé.

J'ai répondu oui.

Elle a déposé la tasse près de moi.

Nous sommes restées silencieuses.

Au bout d'un moment, j'ai sorti la photographie de la remise de diplôme.

Je l'ai posée sur mes genoux.

« Il était si heureux ce jour-là. »

Amira a regardé l'image.

« Je me souviens de la cérémonie. Il faisait une chaleur terrible. »

J'ai ri.

« Mon chapeau n'arrêtait pas de tomber. »

Nous avons parlé du buffet organisé ensuite chez moi.

Nathan était venu aider à disposer les assiettes.

Peter avait apporté une tarte.

Daniel avait annoncé qu'il ferait de grandes choses.

Je l'avais cru.

Il avait effectivement réussi dans son travail.

La grande maison, la voiture et les vêtements coûteux en témoignaient.

J'avais confondu sa réussite matérielle avec la personne qu'il était devenu.

Dans le salon d'Amira, je me suis demandé depuis quand je n'avais plus eu une vraie conversation avec lui.

Nos échanges concernaient surtout les courses et les tâches.

Il ne me demandait plus ce que je lisais.

Il ne connaissait pas le nom de mon spécialiste.

Il ne m'avait pas interrogée sur Bessie depuis des mois.

Je n'avais pas seulement perdu un logement.

J'avais dû accepter que ma relation avec mon fils était plus fragile que je ne le pensais.

Amira m'a proposé de mettre la photo dans une enveloppe pour la protéger pendant le prochain déménagement.

Je l'ai remerciée.

J'ai écrit sur l'enveloppe : Diplôme de Daniel.

Je ne l'ai pas jetée.

Et je n'ai pas décidé ce soir-là de ce qu'elle signifierait pour l'avenir.

Le jour où nous avons vidé les derniers cartons, j'ai retrouvé une vieille écharpe en laine.

Je l'avais tricotée pour Daniel pendant un hiver particulièrement froid.

Il avait été trop fier pour la porter à l'école.

Puis il l'avait glissée dans son sac en cachette.

J'ai souri en reconnaissant une maille ratée près du bord.

Je l'ai pliée soigneusement.

Amira m'a demandé si je voulais la garder.

« Oui. Elle m'appartient aussi. »

Ce souvenir ne devait pas devenir un piège.

Je pouvais garder l'écharpe et refuser de retourner dans la maison.

Nous avons placé les derniers objets dans un placard.

Il me restait peu de meubles.

Mais ce que j'avais était choisi.

Je n'avais pas besoin de cacher mes photos pour éviter les commentaires de Sloan.

Je n'avais pas besoin de demander si une tasse ancienne convenait à la décoration.

Je pouvais simplement décider de la garder.

Cette liberté avait la taille d'une petite étagère.

Elle me semblait considérable.

En attendant la réponse des services de logement, j'ai fait une petite liste de choses qui me plaisaient.

Je voulais une place pour mes chaussures près de la porte.

Une lumière assez forte pour lire.

Une chaise dans la cuisine.

Un tiroir réservé à mes papiers.

Ce n'était pas grand-chose.

J'ai pourtant pris du plaisir à imaginer ces détails.

Pendant six mois, j'avais adapté ma vie à une chambre qu'on appelait celle des invités.

Je voulais désormais un endroit conçu pour une personne qui comptait vraiment : moi.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : L’enquête a commencé sans que la police promette une solution instantanée

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À neuf heures, les personnes que j’avais appelées sont arrivées pour m’aider à sortir #11

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