PARTIE 9 – Dans mon nouvel appartement, j’ai appris que le projet avait aussi des conséquences pour les voisins

Mon premier matin dans l’appartement, j’ai cherché la cafetière dans trois cartons.

J’ai fini par la retrouver sous les torchons.

Je l’ai posée sur la petite table de Walter.

Le soleil éclairait la fenêtre du salon.

Il n’y avait pas assez de place pour mes deux fauteuils.

Mais je pouvais circuler sans me cogner.

J’ai installé une photographie de Walter près de la lampe.

Puis j’ai ouvert un cahier neuf.

J’y ai écrit toutes mes dépenses.

Le loyer.

L’électricité.

L’assurance automobile.

Les courses.

Les taxes estimées pour la parcelle.

Le coût possible de sa remise en état.

Une éventuelle transaction n’effaçait aucune de ces factures.

Je voulais être certaine de pouvoir vivre si les négociations échouaient.

Le dimanche suivant, Martin m’a appelée.

Plusieurs voisins s’étaient réunis pour parler du projet d’accès.

Il m’a demandé si je souhaitais les rencontrer.

J’ai accepté, à condition que chacun sache que je ne représentais pas le promoteur.

Nous nous sommes retrouvés dans une salle communale.

Il y avait huit personnes autour des tables pliantes.

Une agricultrice craignait que les camions passent trop près de ses champs.

Un couple s’inquiétait du bruit.

Un autre propriétaire souhaitait vendre une partie de ses terres pour financer sa retraite.

Personne n’était entièrement pour ou contre.

Les intérêts se croisaient.

Martin a présenté les plans qu’il avait reçus.

J’ai posé mes documents sur la table.

Une femme nommée Ruth m’a demandé si j’avais déjà signé.

« Non. »

Elle a soupiré.

« Alors vous pouvez encore demander des garanties. »

Elle habitait près du ruisseau depuis vingt-sept ans.

Son mari avait construit un petit pont sur leur propriété.

Ils craignaient les effets d’un chantier sur l’écoulement des eaux.

Je lui ai promis de transmettre ses questions à Evelyn.

Je ne pouvais pas promettre de réponse.

Je pouvais au moins éviter de les ignorer.

Après la réunion, Ruth m’a montré une photographie ancienne.

On y voyait Walter près de la caravane, bien avant l’incendie.

Il tenait un poisson ridicule, plus petit que sa main.

Je me suis mise à rire.

Ruth a souri.

« Il l’a montré à tout le monde comme si c’était un trophée. »

Je lui ai raconté qu’il prétendait connaître personnellement chaque poisson du ruisseau.

Nous avons parlé de lui quelques minutes.

Cette conversation m’a rappelé qu’il avait eu une vie entière avant de me rencontrer.

Je n’en connaissais pas toutes les parties.

Cela ne réduisait pas notre mariage.

Cela lui donnait davantage de profondeur.

Sur le chemin du retour, j’ai appelé Evelyn.

Je lui ai parlé des préoccupations des voisins.

Elle a suggéré de demander des documents sur le bruit, les eaux pluviales et la circulation.

« Vous ne pouvez pas résoudre toutes les inquiétudes du comté », a-t-elle dit.

« Mais ce qui arrive aux propriétés voisines peut aussi affecter la vôtre. »

Le lendemain, j’ai reçu un appel d’Aaron.

Il voulait savoir comment se passait mon installation.

J’ai regardé les cartons empilés près de la porte.

« J’ai encore du travail. »

Il a proposé de monter une bibliothèque.

Je lui ai répondu que j’avais un tournevis et du temps.

Il a ri.

Puis sa voix est devenue hésitante.

« Melissa a demandé si tu avais reçu de l’argent pour le terrain. »

« Non. »

« Je lui ai dit que ce n’était pas notre affaire. »

Je n’ai pas répondu immédiatement.

Aaron a repris.

« Tu sais, nous n’avons pas été justes avec toi. »

Cette fois, il ne parlait pas seulement de l’église.

« Je ne peux pas te dire que c’est oublié », ai-je dit.

« Je ne te le demande pas. »

Nous sommes restés quelques secondes silencieux.

Puis il m’a parlé de sa fille, qui venait de commencer un cours de musique.

Il avait l’air fier.

Je l’ai écouté.

Quand nous avons raccroché, je n’avais pas décidé de notre avenir familial.

Je n’étais pas tenue de le décider ce jour-là.

J’ai repris ma bibliothèque.

Une vis m’a échappé.

Elle a roulé sous la table.

J’ai dû m’agenouiller pour la récupérer.

Walter aurait déclaré que les vis choisissent toujours l’endroit le plus difficile d’accès.

J’ai souri toute seule.

Le soir, Claire a envoyé de nouveaux plans.

Le tracé proposé avait changé.

Il s’éloignait légèrement du ruisseau.

Mais il utilisait davantage de superficie que prévu.

J’ai ajouté une nouvelle question à mon cahier.

Ce projet pouvait-il préserver le terrain sans le rendre inutilisable ?

La réponse comptait autant que le prix.

Lors de la réunion des voisins, nous avions décidé de transmettre nos questions séparément aux services concernés.

Ruth m’a demandé de l’aider à organiser ses documents.

Elle possédait des photographies du ruisseau prises après plusieurs fortes pluies.

Certaines montraient l’eau à des niveaux inhabituels.

Nous avons noté les dates approximatives sans affirmer qu’elles démontraient un risque particulier.

Un ingénieur devait pouvoir les interpréter si elles se révélaient utiles.

Martin a apporté une ancienne carte agricole.

Nous avons comparé les chemins visibles avec ceux des plans actuels.

Plusieurs tracés ne correspondaient pas exactement.

J’ai résisté à l’envie d’en tirer une conclusion.

Ce travail me rappelait les dossiers médicaux de mon ancien emploi.

Une observation devait être datée.

Une hypothèse devait être présentée comme telle.

Une décision exigeait davantage qu’une impression.

Après notre réunion, Ruth m’a invitée à déjeuner.

Elle avait préparé une salade de pommes de terre.

Nous avons parlé de nos époux, des jardins et des années passées à travailler.

Je lui ai confié que je redoutais parfois le moment où une vente pourrait vraiment aboutir.

« Tu as peur de regretter ? »

« Oui. Et de ne pas regretter aussi. »

Elle a ri doucement.

« C’est une réponse honnête. »

Elle m’a conseillé de définir ce que je souhaitais préserver avant de regarder un prix.

J’ai noté trois choses le soir même.

La sécurité financière.

La possibilité de revenir près du ruisseau.

L’absence d’obligations que je ne pourrais pas assumer.

Quand j’ai revu Evelyn, je lui ai montré ces priorités.

Elle les a utilisées pour orienter les prochaines questions.

Je commençais à comprendre qu’une négociation réussie ne consistait pas simplement à obtenir le nombre le plus élevé.

J’ai ensuite rédigé à Claire une liste de questions issues de la réunion des voisins.

Je n’y ai joint aucun reproche.

Je demandais des études, des dates et des interlocuteurs.

Elle a répondu que certaines informations seraient disponibles lors des étapes administratives.

D’autres étaient encore en préparation.

J’ai transmis sa réponse aux personnes intéressées sans la présenter comme une garantie.

Ruth m’a remerciée.

Martin a trouvé que les documents restaient difficiles à lire.

J’étais d’accord.

Nous avons décidé de poser nos questions lors d’une réunion publique plutôt que d’interpréter seuls les cartes.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Une contre-proposition solide a obligé les acheteurs à préciser leurs engagements envers mon terrain

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Le dernier cadeau de Walter semblait dérisoire jusqu’à ce que je retrouve un vieux carnet #11

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