PARTIE 9 – Les photographies prises par Bruce ravivent les soupçons, tandis que Dorothy redécouvre les libertés de sa propre maison

Lily est venue le dimanche suivant.

Mark l'a déposée à quatorze heures.

Il est resté sur le perron.

« Je reviendrai à dix-sept heures », a-t-il dit.

Je l'ai remercié.

Nous n'avons pas parlé de la réunion chez Samuel.

Lily avait apporté une grande pochette cartonnée.

Elle en a sorti six dessins.

Sur le premier, on voyait la rue où j'habitais.

Les maisons étaient penchées.

Les arbres avaient des racines violettes.

Une petite femme portait une robe rouge au milieu de la route.

« C'est toi », a expliqué Lily.

« Je me trouve très élégante. »

Elle a ri.

Nous avons préparé des biscuits à la cannelle.

Elle m'a raconté que son professeur lui avait conseillé de présenter un dossier à une école d'art.

Elle craignait de ne pas être assez talentueuse.

Je lui ai montré un vieux coussin que j'avais brodé à son âge.

Les points étaient irréguliers.

Une fleur avait six pétales d'un côté et quatre de l'autre.

« Il faut commencer quelque part », lui ai-je dit.

Elle a passé les doigts sur les fils.

Puis elle m'a demandé si Raymond dessinait.

J'ai sorti une boîte de photos.

Nous avons regardé des images de son grand-père construisant une cabane pour Mark.

Il avait peint une fenêtre de travers.

Nous avons ri ensemble.

À seize heures, Lily s'est installée près de moi sur le canapé.

« Maman dit qu'il faut faire attention à toi parce que tu oublies des choses. »

Je l'ai regardée.

Elle fixait ses mains.

« Tout le monde oublie parfois des choses », ai-je répondu.

« Tu es malade ? »

« Je vois régulièrement mon médecin. Il ne m'a pas dit que je ne pouvais plus décider de ma vie. »

Je ne voulais pas transformer cet après-midi en interrogatoire sur ses parents.

« Si tu t'inquiètes pour moi, tu peux me le dire. Mais tu n'as pas à choisir un camp. »

Elle a hoché la tête.

Puis elle a posé une question qui m'a serré le cœur.

« Vous allez être fâchés pour toujours ? »

J'ai pris le temps de répondre.

« Je ne sais pas ce qui arrivera. Les adultes doivent parfois changer leur manière de se parler. »

Elle m'a montré le dernier dessin.

Il représentait un pont au-dessus d'une rivière.

« Celui-là s'appelle Le passage », a-t-elle dit.

Je ne sais pas si elle avait choisi ce titre pour nous.

Je n'ai pas voulu lui demander.

À dix-sept heures, Mark est revenu.

Lily a rangé ses affaires et m'a serrée longtemps dans ses bras.

Sur le seuil, Mark a remarqué la nouvelle rampe dans le couloir.

« Tu as fait des travaux ? »

« Quelques aménagements. »

« Je pouvais t'aider. »

« J'ai préféré faire appel à un artisan. »

Il a baissé les yeux.

« Je comprends. »

Ce soir-là, j'ai collé une petite reproduction du dessin de Lily sur mon réfrigérateur.

À l'endroit où j'avais autrefois affiché les photos des jumeaux bébés.

Le lundi, Samuel m'a envoyé une copie de la réponse écrite de Bruce.

Il confirmait qu'il n'avait reçu aucun mandat signé de ma part.

Il n'avait ni inscrit ma maison sur un site de vente ni organisé de visite officielle.

Il reconnaissait néanmoins avoir discuté du prix possible avec Alicia et avoir photographié certaines pièces lors de précédentes visites.

Je me suis rappelé l'homme qui « admirait les moulures ».

J'avais servi du café pendant qu'il examinait le salon.

À l'époque, je n'avais pas compris pourquoi il regardait le plafond de si près.

Samuel m'a expliqué que l'absence de mandat limitait ce que Bruce pouvait faire légalement.

Il me conseillait de ne pas le laisser revenir sans raison précise.

J'ai relu la réponse.

Je n'avais pas perdu ma maison.

Mais des gens s'étaient autorisés à la considérer comme une possibilité financière sans me demander mon avis.

J'ai décidé de noter ce fait.

Pas pour m'y accrocher toute ma vie.

Pour ne pas le minimiser plus tard.

En consultant la réponse de Bruce, j'ai repensé à sa première visite.

C'était un samedi de juin.

Alicia avait proposé de venir déjeuner avec Mark et les jumeaux.

Elle était arrivée accompagnée de cet homme que je connaissais seulement de nom.

Elle l'avait présenté comme un ami passionné par les maisons anciennes.

Bruce avait complimenté mes fenêtres et le parquet du salon.

Je lui avais montré les moulures que Raymond avait restaurées.

Il avait pris deux photographies avec son téléphone.

À l'époque, cela m'avait semblé flatteur.

J'aimais parler de notre maison.

Puis il avait posé des questions sur la toiture, l'isolation et les impôts fonciers.

Je lui avais répondu sans réfléchir.

Il m'avait demandé si les chambres de l'étage étaient toutes utilisées.

J'avais expliqué que deux d'entre elles servaient surtout à recevoir les jumeaux.

Je n'avais pas compris que ces détails pouvaient aussi servir à préparer une estimation.

La deuxième visite avait eu lieu en août.

Cette fois, Bruce était venu seul avec Alicia.

Elle avait dit qu'il passait récupérer un document pour son travail.

Il s'était arrêté dans le jardin et avait demandé quand le garage avait été construit.

J'avais retrouvé une facture de Raymond pour lui répondre.

Maintenant, ces souvenirs prenaient un sens différent.

Mais je ne voulais pas les transformer rétroactivement en preuves d'une infraction.

J'avais été contente de montrer la maison.

Bruce n'avait pas demandé de mandat devant moi.

Ce que je pouvais établir, c'était qu'il avait discuté avec Alicia de la valeur du bien sans mon autorisation.

Cela suffisait à expliquer ma méfiance.

J'ai écrit à Bruce pour lui demander de ne plus utiliser les photographies de l'intérieur.

Il a confirmé qu'elles n'avaient été diffusées à aucun acheteur.

Il a dit les avoir supprimées de son dossier de travail.

Samuel m'a conseillé de conserver cette réponse.

Je l'ai rangée dans mon classeur.

Puis j'ai décidé d'inviter Eleanor pour revoir l'aménagement du salon.

Nous avons déplacé deux fauteuils.

J'ai fait remplacer une lampe trop sombre.

Et j'ai acheté un tapis antidérapant.

Je voulais que la maison soit pratique.

Pas simplement jolie sur les photographies d'un agent immobilier.

En installant la lampe, Eleanor a demandé :

« Tu crois que tu vendras un jour ? »

J'ai regardé le salon.

« Peut-être. Si je le décide. »

Elle a souri.

« C'est une bonne réponse. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Les préparatifs de Noël et les documents de prévoyance redonnent à Dorothy des projets qui lui appartiennent

Story Parts

Le coup de téléphone oublié dans une poche et les quatre assiettes préparées pour une vérité redoutée #11

Part 9 of 16

Previous: Part 8
Next: Part 10

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *