La salle d'audience était plus petite que je ne l'avais imaginé.
Il n'y avait ni musique dramatique ni foule attentive.
Quelques bancs.
Des dossiers.
Une horloge au mur.
Richard était assis avec son avocat.
Je l'ai aperçu avant qu'il me voie.
Il portait une chemise bleue et une cravate sombre.
Ses mains étaient posées devant lui.
Pendant des années, il avait utilisé cette posture pour imposer le silence à table.
Ce matin-là, elle semblait surtout destinée à cacher son agitation.
L'audience ne devait pas déterminer toute sa responsabilité en une seule journée.
Le juge examinait les questions prévues au calendrier de la procédure.
J'étais présent parce que je voulais comprendre.
Un représentant du service d'aide aux victimes m'avait expliqué à quoi m'attendre.
Mon avocate, Claire, m'avait rappelé qu'elle suivait aussi les aspects civils et immobiliers.
Je n'avais pas à tout apprendre en même temps.
Richard n'a pas regardé vers moi lorsque son nom a été appelé.
Son avocat a parlé à voix basse.
Le juge a fixé une étape ultérieure.
Des conditions de contact ont été évoquées dans le cadre procédural applicable.
Je ne les ai pas interprétées comme une décision finale sur l'affaire.
Nous sommes ressortis sans déclaration spectaculaire.
Dans le couloir, Sylvia m'attendait.
Elle avait l'air épuisée.
« Tu as vu ton père ? »
« Oui. »
« Il ne dort plus. »
Je l'ai regardée.
« Moi non plus, parfois. »
Elle a baissé la tête.
Puis elle m'a demandé si nous pourrions nous parler un jour sans avocat entre nous.
« Peut-être », ai-je répondu. « Mais pas pour l'instant. »
Elle n'a pas insisté.
À l'extérieur, Harrison m'a rejoint sur les marches.
Il m'avait attendu dans sa voiture.
« Comment ça s'est passé ? »
« Il ne s'est presque rien passé. »
Il m'a tendu une bouteille d'eau.
« C'est souvent comme ça que les choses sérieuses avancent. »
Sur le trajet, nous avons parlé des plans d'une petite remise qu'il voulait construire.
Il m'a demandé mon avis sur la pente du toit.
J'ai commencé à dessiner une solution sur l'envers d'une facture.
Puis je me suis arrêté.
J'avais mal derrière les yeux.
Harrison a rangé la feuille.
« On reprendra demain. »
Je me suis laissé aller contre le dossier.
Le monde n'exigeait pas que je sois utile à chaque minute.
Le lendemain, j'ai reçu un courrier de Claire.
Il contenait une proposition de discussion en vue d'un éventuel règlement civil.
L'avocat de Richard demandait si nous accepterions une rencontre encadrée.
Claire m'a demandé de préciser mes conditions.
J'ai répondu que je ne souhaitais pas être assis seul face à mon père.
Que toute discussion devait être documentée.
Et que la propriété ne serait pas un sujet de négociation.
Elle a accepté de transmettre ces points.
Une semaine plus tard, nous avons étudié les frais réels.
Le tableau était plus long que je ne l'aurais cru.
Consultations.
Examens.
Déplacements.
Congés sans salaire intégral.
Réparations de la montre.
Des petites sommes s'ajoutaient.
Je les avais d'abord considérées comme le prix d'une mauvaise soirée.
En les regroupant, je comprenais qu'elles formaient une part tangible de mes pertes.
Claire a aussi discuté avec moi des conséquences moins faciles à chiffrer.
Les troubles du sommeil.
Les limitations temporaires.
Le suivi thérapeutique.
Elle m'a averti que leur évaluation serait discutée et que rien n'était garanti.
Je n'avais aucune envie de transformer chaque nuit difficile en facture.
Mais je ne voulais pas non plus offrir à Richard l'idée que ses actes étaient sans conséquence.
J'ai accepté qu'elle poursuive son travail.
Le soir, j'ai retrouvé une photo du bal de fin d'année de mon lycée.
J'étais au fond d'un groupe.
Tristan, plus jeune, avait insisté pour apparaître à côté de moi.
Il souriait avec toutes ses dents.
Nous n'avions pas toujours été deux adversaires.
La veille de l'audience, j'ai sorti mon costume du placard.
Il portait encore une petite tache près de la doublure.
Je l'avais fait nettoyer après le mariage.
Mais je ne voulais plus le porter.
J'ai choisi une autre veste.
Harrison m'a accompagné chez le tailleur pour l'ajuster.
Je lui ai demandé s'il trouvait étrange de faire attention à mes vêtements alors que la procédure portait sur une agression.
Il a répondu que je pouvais me présenter comme je le souhaitais.
Le lendemain matin, j'ai mangé avant de partir.
Un œuf.
Deux tranches de pain.
Une tasse de thé.
Je ne voulais pas arriver tremblant de faim.
Sur le parking du tribunal, j'ai respiré lentement.
Je me suis rappelé que je ne devais pas convaincre toute la salle de mon innocence.
Les documents existaient.
Les témoins aussi.
Je pouvais simplement répondre aux questions posées.
Pendant l'attente, j'ai vu un homme plus âgé accompagner une jeune femme.
Elle avait les yeux rouges.
Il lui tenait un gobelet d'eau.
Je n'ai pas su pourquoi ils étaient là.
Mais j'ai compris que le bâtiment contenait bien d'autres histoires que la mienne.
Mon père n'était pas le centre de tout.
Cette pensée m'a aidé.
Après l'audience, j'ai retiré ma veste en montant dans la voiture.
Harrison m'a demandé si je voulais rentrer directement.
J'ai proposé un détour par la pépinière.
Il m'a regardé avec surprise.
« Pour quoi faire ? »
« Acheter des graines. »
Nous avons choisi plusieurs variétés simples.
Je les ai rangées dans la boîte à gants.
Pour une fois, je sortais d'une journée difficile avec un projet qui n'avait rien à voir avec l'affaire.
J'ai conservé la feuille sur laquelle Harrison avait dessiné le toit de sa remise.
Elle était couverte de chiffres et de petites flèches.
Au dos, il avait écrit ma liste de rendez-vous médicaux pour ne pas que je les oublie.
C'était un document sans importance pour n'importe qui d'autre.
Pour moi, il résumait une période entière.
Des projets ordinaires tenaient à côté des difficultés, sur le même morceau de papier.
Je me suis souvenu de nos parties de ballon dans le jardin.
De la fois où je l'avais porté jusqu'à la maison après une chute de vélo.
De ses premiers dessins que j'accrochais sur le frigo.
Ces souvenirs ne rendaient pas son comportement acceptable.
Mais ils empêchaient aussi mon passé de devenir une histoire entièrement fausse.
Je pouvais reconnaître ce que nous avions partagé.
Et refuser ce qu'il me demandait maintenant.
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Victoria interrompt sa propre réception pendant que les secours prennent Gideon en charge #11
Part 11 of 16
