Le matin est arrivé sans véritable lumière.
Derrière la fenêtre de l'hôpital, la pluie continuait de tomber.
Ashley a ouvert les yeux en cherchant son père.
Elle a d'abord vu un plafond inconnu.
Puis elle a senti la patte usée de Buddy sous sa main.
« Papa ? »
L'infirmière Claire s'est approchée.
« Bonjour, Ashley. Tu es à l'hôpital. Tu te souviens ? »
La fillette a hoché la tête.
« Est-ce qu'il est venu pendant que je dormais ? »
Claire n'a pas prétendu que oui.
« Pas encore. Des personnes essaient de le retrouver. »
Ashley a tourné le visage vers le mur.
Le docteur Patel avait demandé plusieurs examens supplémentaires.
La déshydratation expliquait une partie de son malaise.
Mais sa douleur abdominale avait commencé avant la disparition de Raymond.
Il fallait comprendre pourquoi.
Les résultats montraient une infection qui nécessitait un traitement et une surveillance rapprochée.
Le médecin a expliqué les choses avec des mots simples, sans effrayer Ashley.
« Ton corps a travaillé très fort ces derniers jours », a-t-il dit. « Nous allons l'aider à récupérer. »
« Et mon ventre ? »
« Nous le surveillons. Tu peux toujours nous dire si tu as mal. »
La petite a demandé si elle pouvait boire un peu d'eau.
Claire lui a tendu la quantité autorisée.
Ashley a bu lentement.
Quand elle a reposé le verre, elle l'a observé avec méfiance.
« Vous allez me demander de payer ? »
Claire s'est immobilisée.
« Non, ma chérie. »
« Parce qu'on n'avait plus beaucoup d'argent. »
« Tu n'as pas à t'occuper de ça aujourd'hui. »
Ashley a serré Buddy.
Elle n'était pas convaincue.
Depuis quatre jours, elle avait dû compter ses tranches de pain et surveiller la bouteille d'eau près de l'évier.
Personne ne lui avait dit que cette responsabilité était trop lourde pour elle.
Nora, l'assistante sociale, est venue la voir en fin de matinée.
Elle s'est présentée avant de sortir son carnet.
« Je m'appelle Nora. Je travaille avec les enfants et les familles quand ils ont besoin d'aide. »
Ashley l'a regardée prudemment.
« Vous êtes de la police ? »
« Non. Et je ne suis pas venue te gronder. »
« Vous allez m'emmener loin ? »
Nora a choisi ses mots.
« Tu vas rester ici tant que les médecins en auront besoin. Après, nous chercherons un endroit sûr avec des personnes qui pourront prendre soin de toi. »
« Je veux rentrer chez moi. »
« Je comprends. »
« Papa sait comment me faire dormir quand j'ai mal. »
« Qu'est-ce qu'il fait ? »
« Il chante faux. »
Pour la première fois, Ashley a presque souri.
« Il croit qu'il chante bien. Mais pas du tout. »
Nora a laissé ce souvenir exister sans le transformer en question sur la disparition.
Elle a ensuite vérifié des informations simples.
Son école.
Son anniversaire.
Les adultes qu'elle connaissait et avec lesquels elle se sentait à l'aise.
Ashley a parlé de madame Alvarez et d'une tante Elise.
« Elle habite loin ? » a demandé Nora.
« Pas tellement. Papa dit que c'est la sœur de Maman. »
« Vous la voyez souvent ? »
« Elle m'envoie des cartes avec des chats. »
La mère d'Ashley était décédée trois ans plus tôt.
Nora l'avait appris en consultant les informations familiales.
Elle n'a pas demandé à Ashley de raconter cette perte.
Ce n'était ni le moment ni nécessaire.
Pendant ce temps, Laura travaillait avec l'enquêteur Daniel Price.
Ils avaient reçu un relevé de la voiture de Raymond.
La berline grise était immatriculée à son nom.
Le véhicule n'avait pas été signalé volé.
Les premières recherches auprès des établissements de soins du comté n'avaient rien donné.
Daniel a posé une carte routière sur la table.
« Il serait parti acheter des médicaments mardi matin », a-t-il résumé.
Laura a corrigé doucement.
« D'après Ashley, il voulait acheter ses médicaments et de la nourriture. Son chef confirme qu'il avait parlé d'une ordonnance. Nous devons vérifier la pharmacie. »
Daniel a entouré trois emplacements.
Une clinique.
Deux pharmacies.
Et une route menant vers le district voisin.
« Pourquoi emprunterait-il cette route ? » a demandé Laura.
« Peut-être pour éviter les travaux sur l'avenue principale. »
« Ou pour rejoindre une pharmacie de garde. »
Ils ont demandé les images disponibles aux commerces et ont vérifié les transactions autorisées par les procédures de l'enquête.
L'une des pharmacies a confirmé qu'une ordonnance au nom d'Ashley avait été préparée.
Elle n'avait jamais été retirée.
La réceptionniste de la clinique se souvenait d'un appel.
Raymond avait demandé si une consultation pouvait être avancée parce que sa fille avait de plus en plus mal.
On lui avait conseillé d'emmener l'enfant directement aux urgences en cas d'aggravation.
« Vous lui avez parlé en personne ? »
« Non. Au téléphone. Il semblait très préoccupé. »
L'enregistrement de cet appel n'était pas disponible.
La réceptionniste a toutefois retrouvé une note horodatée.
Mardi, 10 h 06.
C'était un repère précieux.
Daniel a tourné la page de son carnet.
« Si nous retrouvons son téléphone, nous aurons peut-être un trajet. »
« Et s'il l'a perdu ? »
« Alors nous continuerons autrement. »
La clinique avait conservé la mention d'un rendez-vous non honoré.
Laura a demandé au personnel de préciser les horaires sans supposer que Raymond s'y était rendu.
La secrétaire a consulté l'agenda.
« L'appel du matin concernait un créneau possible, pas un rendez-vous confirmé », a-t-elle expliqué.
Daniel a corrigé sa chronologie.
Un détail administratif pouvait fausser une enquête s'il était transformé en certitude.
À la pharmacie, ils ont également vérifié les modalités de préparation de l'ordonnance.
Le médicament avait été commandé la veille.
Il était arrivé le mardi matin.
Raymond avait reçu une notification.
Mais personne ne l'avait vu venir le chercher.
La pharmacienne se souvenait de son inquiétude au téléphone.
« Il demandait si le médicament pouvait être mis de côté. Je lui ai dit que oui. »
« Avait-il expliqué où il allait ensuite ? »
« Non. Il m'a seulement remerciée. »
Le détail a été ajouté au dossier.
Dans la voiture de service, Daniel a consulté les cartes.
La route principale était en travaux depuis plusieurs jours.
Une déviation indiquée par des panneaux provisoires passait près du lac.
Il était donc possible que Raymond ait emprunté cette route sans chercher à fuir quiconque.
Laura a observé la circulation.
Des centaines de personnes choisissaient chaque jour un itinéraire différent pour une raison banale.
La difficulté venait du fait qu'une fois quelqu'un disparu, tous ses gestes semblaient soudain chargés de sens.
Au poste, ils ont appris que le véhicule de Raymond n'avait été identifié par aucune caméra accessible aux points vérifiés.
Daniel a rangé les plans.
« Ça ne veut pas dire qu'il n'est pas passé », a-t-il rappelé.
« Ça veut seulement dire que nous n'avons pas d'image. »
Laura a repris sa liste de vérifications.
Le travail avançait parfois par élimination.
Aucune de ces étapes n'avait la puissance d'une grande révélation.
En attendant, Ashley posait de petites questions.
Elle voulait savoir si les médecins avaient aussi donné à manger à Buddy.
Claire lui a expliqué que les peluches n'avaient pas besoin de repas, mais qu'il pouvait rester près de son oreiller.
Laura a apprécié cette réponse.
Un seul indice manquant ne devait pas arrêter la recherche.
Dans le quartier, les rumeurs avaient commencé.
Une publication accusait Raymond d'avoir volontairement abandonné sa fille.
Une autre affirmait qu'il avait vidé son compte bancaire.
Cette dernière information était inventée.
La police n'avait rendu public aucun détail financier.
Madame Alvarez a montré son téléphone à Laura en colère.
« Ils ne savent rien de lui. »
« Ne répondez pas aux publications », a conseillé Laura. « Si vous avez des informations vérifiables, contactez-nous. »
« J'aurais dû vous appeler plus tôt. »
Laura a posé la main sur le dossier d'une chaise.
« Vous pouvez aider maintenant. Essayez de vous souvenir des faits, pas de ce que vous auriez aimé faire. »
La voisine a préparé une liste.
Elle avait vu Raymond acheter un manteau bleu pour Ashley en novembre.
Elle l'avait entendu réparer un vélo en mars.
Et elle se souvenait d'une voiture de livraison garée devant leur maison le mardi précédent.
Ces éléments étaient ordinaires.
Certains ne serviraient probablement pas.
Mais Laura les a conservés dans leur contexte.
En début d'après-midi, les agents envoyés vers la route secondaire ont appelé.
Ils n'avaient pas trouvé de berline grise.
Ils avaient en revanche remarqué des débris de plastique près d'un virage.
La végétation était abîmée sur plusieurs mètres.
« Ça peut dater de longtemps », a précisé l'agent.
Daniel a demandé des photographies et une vérification des signalements d'accidents.
Ils ne pouvaient pas attribuer ces traces à Raymond sans preuve.
Deux heures plus tard, une autre information est arrivée.
Un petit garage situé de l'autre côté de la limite du comté avait reçu mardi une demande de remorquage pour un véhicule retrouvé au bas d'un fossé.
La fiche mentionnait une berline grise.
Le conducteur n'était pas resté sur place.
« Qui a appelé ? » a demandé Daniel.
« Un secouriste, selon le garagiste. »
« Où le véhicule a-t-il été emmené ? »
« Dans une fourrière privée. Nous vérifions les plaques. »
Laura a senti son téléphone devenir lourd dans sa main.
Il existait enfin une piste concrète.
Mais elle n'avait aucune réponse sur Raymond.
À l'hôpital, Ashley s'était endormie après avoir mangé quelques cuillerées de soupe.
Sur la table de nuit, Nora avait laissé un dessin de petit chat pour expliquer que la tante Elise cherchait à venir.
La fillette avait dessiné à son tour.
Une maison.
Une voiture grise.
Et un personnage avec des cheveux très courts.
Sous le dessin, elle avait écrit en lettres tremblantes :
PAPA REVIENS.
Claire a rangé le dessin dans une chemise pour le préserver.
Elle n'a pas demandé à Ashley de le modifier.
Cette nuit-là, Laura a pris la route du garage avec Daniel.
Les essuie-glaces battaient le pare-brise.
Le propriétaire les attendait sous un néon fatigué.
« Je crois que c'est celle que vous cherchez », a-t-il annoncé.
Sous un hangar, une berline grise portait une longue trace de boue le long de la portière.
La plaque correspondait.
Raymond Carter était bien passé par là.
Restait à comprendre où il était allé ensuite.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : La voiture retrouvée au fond du fossé révèle un accident que personne n’a relié à la disparition
Le papier retrouvé chez Ben fait ressurgir une décision que j’avais enfouie depuis dix-huit ans #11
Part 2 of 2

2 Comments on “PARTIE 2 – À l’hôpital, Ashley cherche son père tandis qu’une route oubliée devient la première piste”