PARTIE 2 – Sous le lit, Arthur avait caché quelque chose qu’Élise n’aurait jamais dû trouver

Marcel oublia immédiatement le bacon.

“Qu’est-ce qu’il y avait sous le lit ?”

Arthur regarda Élise.

Elle souriait.

Pas en colère.

Amusée.

C’était déjà rassurant.

“Une boîte”, dit Arthur.

“Quelle boîte ?”

“Une petite boîte.”

Marcel tapa la table.

“Arthur, arrête avec les détails inutiles.”

Élise s’assit.

“Laissez-moi raconter.”

Arthur leva les mains.

“Très bien.”

Elle commença.

Après la réception, ils étaient montés dans leur chambre vers une heure du matin.

Ils étaient fatigués.

Très fatigués.

Contrairement aux fantasmes de Marcel, ils n’avaient aucune intention de transformer leur nuit de noces en compétition olympique.

Ils avaient enlevé leurs chaussures.

Bu de l’eau.

Parlé.

Ri.

Puis Élise avait remarqué Arthur qui regardait constamment sous le lit.

Pas discrètement.

Vraiment mal.

Toutes les dix minutes.

Un coup d’œil.

Puis un autre.

Enfin, elle avait demandé :

“Tu as perdu quelque chose ?”

Arthur avait répondu :

“Non.”

Elle avait continué à se préparer pour dormir.

Dix minutes plus tard, Arthur regardait encore.

Alors elle s’était penchée.

Et avait vu une boîte.

Pas énorme.

En carton.

Scotchée.

Avec son nom dessus.

ÉLISE.

Elle s’était retournée.

“Arthur.”

“Oui ?”

“Pourquoi mon nom est sur une boîte sous notre lit ?”

Arthur avait essayé :

“Décoration.”

Elle n’avait pas ri.

Alors il avait soupiré.

La boîte était un cadeau.

Pas pour la nuit de noces.

Pour le lendemain matin.

Arthur voulait la lui donner au petit-déjeuner, en privé.

Élise l’avait trouvée trop tôt.

“Qu’est-ce qu’il y avait dedans ?” demanda Marcel.

Arthur ne répondit pas.

Élise continua.

Des lettres.

Beaucoup.

Une lettre pour chaque anniversaire qu’Arthur pensait probablement ne pas être là pour voir.

Trente ans.

Trente-cinq.

Quarante.

Quarante-cinq.

Cinquante.

Puis soixante.

Marcel cessa complètement de sourire.

Arthur regarda son café.

Il avait écrit les lettres sur plusieurs mois.

Pas parce qu’il pensait mourir demain.

Mais parce que la différence d’âge signifiait quelque chose de concret.

Il ne pouvait pas promettre d’être là à chaque étape de la vie d’Élise.

Alors il avait écrit.

Pas des conseils.

Pas des ordres.

Des souvenirs.

Des blagues.

Des choses qu’il voudrait lui dire si un jour il n’était plus là.

Une lettre commençait :

Si tu lis ça à quarante ans, j’espère que tu as enfin arrêté de mettre du ketchup sur les œufs.

Une autre :

Si tu lis ça à cinquante ans et que tu penses encore que je te trouvais trop jeune, sache que je te trouvais surtout trop têtue.

Élise avait pleuré.

Puis crié.

Pas fort.

Mais suffisamment.

“Pourquoi tu fais ça la nuit de notre mariage ?”

Arthur avait répondu :

“Je voulais le faire demain.”

“Pourquoi tu fais ça tout court ?”

Parce qu’elle avait compris ce que la boîte représentait.

Pas la mort.

L’absence future.

Le rappel brutal du temps.

Ils s’étaient disputés.

Pas longtemps.

Mais assez pour empêcher le sommeil.

Élise lui avait dit :

“Je ne t’ai pas épousé pour commencer notre mariage avec ton fantôme sous le lit.”

Arthur avait répondu :

“Je voulais juste te laisser quelque chose.”

“Tu es là maintenant.”

Silence.

Cette phrase avait arrêté Arthur.

Tu es là maintenant.

Il avait passé tellement de temps à essayer de protéger Élise du jour où il ne serait plus là qu’il risquait de rater celui où il l’était.

Marcel resta silencieux.

Puis dit :

“Donc les ronflements…”

Élise le regarda.

“Je ne ronfle pas.”

Arthur murmura :

“Débat ouvert.”

Elle lui donna un coup de pied sous la table.

“Et après ?” demanda Marcel.

Élise expliqua.

Ils avaient sorti toutes les lettres.

Pas pour les lire.

Pour les remettre dans la boîte.

Puis elle avait demandé :

“On fait quoi avec ça ?”

Arthur avait pensé qu’elle voulait les jeter.

Elle non.

Elle avait dit :

“On les garde. Mais pas sous notre lit de noces.”

Arthur avait souri.

“D’accord.”

Ils les avaient mises dans la valise.

Puis ils avaient parlé pendant presque deux heures.

De la peur d’Arthur.

De la sienne.

Du temps.

Du fait que leur mariage était forcément différent.

Pas moins réel.

Différent.

Et après ?

Élise avait fini par s’endormir.

Arthur non.

Parce qu’elle ronflait.

“Je ne ronfle pas”, répéta-t-elle.

Marcel leva une main.

“Je reste neutre.”

Arthur sourit.

“Lâche.”

Le ton redevint léger.

Mais Marcel regardait son ami différemment.

Il comprenait maintenant l’énergie étrange du matin.

Arthur n’était pas euphorique à cause d’une nuit scandaleuse.

Il était soulagé.

Il avait montré à sa femme sa peur la plus profonde.

Et elle ne s’était pas enfuie.

Plus tard dans la journée, Élise demanda à Arthur :

“On peut faire un marché ?”

“Quel genre ?”

“Tu arrêtes d’écrire des lettres pour les vingt prochaines années.”

Arthur fronça les sourcils.

“Pourquoi ?”

“Parce que tu risques d’en écrire tellement que je vais devoir prendre un garde-meuble.”

Il rit.

Puis elle ajouta :

“Une par an maximum.”

“Marché accepté.”

“Et elles ne sont pas toutes sur la mort.”

“Promis.”

“Certaines doivent être sur des trucs stupides.”

Arthur sourit.

“Ça, je sais faire.”

Alors ils créèrent une nouvelle tradition.

Une lettre chaque année.

Mais ouverte tout de suite.

Pas après sa mort.

Le premier thème ?

Les cinq choses les plus ridicules qu’ils avaient apprises l’un sur l’autre pendant leur première année.

Arthur n’aurait pas imaginé qu’une boîte qu’il avait préparée pour l’absence deviendrait quelque chose destiné au présent.

Après le petit-déjeuner, Élise prit la boîte avec elle.

Arthur demanda :

“Tu vas où avec ça ?”

“Dans le coffre de la voiture.”

“Pourquoi ?”

“Parce que je refuse de dormir au-dessus de trente ans de deuil programmé.”

Arthur rit.

Mais elle était sérieuse.

Ils descendirent ensemble au parking.

Arthur portait la boîte.

Élise tenait la clé.

Avant de la ranger, elle en sortit une enveloppe au hasard.

50 ans.

Elle regarda Arthur.

“Je peux ?”

Il hésita.

Puis hocha la tête.

Elle ouvrit.

La lettre commençait par une plaisanterie.

Puis devenait plus tendre.

Arthur y écrivait qu’il espérait qu’Élise aurait continué à voyager.

Qu’elle aurait gardé des amis qui lui diraient la vérité.

Qu’elle n’aurait pas transformé leur histoire en excuse pour arrêter d’aimer après lui.

Élise referma la lettre avant la fin.

“Tu vois ?” dit Arthur.

“Quoi ?”

“C’est pas morbide.”

Elle le regarda.

“Arthur, tu m’as écrit des instructions sentimentales pour mes cinquante ans alors que j’en ai vingt-cinq.”

Il réfléchit.

“Dit comme ça…”

“Oui.”

Elle remit la lettre dans l’enveloppe.

Puis posa sa main sur la boîte.

“Je ne veux pas la jeter.”

Arthur sembla surpris.

“Vraiment ?”

“Non.”

“Pourquoi ?”

“Parce qu’elle vient de toi.”

Elle marqua une pause.

“Mais je veux que tu comprennes quelque chose.”

Arthur attendit.

“Je t’ai épousé en sachant que je peux te perdre.”

Il baissa les yeux.

“Je sais.”

“Non. Tu sais dans ta tête. Mais tu continues à agir comme si tu devais me préparer.”

Arthur ne répondit pas.

Elle continua :

“Je préfère être triste plus tard que vivre avec toi maintenant comme si tu étais déjà parti.”

Cette phrase lui resta.

Elle était simple.

Un peu dure.

Et parfaitement juste.

Ils rangèrent la boîte.

Puis retournèrent à l’hôtel.

Marcel les attendait dans le hall.

Il regarda la boîte.

“C’est ça ?”

Arthur répondit :

“Oui.”

“C’est romantique ?”

Élise dit :

“C’est compliqué.”

Marcel hocha la tête.

“Donc mariage normal.”

Arthur éclata de rire.

Avant de refermer le coffre, Élise posa la main sur le couvercle.

“Tu sais ce qui me ferait vraiment plaisir ?”

“Quoi ?”

“Que tu sois encore là assez longtemps pour avoir honte de toutes ces lettres.”

Arthur sourit.

“Ça, je peux essayer.”


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Les lettres qu’Arthur avait écrites pour après sa mort changèrent complètement leur mariage

Story Parts

Arthur avait l’air de sortir d’une salle de sport — son témoin imaginait complètement la mauvaise nuit #11

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