Le lendemain, l'inspecteur Hale est revenu avec une collègue.
Elle s'appelait Dana Brooks.
Elle travaillait surtout avec les victimes de violences conjugales.
Ils m'ont demandé si je préférais parler dans une petite salle plutôt que dans ma chambre.
Je suis restée là où je pouvais voir la porte.
Lena s'est installée à côté de la fenêtre.
Je lui avais demandé de ne pas répondre à ma place.
Elle a accepté sans se vexer.
Dana a posé un petit enregistreur sur la table.
« Avant de commencer, je vais vous expliquer comment cet entretien se déroule. »
Elle a pris le temps nécessaire.
J'ai décrit les premiers mois de mon mariage.
Marcus m'apportait des fleurs après chaque dispute.
Il disait que notre histoire était différente de celles des autres couples.
Au début, j'avais pris son contrôle pour de l'inquiétude.
Il voulait savoir où j'allais.
Puis avec qui je parlais.
Puis pourquoi j'avais besoin de travailler.
Un jour, il avait demandé les mots de passe de mes comptes.
J'avais refusé.
Nous nous étions réconciliés autour d'un dîner.
Quelques semaines après, je lui avais donné accès à mon ordinateur pour une démarche administrative.
Je n'avais jamais récupéré le contrôle complet de certains comptes.
Dana a noté la chronologie.
Elle n'a pas appelé ces faits de simples disputes.
Lorsque j'ai parlé de ma grossesse, ma voix est devenue faible.
Marcus avait d'abord semblé heureux.
Il avait photographié l'échographie.
Puis il avait commencé à me reprocher les rendez-vous médicaux.
Il trouvait que les médecins exagéraient.
Il voulait décider quels examens étaient nécessaires.
Sa mère, Evelyn, soutenait chacune de ses remarques.
Elle affirmait que les femmes de sa génération avaient accouché sans toutes ces précautions.
J'avais néanmoins continué le suivi tant que je pouvais conduire.
Lorsque Marcus avait pris mes clés, j'avais manqué un rendez-vous.
J'avais téléphoné au cabinet en mentant sur la raison.
Je me souvenais aujourd'hui de cette honte avec une précision douloureuse.
Dana m'a demandé ce que je souhaitais que l'enquête établisse.
« Ce qu'il m'a fait », ai-je répondu.
Puis j'ai ajouté :
« Et ce que sa mère a fait. »
Hale a expliqué que les enquêteurs examinaient les déclarations des invités, les éléments matériels du sous-sol et le téléphone retrouvé.
Ils avaient saisi l'appareil conformément aux procédures applicables.
Une extraction des données serait tentée par un technicien.
Le simple fait qu'un fichier existe ne garantissait ni son intégrité, ni son admissibilité devant un tribunal.
Il faudrait documenter son origine et préserver sa traçabilité.
J'ai demandé si les policiers avaient trouvé la clé d'Evelyn.
Elle avait bien été retrouvée et photographiée.
Mais plusieurs points restaient à établir.
Quand la porte avait-elle été soudée ?
Quels outils avaient servi ?
Qui avait accès au sous-sol ?
Les témoins avaient-ils remarqué mon absence prolongée ?
Je regardais leurs stylos courir sur le papier.
Je voulais une réponse définitive avant le déjeuner.
Ils m'ont expliqué que l'enquête prendrait du temps.
J'ai senti une vague de colère monter.
« Moi, j'étais là pendant trois semaines. »
Dana a posé son stylo.
« Je sais que ce délai est insupportable. »
Elle n'a pas ajouté qu'il fallait être patiente.
Nous avons parlé des mesures de protection disponibles et des interlocuteurs susceptibles de m'aider.
À leur départ, je me suis sentie vidée.
Lena m'a demandé si je voulais dormir.
« Non. Je veux voir Maya. »
Dans l'unité néonatale, une infirmière a vérifié mon bracelet avant de me laisser entrer.
La procédure était simple.
J'ai pourtant apprécié qu'on vérifie mon identité.
Personne ne pouvait venir prétendre être à ma place.
Je me suis assise près du petit lit.
« Ils ont retrouvé notre téléphone », ai-je murmuré.
Maya a bougé les lèvres dans son sommeil.
« Maintenant, nous allons apprendre à vivre sans nous cacher. »
J'ai regardé sa poitrine se soulever.
La reconstruction n'avait pas encore commencé.
Mais une preuve pouvait désormais être examinée par des personnes qui n'avaient aucun intérêt à protéger Marcus.
L'inspecteur Hale m'avait demandé de revenir sur le moment où Marcus avait fait souder la porte.
J'avais d'abord affirmé que cela s'était passé un mardi.
Puis j'avais douté.
Les jours s'étaient mélangés dans ma mémoire.
Dana m'avait conseillé de commencer par ce que je savais avec certitude.
Je me souvenais d'une publicité entendue à la radio.
Je me souvenais que Marcus avait reçu une livraison de matériel le matin.
Et je me souvenais du bruit des outils derrière la porte du sous-sol.
« Nous pourrons vérifier certains de ces détails », avait répondu Hale.
Il n'avait pas voulu que je devine une date.
Cette précaution m'avait d'abord donné l'impression qu'on doutait de moi.
Dana avait pris le temps d'expliquer la différence entre vérifier un souvenir et accuser quelqu'un de mentir.
Je savais que mes souvenirs étaient parfois fragmentés.
J'avais besoin qu'ils restent les miens.
Le lendemain, j'avais écrit une chronologie dans un cahier.
Je séparais ce que j'avais personnellement vu de ce que Marcus m'avait raconté.
J'avais créé une troisième colonne pour les dates incertaines.
Lorsque je ne savais plus, je laissais un espace.
Lena m'avait demandé si ces pages me faisaient du bien.
« Pas vraiment », avais-je répondu.
« Alors pourquoi continuer aujourd'hui ? »
Je lui avais montré la dernière ligne.
« Pour ne pas avoir à tout recommencer demain. »
Nous avions fermé le cahier après vingt minutes.
Elle m'avait proposé d'aller voir Maya.
Sur le trajet, nous avions traversé un couloir où une famille fêtait une sortie de maternité.
Un homme portait des ballons.
Une grand-mère tenait des fleurs.
J'avais senti un pincement de jalousie.
J'avais voulu pour ma fille une naissance plus simple.
Lena avait remarqué mon silence.
« Tu peux être triste de ce que vous avez perdu », avait-elle dit.
« Même si Maya est là. »
J'avais acquiescé.
Dans la chambre de ma fille, j'ai glissé mon doigt contre sa petite paume.
Je lui ai parlé de cette fête aperçue dans le couloir.
« Nous en ferons une à notre manière », ai-je promis.
Je ne savais pas encore où nous vivrions.
Je ne savais pas qui serait présent.
Mais je pouvais déjà imaginer une table, un gâteau et des personnes capables de respecter notre paix.
C'était un début modeste.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Lena découvre les mensonges envoyés depuis mon numéro et comprend pourquoi personne ne s’inquiétait davantage
La voix de ma sœur traverse la cave où Marcus pensait m’avoir effacée pour toujours #11
Part 5 of 16
