Trois mois après la naissance de Maya, j'ai appelé mon ancien lieu de travail.
Ma responsable, Sonia, a reconnu ma voix.
Elle est restée silencieuse quelques instants.
Puis elle m'a demandé comment j'allais.
J'ai répondu que je ne savais pas encore.
Elle n'a pas cherché une formule plus simple.
Nous avons parlé d'un éventuel retour progressif.
Je devais d'abord obtenir les avis médicaux nécessaires et régler la question des horaires.
Maya avait encore des rendez-vous de suivi.
Le centre m'aidait à explorer les solutions de garde accessibles.
J'étais aussi préoccupée par ma concentration.
Mon métier exigeait de l'attention.
Je ne voulais commettre aucune erreur.
Sonia a proposé une rencontre sans engagement.
Nous nous sommes retrouvées dans un café près de la pharmacie.
Elle m'a montré les changements de procédure intervenus pendant mon absence.
Certains logiciels avaient été mis à jour.
Une nouvelle collègue avait rejoint l'équipe.
Je me suis surprise à poser des questions techniques avec plaisir.
Pendant une demi-heure, je n'ai pas parlé de Marcus.
En partant, Sonia m'a dit :
« Nous serions heureuses de te revoir lorsque ce sera possible. »
Elle n'avait pas promis de contourner les règles de l'établissement.
Elle avait simplement laissé une porte ouverte.
Je suis rentrée avec un dossier de formation.
Le soir, j'ai essayé de lire quelques pages pendant que Maya dormait.
J'ai dû reprendre trois fois le même paragraphe.
J'ai fermé le classeur.
Le lendemain, j'ai réussi à terminer une section entière.
Miriam m'a aidée à distinguer la fatigue normale des effets persistants du traumatisme.
Nous avons convenu que mon rythme de reprise devait rester réaliste.
Je n'avais rien à prouver en m'épuisant.
Lena a proposé de m'accompagner pour une courte visite au travail.
Je lui ai dit que je préférais y aller seule.
Elle m'a demandé de lui envoyer un message quand je serais arrivée.
J'ai accepté.
Dans le bus, un homme s'est assis près de moi.
Son manteau sentait une eau de Cologne proche de celle de Marcus.
J'ai senti la panique monter.
Je me suis levée à l'arrêt suivant.
J'ai attendu le bus d'après.
J'ai failli rentrer au centre.
Puis j'ai appelé Miriam.
Elle m'a rappelé les stratégies que nous avions travaillées.
J'ai pris une décision limitée.
Je pouvais terminer le trajet sans me forcer à rester près de cette odeur.
Je suis arrivée avec vingt minutes de retard.
Sonia m'attendait près de l'entrée.
« Tu veux un verre d'eau ? »
J'ai acquiescé.
Nous avons fait le tour des locaux.
L'endroit n'avait pas beaucoup changé.
Les tiroirs portaient toujours leurs petites étiquettes.
La salle de pause avait été repeinte.
Une photographie de l'équipe était accrochée au mur.
J'y figurais encore.
Je l'ai observée longuement.
Sonia s'est placée à côté de moi.
« On n'a pas eu envie de la retirer. »
Je me suis essuyé les yeux.
Je n'avais pas retrouvé une vie d'avant.
Je commençais à construire une vie qui me permettrait de travailler, de soigner ma fille et de demander de l'aide sans honte.
Lors de ma première visite à la pharmacie, j'ai retrouvé une collègue prénommée Emily.
Elle avait commencé quelques mois avant ma disparition.
Nous avions travaillé ensemble pendant les périodes les plus chargées de l'hiver.
Elle m'a demandé si je voulais boire un café dans la salle de pause.
J'ai accepté.
Sur la table, quelqu'un avait laissé un paquet de biscuits ouverts.
Le tableau d'affichage annonçait une formation de sécurité.
Emily m'a parlé de sa nouvelle voiture.
Elle avait acheté un modèle d'occasion qui faisait du bruit en tournant à gauche.
J'ai proposé de lui recommander un garagiste honnête.
Puis je me suis arrêtée.
Ce garagiste était un ami de Marcus.
Je n'avais pas envie de le contacter.
Emily a remarqué mon hésitation.
« Ce n'est pas grave. Je trouverai quelqu'un. »
Elle n'a pas demandé d'explication.
Plus tard, Sonia m'a accompagnée dans la réserve.
Elle m'a montré la nouvelle disposition des fournitures.
Les étiquettes étaient claires et les procédures avaient été mises à jour.
J'ai demandé si je pouvais réviser certains points avant d'envisager un retour.
Elle m'a donné les références nécessaires.
Je suis rentrée avec le sentiment étrange d'avoir traversé une porte vers une version de moi qui n'avait pas complètement disparu.
Le soir, j'ai parlé à Maya de mon travail.
Elle était installée sur son tapis d'éveil.
Elle ne comprenait pas les mots.
Je lui ai tout de même expliqué que sa mère savait préparer des commandes, respecter des consignes et collaborer avec d'autres personnes.
Puis j'ai ajouté que je devais aussi apprendre à me reposer.
Maya a agité les bras.
J'ai ri.
« Oui, je sais. C'est la partie difficile. »
La semaine suivante, nous avons fait un essai de garde de courte durée avec une professionnelle recommandée par les services compétents.
J'étais anxieuse pendant toute la première séparation.
À mon retour, Maya allait bien.
J'ai demandé comment la journée s'était passée.
La gardienne m'a donné des informations concrètes.
Je l'ai remerciée.
Chaque petite expérience réussie rendait un futur retour au travail plus imaginable.
Pour préparer mon retour, Sonia m'a proposé un entretien avec une personne chargée de la formation interne.
Nous avons évalué les compétences à actualiser.
Je connaissais encore les gestes courants du métier.
Mais certaines procédures avaient changé.
Je devais aussi tenir compte de ma fatigue et des rendez-vous de Maya.
Nous avons établi un calendrier raisonnable.
Je n'allais pas reprendre immédiatement de longues journées.
La première semaine, j'ai participé à une formation courte.
J'ai retrouvé l'odeur du papier imprimé et le bruit discret des scanners.
Cela m'a rappelé mes débuts.
À l'époque, j'étais si nerveuse que je vérifiais chaque étiquette deux fois.
Une collègue plus expérimentée m'avait conseillé de ralentir lorsqu'un doute apparaissait.
« La vitesse n'a aucune valeur si tu ne sais pas ce que tu fais », disait-elle.
J'ai repensé à cette phrase en reprenant mes exercices.
Je préférais être précise plutôt que prétendre avoir tout retenu.
La formatrice a apprécié mes questions.
Un après-midi, je suis sortie de la pharmacie sans avoir eu le temps de déjeuner.
Je me sentais étourdie.
J'avais prévu de récupérer Maya rapidement.
Puis j'ai compris que je me mettais encore une fois en dernier.
J'ai téléphoné à la gardienne pour demander si je pouvais décaler de quelques minutes, selon les conditions convenues.
Elle a confirmé que c'était possible.
Je me suis arrêtée dans une boulangerie.
J'ai acheté un sandwich et une bouteille d'eau.
Je les ai consommés assise à une table.
Personne ne m'attendait avec colère à la sortie.
Je suis arrivée à l'heure convenue pour Maya.
Elle était éveillée et observait un jouet coloré.
La gardienne m'a raconté sa journée.
Je l'ai écoutée sans me précipiter.
De retour à l'appartement, j'ai noté une nouvelle chose dans mon carnet.
Aujourd'hui, j'ai pris le temps de déjeuner.
Cette phrase m'a fait sourire.
Elle ne ressemblait pas à une victoire spectaculaire.
Elle représentait pourtant une manière plus sûre de prendre soin de nous deux.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : Le procès approche et je décide enfin ce que je veux dire en mon propre nom
La voix de ma sœur traverse la cave où Marcus pensait m’avoir effacée pour toujours #11
Part 12 of 16
