PARTIE 2 – Je suis revenue comme consultante, mais plus comme employée obéissante

Le contrat arriva l'après-midi même.

Trois semaines.

Quatre jours par semaine.

Je pouvais proposer mon tarif.

J'ai appelé une amie comptable.

« Je demande combien ? »

Elle a ri.

« Plus que tu crois. »

Elle m'a aidée à calculer.

Charges.

Temps non facturé.

Risque.

Expertise.

J'ai écrit 650 euros par jour.

Je m'attendais à une négociation.

Laurent répondit :

« Accepté. »

J'ai regardé l'écran longtemps.

Pendant huit ans, j'avais hésité à demander 150 euros de plus par mois.

Maintenant, l'entreprise acceptait 650 euros par jour pour remettre en ordre ce que j'avais essayé de structurer depuis des années.

Je suis revenue le lundi suivant.

Badge visiteur.

Ordinateur temporaire.

Pas de plantes.

Pas de tasse.

Paul, de la comptabilité, m'a vue.

« Tu es revenue ? »

« En mission. »

« Ça veut dire quoi ? »

« Que je repars dans trois semaines. »

Il sourit.

« J'aime bien cette version. »

Stéphane m'attendait dans une salle.

« Bonjour Claire. »

« Bonjour. »

Il essaya de sourire.

« Content que tu sois là. »

Je posai mon ordinateur.

« Laurent m'a donné les objectifs. »

« Oui. »

« Je commence par la facturation. »

« Très bien. »

Puis :

« Pour ce qui s'est passé… »

Je levai une main.

« Pas maintenant. »

Je ne voulais pas d'excuse entre deux réunions.

Je voulais travailler.

Premier jour : facturation.

Le certificat avait été renouvelé.

Mais personne ne savait quand recommencer le processus.

J'ai créé une procédure d'une page.

Date.

Responsable.

Back-up.

Lien.

Alerte.

Deuxième jour : contrats.

Sept modèles différents circulaient.

Trois anciens.

Deux incomplets.

Un avec un mauvais numéro de TVA.

Je demandai au commercial principal :

« Pourquoi autant de versions ? »

Il haussa les épaules.

« On prend celle qu'on trouve. »

Voilà.

Troisième jour : accès.

Plusieurs dossiers critiques dépendaient d'une seule personne.

Parfois moi avant.

Parfois Paul.

Parfois Stéphane.

Mauvais système.

Je l'avais dit pendant des années.

Cette fois, tout le monde m'écoutait.

Pas parce que j'avais soudain raison.

Parce que j'étais devenue consultante.

Ça me fascinait.

La deuxième semaine, Laurent demanda un point.

« Comment ça va ? »

« Bien. Mais il y a beaucoup plus de dépendances individuelles que prévu. »

« Stéphane dit que vous êtes froide avec lui. »

Je le regardai.

« Je suis professionnelle. »

« Il pense que vous lui en voulez. »

« Je lui en veux. Et je fais quand même mon travail. »

Laurent sourit légèrement.

« D'accord. »

Puis il me demanda :

« Vous savez pourquoi votre poste a été choisi ? »

« Réduction de masse salariale ? »

« Oui. Stéphane devait supprimer deux postes. »

« Et il a pensé que le mien était facilement répartissable. »

« Exactement. »

Je ressentis une petite douleur.

Pas parce qu'il m'avait détestée.

Parce qu'il avait réellement cru que mon travail n'était qu'une liste de tâches simples.

Il n'avait jamais vu les liens.

À la fin de la deuxième semaine, Lambert signa.

Pas grâce à moi seule.

Le commercial avait fait son travail.

Le juridique aussi.

Mais la bonne annexe était là.

Le processus était clair.

La troisième semaine, je formai deux référents.

Paul pour la facturation.

Nora pour les contrats.

Je leur répétai :

« Le but est que personne ne soit indispensable. Moi comprise. »

Nora sourit.

« C'est ironique. »

« Oui. »

« L'entreprise vient de découvrir que tu l'étais. »

« Justement. C'est un risque. »

Je ne voulais pas construire un système qui dépendait encore de moi.

Le dernier jour, Laurent m'invita à déjeuner.

« Vous pourriez prolonger deux mois. »

« Non. »

« Vous avez déjà autre chose ? »

« Pas encore. »

« Alors pourquoi ? »

Je réfléchis.

« Parce que je veux savoir ce que je vaux ailleurs avant de revenir ici par peur. »

Il hocha la tête.

Puis il me tendit une lettre de recommandation.

Je lus :

« Claire Morel a identifié et structuré des processus critiques dont la dépendance à une seule personne représentait un risque opérationnel majeur. »

Je relus deux fois.

Pour la première fois, mon travail était décrit avec les bons mots.

Pas « administration ».

Pas « aide ».

Risque.

Processus.

Continuité.

Une semaine plus tard, j'ai refait mon CV.

Je n'ai plus écrit :

« Gestion de factures. »

J'ai écrit :

« Sécurisation du processus de facturation. »

Je n'ai plus écrit :

« Suivi de contrats. »

J'ai écrit :

« Coordination documentaire et contrôle précontractuel. »

Je décrivais enfin mon travail comme une compétence.

Et les entretiens commencèrent.


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La question du patron a révélé pourquoi mon poste comptait encore #11

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