PARTIE 2 – La vérité sur Robert était plus compliquée que le secret de ma naissance

Karen me tendit l'enveloppe.

Je ne l'ouvris pas tout de suite.

« Qu'est-ce qu'il a fait ? »

Elle s'assit.

« Il buvait. Beaucoup. »

Je restai silencieuse.

« Et il avait des accès de colère. »

« Il frappait maman ? »

Karen secoua la tête.

« D'après les lettres, une fois. »

Une fois.

Petit chiffre.

Énorme réalité.

« Maman est partie après ? »

« Oui. »

« Et lui ? »

« Il s'est soigné plus tard. »

« Quand ? »

« Deux ou trois ans après ta naissance. »

Je pris une lettre.

Robert écrivait :

« Je ne demande pas que tu me pardonnes. Je demande seulement que Sandra sache un jour que j'ai existé et que je suis devenu quelqu'un d'autre. »

Je continuai.

Des lettres pendant des années.

Il envoyait parfois de l'argent.

Maman le retournait.

Puis David avait écrit à Robert.

« Je ne vous empêcherai pas pour toujours. Mais tant qu'elle est enfant, je protégerai la stabilité qu'elle connaît. »

Je pleurais.

Mon père.

Pas biologique.

Mais mon père.

« Il comptait me dire ? »

Karen hocha la tête.

« Oui. Il avait écrit une lettre pour tes dix-huit ans. »

« Où ? »

Elle sortit une enveloppe.

À mon nom.

Écriture de David.

Je tremblais.

« Tu l'avais ? »

« Maman l'avait gardée. »

« Et toi tu l'as trouvée il y a trois ans. »

« Oui. »

« Et tu ne me l'as pas donnée. »

« Non. »

Je l'ouvris.

« Ma Sandra,

Si tu lis ceci, c'est que ta mère et moi avons enfin trouvé le courage de t'expliquer quelque chose que nous aurions peut-être dû te dire plus tôt. Je ne suis pas l'homme qui t'a donné tes yeux. Je suis seulement celui qui a eu la chance de te voir les ouvrir chaque matin. »

Je dus m'arrêter.

Plus loin :

« Robert existe. Il a fait des choses que ta mère ne pouvait pas accepter. Il a aussi passé des années à essayer de devenir meilleur. Tu ne lui dois rien. Mais la décision de le connaître doit un jour être la tienne. »

Je regardai Karen.

« La décision devait être la mienne. »

Elle pleurait.

« Oui. »

« Et tu l'as prise pour moi. »

« Oui. »

Pas d'excuse.

Juste oui.

Je relus la lettre.

Mon père avait compris.

Et pourtant, la lettre n'avait jamais été donnée.

Plus bas :

« Ta mère a peur. Moi aussi. Si nous retardons trop, j'espère que tu nous pardonneras. »

Ils avaient retardé.

Puis David était mort quand j'avais vingt-six ans.

Accident de voiture.

Maman avait gardé le secret jusqu'à sa mort.

Puis Karen.

Puis Paul.

Une chaîne entière de gens qui avaient peur de ma réaction.

« Robert sait que Papa avait écrit ça ? »

« Oui. Je lui ai envoyé une copie. »

Je la regardai.

« Tu as envoyé ma lettre ? »

Elle baissa la tête.

« Oui. »

Je ris sans joie.

« Tout le monde lit mes lettres sauf moi. »

Karen pleura.

« Je sais. »

« Pourquoi vous vous voyiez tous les vendredis ? »

« Robert déclinait. Il voulait t'écrire une dernière lettre. »

« Encore une lettre. »

« Oui. »

« Et Paul ? »

« Il m'aidait à réfléchir. »

« Pendant trois ans ? »

Elle ferma les yeux.

« Au début, on cherchait les documents. Puis Robert. Puis on avait peur. Plus le temps passait, plus ça devenait difficile. »

Voilà.

Pas un grand complot.

Peur.

Répétée.

Organisée.

« Pourquoi maintenant ? »

Karen posa une photo sur la table.

Robert dans une chambre d'hôpital.

« Son état a empiré. »

Je regardai l'image.

« Il veut me voir. »

« Oui. »

« Et tu voulais encore décider si c'était bon pour moi. »

Elle hocha la tête.

« Oui. »

Je m'assis.

J'étais épuisée.

Pas seulement en colère.

Épuisée par le nombre de personnes qui confondaient aimer avec filtrer.

« Il a mon numéro ? »

« Non. »

« Donne-moi le sien. »

Karen hésita.

Je la regardai.

« Ne fais pas ça. »

Elle me tendit le numéro.

Je l'appelai devant elle.

Une sonnerie.

Deux.

Puis une voix faible.

« Allô ? »

« Robert ? »

Silence.

« Oui. »

« Je m'appelle Sandra. »

Je l'entendis respirer.

Puis il commença à pleurer.

« Sandra. »

Je fermai les yeux.

« On m'a enfin donné ton numéro. »

« Je suis désolé. »

« Pour quoi ? »

« Pour tout. »

Je voulais du précis.

« Est-ce que tu as frappé ma mère ? »

Silence.

Puis :

« Oui. Une fois. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j'étais ivre et en colère. Ce n'est pas une excuse. »

Pas de minimisation.

Pas d'accusation contre elle.

« Elle est partie ensuite ? »

« Oui. Elle avait raison. »

« Pourquoi ne pas m'avoir contactée directement quand j'étais adulte ? »

« J'ai essayé. David et ta mère m'ont demandé d'attendre. »

« Et tu as attendu. »

Long silence.

« Trop longtemps. »

« Pourquoi ? »

« Parce que je pensais que mon passé me retirait le droit d'entrer dans ta vie sans permission. »

Je respirai.

« Je ne sais pas si je veux te voir. »

« Je sais. »

« Je ne promets rien. »

« Je ne demande rien. »

« Tout le monde dit ça après avoir décidé pour moi. »

Il resta silencieux.

Puis :

« Alors décide maintenant. Même si la réponse est non. »

Pour la première fois dans cette histoire, quelqu'un me rendait le choix sans essayer de l'orienter.

« Je vais réfléchir. »

« D'accord. »

Je raccrochai.

Karen pleurait.

« Je ne te pardonne pas encore. »

« Je sais. »

« Et tu arrêtes de parler de moi avec Paul. »

« D'accord. »

À la maison, Paul m'attendait.

Je lui dis :

« Tu dors dans la chambre d'amis. »

Il acquiesça.

« Combien de temps ? »

« Je ne sais pas. »

« D'accord. »

Pour la première fois depuis trois ans, quelqu'un acceptait de ne pas connaître la suite.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Rencontrer Robert ne m’a pas obligée à changer qui était mon père

Story Parts

Ce que Karen avait découvert n’était pas l’affaire que j’avais imaginée #11

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