PARTIE 4 – Les voisins commencent à parler et je comprends pourquoi réparer une seule prise ne suffirait pas

Mme Patel n'avait rien d'une personne qui aimait les conflits.

Elle vivait au troisième étage depuis douze ans.

Elle arrosait les plantes du palier.

Elle connaissait les dates des anniversaires des enfants.

Et elle avait toujours un paquet de mouchoirs dans son sac.

« Je ne veux pas d'ennuis », a-t-elle murmuré en entrant chez moi.

« Moi non plus. »

Nous nous sommes assises à la table de la cuisine.

Elle a sorti trois feuilles supplémentaires.

Sur la première, elle demandait une inspection de l'installation électrique après qu'une prise avait noirci derrière son lave-linge.

Sur la deuxième, elle rappelait que la réparation annoncée n'avait pas eu lieu.

La troisième était une réponse de M. Keller.

Il disait que les occupants devaient éviter de surcharger les circuits.

La même phrase qu'il m'avait envoyée.

J'ai senti une colère froide remplacer ma peur.

« D'autres voisins ont eu ce problème ? »

« Ceux du deuxième en ont parlé. Je n'ai pas leurs documents. »

« Vous acceptez que je montre vos courriers à l'inspectrice ? »

« Oui, mais je préfère être présente si on me pose des questions. »

J'ai respecté cette limite.

Nous avons fixé un moment pour échanger les coordonnées du service compétent.

Puis Mme Patel a regardé la chaise vide près de la fenêtre.

« C'est vrai, l'histoire de l'homme qui a réparé votre porte ? »

Je me suis raidie.

« Qui vous a dit ça ? »

« Je l'ai croisé. Il m'a aidée à porter un sac jusqu'à l'ascenseur. Il ne m'a pas raconté sa vie. »

J'ai appris que Wesley avait aussi ramassé un courrier tombé près des boîtes aux lettres.

Pas davantage.

La voisine n'essayait pas de le transformer en héros.

« Il avait l'air d'avoir mal à la jambe », a-t-elle ajouté.

« Oui. »

Elle s'est levée.

« Une bonne action n'oblige pas à en faire cent autres, Audrey. »

Je l'ai raccompagnée.

Ses mots me sont restés.

Le vendredi, l'inspectrice est venue.

Elle a photographié la prise.

Elle a examiné les traces d'humidité près de la fenêtre.

Elle m'a demandé depuis quand les problèmes avaient été signalés et si j'avais conservé les messages.

Je lui ai montré mon dossier.

Elle a noté plusieurs éléments et expliqué que la procédure dépendrait des constatations et des pouvoirs de son service.

« Vous ne pouvez pas simplement lui ordonner de tout réparer aujourd'hui ? »

Elle m'a regardée avec compassion.

« Je ne veux pas vous promettre une décision avant la vérification. Mais le signalement est documenté. »

Je l'ai remerciée malgré ma déception.

Il fallait du temps.

Comme pour tout ce qui comptait dans ma vie.

Après son départ, j'ai trouvé Nolan assis sur son lit déplacé.

Il regardait le mur où aurait dû se trouver son bureau.

« Je déteste dormir dans ta chambre », a-t-il avoué.

« Moi aussi, parfois. »

Il a eu l'air surpris.

« Tu ne m'aimes pas ? »

Je l'ai attiré contre moi.

« Je t'aime assez pour préférer que tu sois en sécurité, même quand tu me donnes des coups de pied pendant la nuit. »

Il a ri.

Puis il m'a demandé si Wesley avait vu le danger parce qu'il connaissait les bâtiments.

« Oui. »

« Alors on lui doit quelque chose ? »

J'ai choisi ma réponse avec soin.

« On lui doit un vrai merci. Mais notre vie ne doit pas devenir un échange de dettes. »

L'après-midi, j'ai reçu un appel de Wesley.

Il avait obtenu mon numéro par Denise, uniquement après que j'avais autorisé qu'on le lui transmette.

« Je ne veux pas vous déranger », a-t-il commencé.

« Vous avez le droit d'appeler. Quelles nouvelles ? »

Il avait rencontré un conseiller pour ses démarches administratives.

Il avait aussi un rendez-vous de contrôle du genou.

Martin, son ancien contremaître, avait accepté de lui écrire une attestation professionnelle.

« Et pour dormir ? »

« Je suis dans un hébergement temporaire. Je dois refaire le point la semaine prochaine. »

Il a parlé sans dramatiser.

Je lui ai dit que j'avais signalé la prise.

« Vous avez bien fait. »

« Vous aviez raison à propos du mur. »

« L'inspection dira ce qu'il en est. »

J'ai hésité.

« Wesley, vous n'avez pas besoin de réparer autre chose chez moi pour que je vous remercie. »

Il a laissé passer un silence.

« J'avais compris. »

Sa voix n'était pas blessée.

Elle était simplement calme.

Nous avons raccroché après quelques minutes.

Ce soir-là, j'ai trouvé sur mon répondeur un message de M. Keller.

Il disait avoir reçu une demande de renseignements au sujet du logement.

Il voulait me parler en personne, sans documents ni téléphone.

Je ne lui ai pas répondu immédiatement.

J'ai consulté Gloria.

Elle m'a conseillé de demander que les propositions importantes soient formulées par écrit, et de ne signer aucun document sans l'avoir compris.

Je lui ai demandé si le propriétaire pouvait me faire partir parce que je m'étais plainte.

Elle m'a expliqué qu'il existait des protections selon les circonstances, mais qu'il fallait un avis adapté à mon dossier et aux règles locales.

Cette nuance m'a fait peur.

Je voulais des certitudes.

Elle me donnait des étapes.

J'ai finalement répondu à M. Keller par courriel.

« Je suis disponible pour discuter des réparations et du loyer. Merci de confirmer les points à aborder par écrit. »

Il n'a pas répondu pendant deux jours.

Le lundi, une femme du service d'aide au logement m'a rappelée.

Mon dossier avait franchi une première étape.

Il fallait encore des justificatifs.

J'ai passé ma pause à les photographier.

Au moment de rentrer, Denise m'a indiqué que la résidence cherchait quelqu'un pour aider à coordonner les petites interventions techniques.

« Ce n'est pas ton travail habituel », a-t-elle précisé. « Je sais que tu connais quelqu'un qui s'y connaît. »

J'ai compris à qui elle pensait.

« Wesley ne peut pas travailler comme avant. Son genou doit encore être évalué. »

« Je ne propose rien sans dossier médical et sans entretien. Je voulais seulement que tu saches qu'un poste léger pourrait s'ouvrir. »

Je suis rentrée en y réfléchissant.

Pour la première fois, j'avais une information qui pouvait être utile à Wesley sans lui offrir mon canapé.

Je l'ai appelé.

Il a écouté la description du travail.

Puis il a répondu :

« Je veux bien poser ma candidature, Audrey. Mais seulement si vous promettez de ne pas demander un traitement de faveur pour moi. »

Je me suis surprise à sourire.

« Ça, je peux le promettre. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Une candidature et un courrier recommandé mettent Wesley et moi face à deux décisions difficiles

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Une seule nuit offerte par compassion ouvre une porte que je croyais pouvoir refermer au matin #11

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