Denise m'a convoquée un jeudi après-midi.
J'ai traversé le couloir en répétant mentalement que ne pas obtenir le poste ne signifiait pas que ma formation avait été inutile.
Elle m'a accueillie avec un sourire que je n'arrivais pas à interpréter.
« Le jury a terminé les entretiens. »
J'ai serré les mains sur mes genoux.
« Nous souhaitons te proposer le poste de coordinatrice adjointe. »
Pendant une seconde, je n'ai pas répondu.
Je savais pourtant exactement ce qu'elle venait de dire.
« À moi ? »
« Oui, à toi. »
Elle a fait glisser un document sur le bureau.
L'offre précisait le salaire, les horaires, la date envisagée et les conditions de prise de fonction.
Je l'ai lue attentivement.
Il y aurait une période d'intégration.
Je devrais terminer la formation.
Je travaillerais davantage avec les plannings et moins directement auprès des résidents.
Ce dernier point m'a attristée.
J'aimais les conversations du matin, les petites routines et les histoires que les résidents racontaient.
Denise l'a remarqué.
« Tu ne cesseras pas de les voir. Mais ton travail changera. »
J'ai demandé un délai pour examiner l'offre.
Elle a accepté.
Dans le bus du retour, j'ai regardé les chiffres plusieurs fois.
La hausse était réelle.
Pas extraordinaire.
Mais elle rendait certaines choses possibles.
Je pourrais payer nos dépenses régulières avec moins d'heures supplémentaires.
Je pourrais consacrer plus de soirées à Nolan.
Et peut-être mettre de côté pour remplacer les chaussures que je portais depuis trop longtemps.
Je suis rentrée avec le document plié dans mon sac.
Nolan faisait ses devoirs chez Mme Patel.
Je suis montée le chercher.
« Tu as une drôle de tête », a dit notre voisine.
« On m'a proposé le poste. »
Elle a laissé tomber le torchon qu'elle tenait.
« Audrey ! »
Elle m'a prise dans ses bras.
Nolan a levé les yeux.
« Tu as gagné ? »
« Ce n'était pas une compétition comme ton projet de sciences. »
« Mais ils t'ont choisie ! »
« Oui. »
Il a commencé à sauter.
Mme Patel nous a servi du chocolat chaud.
Nous avons trinqué avec les tasses.
Ce soir-là, je n'ai ouvert aucune facture avant le coucher de Nolan.
Nous avons mangé des pâtes au fromage et regardé un vieux film.
J'ai accepté de sourire sans ajouter immédiatement une inquiétude à chaque bonne nouvelle.
Le lendemain, j'ai confirmé l'offre après avoir posé mes dernières questions.
J'ai ensuite rappelé Gloria.
Elle m'a aidée à recalculer notre budget avec le nouveau revenu, sans oublier les retenues et les dépenses prévisibles.
Nous avons comparé la nouvelle situation au renouvellement proposé par M. Keller.
Même avec la promotion, rester coûterait cher.
Le logement plus proche de l'école devenait plus intéressant.
Mais il fallait encore être acceptés et réunir les fonds nécessaires.
Le gestionnaire de cet immeuble m'a confirmé qu'un appartement serait disponible à une date compatible avec notre bail.
J'ai déposé un dossier complet.
J'y ai joint mes preuves de revenu, les références demandées et les documents prévus.
J'ai déclaré les difficultés passées lorsque les questions l'exigeaient.
Je n'ai pas inventé une histoire parfaite.
Quelques jours plus tard, le gestionnaire m'a contactée.
Il souhaitait clarifier une période de retard de paiement.
Je lui ai fourni l'échéancier et les reçus montrant les versements effectués.
Il m'a expliqué que le dossier serait examiné selon les critères habituels.
J'ai attendu.
Pendant ce temps, Wesley avait reçu une autre bonne nouvelle.
Son hébergement transitoire pourrait être prolongé pendant qu'il cherchait une solution durable, sous réserve du respect du programme.
Il avait commencé à constituer un dossier de location à son nom.
Le conseiller l'aidait à comprendre les exigences et à éviter les annonces trompeuses.
« Je croyais que tout le monde demanderait un dépôt impossible », m'a-t-il dit un matin.
« Il y a peut-être des options adaptées. »
« Oui. Pas beaucoup. Mais quelques-unes. »
Il m'a aussi annoncé qu'il avait repris contact avec un ami de son ancien quartier.
Ils avaient partagé un café.
L'ami n'avait pas essayé de lui donner des conseils pendant deux heures.
Ils avaient parlé d'un match de baseball.
Wesley semblait étonné que cette conversation ordinaire lui ait fait autant de bien.
Je le comprenais.
On finit par croire que l'on n'existe plus en dehors de ses problèmes lorsque chaque rendez-vous porte sur l'argent, la santé ou les papiers.
Le soir, j'ai appelé Daniel.
Il a poussé un cri de joie en apprenant la promotion.
« Je savais que tu y arriverais ! »
« Tu savais surtout que j'avais posé ma candidature. »
« Laisse-moi être un frère enthousiaste. »
J'ai ri.
Puis je lui ai parlé du logement.
Il a proposé de venir nous aider à emballer si le dossier était accepté.
« Tu as déjà fait beaucoup », ai-je répondu.
« J'ai surtout mangé ta pizza. Je peux porter quelques cartons. »
Nous avons convenu qu'il viendrait seulement quand la date serait certaine.
Je ne voulais pas organiser un déménagement autour d'une réponse encore inconnue.
Une semaine plus tard, un courriel est arrivé.
Notre candidature avait été acceptée, sous réserve de la signature du bail et des paiements initiaux prévus.
J'ai relu le message plusieurs fois.
Puis j'ai téléphoné à Gloria.
Elle m'a confirmé que l'aide au déménagement avait elle aussi reçu une décision favorable pour une partie des frais admissibles.
Nous avons vérifié ensemble les montants et les modalités.
Je devrais encore utiliser une part de mes économies.
Mais pas la totalité.
Il fallait maintenant lire le bail et préparer les dates.
Je me suis assise à côté de Nolan.
« On a peut-être trouvé notre prochain appartement. »
Il a posé sa fourchette.
« Le petit, avec les deux arbres ? »
« Oui. »
« Et mon école ? »
« J'ai vérifié la procédure. Nous pourrons demander la continuité prévue à cette adresse, avec les justificatifs nécessaires. »
Il a regardé la fenêtre.
« Et Mme Patel ? »
« Elle pourra venir boire du chocolat chaud. »
Il a souri.
Puis il a posé la question que j'attendais.
« Est-ce que Wesley pourra venir aussi ? »
« S'il est libre et que nous l'invitons. »
Il a hoché la tête.
« Alors ça ira. »
Ce soir-là, j'ai rangé le courriel avec nos autres documents.
Une porte s'ouvrait.
Mais nous devions encore traverser le couloir qui y menait.
Avant d'accepter officiellement le nouveau logement, je l'ai visité une seconde fois.
Cette fois, j'ai apporté un carnet.
J'ai vérifié les dimensions de la chambre et l'espace nécessaire pour le canapé.
J'ai demandé comment signaler un dysfonctionnement et à qui adresser les urgences.
Le gestionnaire m'a montré la procédure écrite.
J'ai regardé les détecteurs, les fenêtres et les appareils sans prétendre être inspectrice.
Je savais désormais quelles questions demander et quand faire appel à quelqu'un de compétent.
Après la visite, je me suis arrêtée sur le trottoir.
Je n'avais pas éprouvé un coup de foudre pour cet endroit.
Je n'avais pas besoin d'en éprouver un.
Il pouvait devenir notre maison grâce à nos habitudes et au temps passé ensemble.
Je suis allée chercher Nolan à l'école.
Nous avons marché jusqu'au parc et parlé de l'organisation possible des meubles.
Il voulait le canapé près de la fenêtre.
Je lui ai expliqué que nous devrions vérifier les dimensions.
Il a proposé de mesurer avec ses pas.
Nous avons ri de son sérieux.
Puis nous avons acheté un petit carnet pour les préparatifs du déménagement.
Il a insisté pour écrire la première page.
« NOUVELLE MAISON. MÊMES NOUS. »
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : Des cartons, des adieux et un vieux canapé nous conduisent enfin vers un endroit vraiment à nous
Une seule nuit offerte par compassion ouvre une porte que je croyais pouvoir refermer au matin #11
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