La consultation spécialisée a eu lieu le mardi.
Sarah m'a conduite à l'hôpital.
J'avais demandé à Daniel de rester au travail.
Il avait accepté, même si cela lui coûtait.
La chirurgienne, la docteure Renard, connaissait mon dossier.
Elle avait étudié les images et mes analyses.
Elle m'a expliqué qu'il s'agissait probablement d'une importante masse kystique provenant d'un ovaire.
On devait encore évaluer son caractère bénin ou non.
Les prises de sang ne suffisaient pas à trancher.
Elle a parlé d'une intervention envisagée après une évaluation attentive.
À quatre-vingts ans, la question n'était pas seulement de retirer la masse.
Il fallait vérifier mon état cardiaque.
Ma capacité à supporter l'anesthésie.
Le risque de complications.
Et ce que je souhaitais moi-même.
Je ne voulais pas entendre qu'on allait me sauver à coup sûr.
Je voulais des informations que je pouvais comprendre.
La docteure Renard a dessiné un schéma sur une feuille.
Elle m'a montré comment la masse comprimait certains organes.
« Nous devons aussi envisager la possibilité de découvrir autre chose pendant l'opération », a-t-elle dit.
J'ai demandé si cela voulait dire un cancer.
Elle n'a ni confirmé ni écarté.
Elle m'a expliqué comment les résultats de l'analyse des tissus guideraient les décisions.
Sarah prenait des notes.
Je la voyais s'arrêter parfois, puis recommencer.
Nous avons parlé de mon quotidien.
Je montais encore l'escalier.
Je préparais mes repas.
Mais je me fatiguais davantage.
Je mangeais de plus petites portions.
Je dormais mal, car aucune position n'était confortable.
La chirurgienne m'a demandé si je vivais seule.
« Oui. Et je souhaite y rester autant que possible. »
Elle a proposé une évaluation de mes besoins après l'intervention.
Aucune décision ne serait prise sans moi si je pouvais l'exprimer.
Cette phrase m'a fait du bien.
Pendant des jours, mes enfants avaient parlé de ma santé à voix basse dans les couloirs.
Pour une fois, quelqu'un me regardait directement.
J'ai demandé un temps de réflexion.
On m'a donné les informations écrites et une date de retour.
Dans la voiture, Sarah n'a pas essayé de me convaincre.
Elle m'a demandé si je voulais passer prendre du pain.
J'ai dit oui.
Nous sommes sorties avec une miche encore chaude.
Elle a conduit lentement sur les routes que je connaissais depuis quarante ans.
« Vous avez peur ? » m'a-t-elle demandé.
« Terriblement. »
« Moi aussi. »
Cette réponse simple m'a davantage consolée que tous les discours des derniers jours.
Le soir, j'ai appelé Marianne.
Je lui ai annoncé que j'envisageais sérieusement l'opération.
Elle m'a demandé quelles étaient les étapes suivantes.
Je les lui ai expliquées.
Puis nous avons parlé de sa fille qui cherchait un appartement.
Pendant quelques minutes, j'ai été une mère ordinaire au téléphone.
Pas seulement une patiente avec une masse dans le ventre.
Je me suis couchée en pensant à la vie qui existait encore autour de moi.
Je voulais y participer sans que ma peur décide de tout.
Avant de quitter le cabinet de la chirurgienne, j'ai demandé un moment seule avec elle.
Sarah m'attendrait dans le couloir.
La médecin a accepté.
J'ai sorti de mon sac une liste écrite sur un papier quadrillé.
Il y avait des questions que je n'osais pas poser devant mes enfants.
Je voulais savoir si je risquais de perdre mon autonomie après l'opération.
Si je pourrais encore monter les marches de ma maison.
Si je pourrais cuisiner.
Si je risquais de ne plus me réveiller.
La docteure ne m'a pas donné une réponse rassurante pour chacune.
Elle m'a parlé de l'évaluation de mes risques particuliers.
De la collaboration avec l'anesthésiste.
Des soins possibles après la chirurgie.
De la façon dont l'équipe surveillerait ma récupération.
Elle m'a demandé ce qui comptait le plus pour moi.
J'ai répondu que je souhaitais rester chez moi.
Puis j'ai ajouté que je ne voulais pas que mes enfants sacrifient toute leur vie pour me garder à domicile si mes besoins devenaient trop lourds.
C'était difficile à dire.
J'avais toujours pensé qu'une mère devait protéger ses enfants.
Mais je savais désormais que les décisions de santé ne pouvaient pas reposer sur le sacrifice silencieux d'une seule personne.
La docteure m'a suggéré d'aborder ces questions avec les professionnels adaptés et ma famille.
J'ai replié ma feuille.
Avant de partir, j'ai demandé à revoir le schéma de la masse.
Elle m'a indiqué sa position.
J'ai pensé au mouvement que j'avais senti pendant la nuit.
J'avais eu l'impression d'une vie nouvelle dans mon ventre.
En réalité, mon corps me signalait un problème que j'avais ignoré trop longtemps.
Je n'ai pas eu honte d'avoir interprété cette sensation de travers.
J'ai eu honte d'avoir pensé qu'une femme de mon âge devait se taire devant des changements aussi importants.
Dans le couloir, Sarah faisait défiler la liste des stations de radio sur son téléphone.
Elle m'a demandé si je voulais marcher un peu avant de rentrer.
Nous avons fait le tour du petit jardin de l'hôpital.
Des bancs étaient disposés sous les arbres.
Je me suis arrêtée près d'un massif de fleurs rouges.
Sarah m'a raconté que sa mère avait longtemps refusé un appareil auditif.
Elle croyait qu'accepter un objet médical signifiait devenir vieille.
« Elle l'a finalement adopté quand elle a pu entendre ses petits-enfants raconter leurs histoires », a dit Sarah.
J'ai souri.
Je savais que ma peur ne disparaîtrait pas par analogie avec un appareil auditif.
Mais j'entendais ce qu'elle essayait de me dire.
Une aide ou un traitement ne retire pas automatiquement la dignité.
Elle peut permettre de retrouver des choses ordinaires.
Sur le trajet, nous avons parlé du meilleur endroit pour ranger les documents médicaux.
Sarah m'a proposé un classeur avec des pochettes transparentes.
Je lui ai dit que j'en avais déjà un.
« Alors vous avez une longueur d'avance », a-t-elle répondu.
Je me suis mise à rire.
Cette conversation banale m'a permis de respirer à nouveau.
Le jour du rendez-vous avec l'anesthésiste, j'avais apporté toutes mes ordonnances.
Je les avais vérifiées avec mon pharmacien.
Je ne voulais pas essayer de me souvenir des noms sous la pression.
Dans la salle d'attente, un homme de mon âge lisait un journal.
Sa femme lui demandait de ne pas trop s'inquiéter.
Je me suis reconnue dans sa façon de serrer les pages.
Quand mon tour est arrivé, j'ai été invitée à entrer.
Sarah m'accompagnait, mais je répondais moi-même.
On m'a demandé mes antécédents médicaux.
Les opérations anciennes.
Les réactions à certains médicaments.
Mes habitudes quotidiennes.
J'ai répondu le plus précisément possible.
Le professionnel a expliqué les examens et les mesures de surveillance envisagés.
Il m'a laissé poser des questions.
Je craignais surtout de ne plus pouvoir prendre mes décisions après l'opération.
Il m'a expliqué comment seraient évalués mon réveil et ma récupération.
Il n'a pas minimisé les risques.
Il m'a aidée à les comprendre.
Sur le chemin du retour, j'ai demandé à Sarah de s'arrêter à une petite église.
Je n'y allais pas chaque semaine.
Mais j'aimais son jardin calme.
Nous nous sommes assises sur un banc.
Je n'ai pas prié à haute voix.
J'ai regardé les feuilles bouger.
Je pensais à mes enfants.
À Robert.
À Elise.
À tous les repas et toutes les fêtes que j'espérais encore connaître.
Sarah m'a demandé si je souhaitais rester seule quelques minutes.
J'ai répondu non.
Sa présence me suffisait.
Nous avons parlé de sa première rencontre avec Daniel.
Il était venu en retard à leur rendez-vous.
Elle avait failli repartir.
Puis il était arrivé avec un bouquet de fleurs acheté dans une station-service.
Je connaissais cette histoire.
Je lui ai demandé de me la raconter quand même.
Nous avons ri.
Dans la voiture, Sarah m'a proposé de passer chez le boulanger.
J'ai choisi un petit pain aux raisins.
Je n'avais pas très faim.
Mais l'odeur m'a fait plaisir.
Cette journée m'a rappelé que la préparation d'une opération ne se résume pas aux formulaires.
Il faut aussi trouver des moments où la peur ne prend pas toute la place.
Le soir, j'ai mis mes papiers dans un dossier étiqueté.
J'ai appelé Marianne pour confirmer les horaires.
Puis j'ai éteint mon téléphone.
J'ai voulu une nuit sans informations nouvelles.
Je me suis endormie plus facilement que prévu.
