Deux semaines après notre rendez-vous au café, une enveloppe est arrivée chez moi.
L'écriture sur le devant était soignée.
Je l'ai reconnue avant de voir le nom de Brenda.
J'ai posé l'enveloppe près du courrier ordinaire.
Je ne l'ai ouverte qu'après le déjeuner.
À l'intérieur se trouvait une lettre de deux pages.
Brenda y racontait qu'elle avait repensé à notre conversation.
Elle écrivait avoir longtemps considéré les remarques sur mes vêtements comme des plaisanteries sans conséquence.
Elle reconnaissait maintenant qu'elle avait utilisé ma situation familiale pour m'attirer les rires des autres.
Elle parlait aussi du tablier.
Elle disait avoir voulu reprendre le contrôle d'une soirée qui lui échappait.
Elle avait cru trouver une personne qui ne protesterait pas.
Elle savait que cela ne rendait pas son geste acceptable.
J'ai relu ce passage.
C'était la première fois que Brenda nommait précisément son comportement.
La suite était plus difficile.
Elle expliquait qu'elle avait eu peur d'être jugée comme une organisatrice incapable.
Elle avait dépensé beaucoup d'énergie dans la réunion.
Elle s'était sentie humiliée quand Robert était venu me parler des contrats.
Puis elle ajoutait :
« Aucune de ces choses ne justifie ce que je t'ai dit. »
J'ai fermé les yeux un instant.
Je n'avais pas attendu cette lettre.
Elle ne changeait pas les années passées.
Mais elle montrait au moins que Brenda avait réfléchi au-delà de sa propre gêne.
Je l'ai laissée sur la table pendant l'après-midi.
Puis j'ai appelé Carol.
Je lui ai lu quelques phrases.
« Qu'est-ce que tu ressens ? » a-t-elle demandé.
Je ne savais pas répondre simplement.
« Du soulagement. Et aussi de la méfiance. »
Carol n'a pas cherché à trancher à ma place.
« Tu peux être soulagée sans lui confier à nouveau ta tranquillité. »
J'ai regardé la lettre.
« Je crois que c'est ce que je vais faire. »
Je me suis mise à écrire une réponse.
J'ai d'abord rédigé un long paragraphe sur le bal.
Je l'ai effacé.
Brenda connaissait maintenant les faits essentiels.
Je n'avais pas besoin de les raconter encore pour mériter qu'elle les entende.
J'ai finalement écrit quelques lignes.
Je la remerciais pour ses excuses précises.
Je lui disais que je souhaitais pouvoir penser à la réunion sans ressentir le besoin de me défendre.
Je lui expliquais également que je ne désirais pas reprendre une relation suivie.
Nous pouvions nous saluer cordialement lors d'un événement commun.
Cela suffisait.
J'ai glissé ma lettre dans une enveloppe.
Le lendemain, je l'ai postée en allant chez le fleuriste.
Je voulais acheter des plantes pour la tombe d'Arthur.
Nous approchions d'une date que je redoutais toujours un peu.
L'anniversaire de sa mort.
Arthur était parti en 2016 après quarante et une années de mariage.
Je pouvais raconter sa vie avec le sourire.
Mais certaines journées restaient difficiles.
Au cimetière, j'ai enlevé les feuilles tombées sur la pierre.
J'ai replacé les fleurs.
Puis je me suis assise sur le banc près de l'allée.
Je lui ai parlé à voix basse.
Je lui ai raconté la réunion.
Le tablier.
Robert et son dossier.
La conversation avec Tommy.
La lettre de Brenda.
Je pouvais presque entendre sa réponse.
Il n'aurait pas applaudi la chute de Brenda.
Il aurait demandé si j'avais réussi à profiter de ma soirée.
Et si les employés de l'hôtel avaient été traités correctement.
J'ai souri à cette pensée.
« Tu vois, Arthur, tu continues à me rappeler ce qui compte. »
Une femme qui déposait des fleurs un peu plus loin m'a saluée.
Je lui ai répondu.
Nous avons parlé du temps et des roses qu'elle avait apportées.
Ces rencontres brèves me touchaient souvent.
Elles rappelaient que le chagrin appartenait à beaucoup de personnes.
En rentrant, je me suis arrêtée dans notre première rue commerciale.
La laverie de 1979 n'existait plus sous son ancienne forme.
Le bâtiment abritait maintenant une petite boutique de réparations électroménagères.
J'ai garé la voiture en face.
Pendant quelques minutes, j'ai regardé la façade.
Il m'a semblé revoir Arthur descendre de sa camionnette avec sa boîte à outils.
Je l'avais attendu ici des centaines de soirs.
Parfois, nous étions heureux.
Parfois, nous nous disputions parce que l'argent manquait.
Mais nous revenions toujours à la table des comptes.
Nous essayions de nous parler avec honnêteté.
Je suis repartie sans entrer dans la boutique.
Ce lieu appartenait maintenant à d'autres histoires.
Le vendredi, Carol est venue visiter la petite exposition de l'entreprise.
David lui a montré les premières machines et les tournées modernes.
Elle a observé les photographies longtemps.
Devant l'image d'Arthur et moi en tablier, elle s'est arrêtée.
« C'est celle-là ma préférée. »
« Pourquoi ? »
« Parce que tu ne regardes pas l'objectif. Tu regardes Arthur. »
J'ai examiné la photographie.
Elle avait raison.
Arthur disait probablement quelque chose de drôle.
Je souriais dans sa direction.
Carol a posé sa main sur mon épaule.
Nous n'avons rien dit pendant un moment.
Puis elle m'a demandé si j'avais répondu à Brenda.
« Oui. »
« Et maintenant ? »
« Maintenant, je vais vivre ma vie. »
Cela ne signifiait pas oublier.
Je gardais la photographie du bal.
Je gardais aussi la lettre.
Les deux pouvaient exister sans diriger chaque journée.
Après la visite, Carol et moi avons pris un café dans la salle de pause.
Nous avons parlé de voyages que nous n'avions jamais faits.
Elle rêvait de voir le littoral au printemps.
Je lui ai proposé de regarder les dates possibles.
Il y avait quelque chose de plaisant à faire des projets qui ne concernaient ni le passé ni les contrats.
J'ai ouvert mon agenda.
Pour la première fois depuis longtemps, j'ai inscrit une journée entière qui n'était destinée qu'à moi.
Le week-end suivant, j'ai invité June et Daniel à m'aider à trier une armoire de souvenirs.
Je voulais mettre de l'ordre dans les photographies avant qu'elles deviennent trop difficiles à identifier.
Nous avons commencé par les albums d'Arthur.
Sur une image, il tenait David bébé dans la cuisine de notre premier logement.
Sur une autre, il portait un chapeau ridicule pendant un pique-nique.
Daniel a éclaté de rire.
« Grand-père s'habillait vraiment comme ça ? »
« Seulement quand il voulait faire rire tout le monde. »
June a trouvé un carnet rempli de petits calculs.
Arthur y notait les dépenses de la laverie, mais aussi les anniversaires.
Il avait écrit plusieurs fois mon nom dans les marges avec un petit cœur.
Je ne l'avais jamais remarqué.
Je me suis assise près de la fenêtre pour le feuilleter.
Le carnet contenait une liste de pièces mécaniques et une autre des cadeaux prévus pour Noël.
Cette juxtaposition était tellement lui.
Il pouvait passer d'un joint de chaudière à une idée de cadeau sans changer de page.
June m'a demandé si j'avais des regrets.
J'ai réfléchi longtemps.
J'aurais voulu passer davantage de soirées à la maison quand David était enfant.
J'aurais voulu comprendre plus tôt qu'on pouvait demander de l'aide.
J'aurais voulu accompagner Arthur à certains rendez-vous médicaux au lieu de penser que le travail pouvait attendre un peu moins.
Mais je ne voulais pas transformer les souvenirs de nos années ensemble en liste de fautes.
Nous avions fait beaucoup de choses difficiles.
Nous avions aussi connu de vrais moments heureux.
J'ai montré aux enfants une photographie de nous trois devant la mer.
David avait cinq ans.
Il tenait une pelle en plastique presque aussi grande que lui.
Arthur portait un short à rayures et semblait très fier de son château de sable.
June a demandé si nous retournions souvent à cet endroit.
« Moins souvent que nous l'aurions voulu. »
Elle m'a regardée.
« Alors tu devrais y retourner avec nous un jour. »
J'ai accepté avec plaisir.
Nous avons classé les photographies dans des pochettes neuves.
Les enfants ont écrit les noms au dos de petites fiches, plutôt que sur les images elles-mêmes.
Je leur ai raconté les histoires dont je me souvenais.
Quand je ne connaissais pas la date exacte, nous l'avons indiqué.
Je ne voulais pas inventer une certitude pour rendre un souvenir plus propre.
À la fin de l'après-midi, l'armoire était encore loin d'être rangée.
Mais plusieurs albums étaient désormais identifiés.
June a proposé de revenir le mois suivant.
Daniel voulait numériser certaines photographies pour les partager avec la famille.
Je lui ai demandé de conserver aussi les originaux.
Les écrans sont pratiques.
Mais le papier gardait parfois des traces que les copies ne montraient pas.
Quand ils sont partis, j'ai reposé le carnet d'Arthur dans la boîte.
Je ne me sentais pas seulement nostalgique.
J'étais heureuse de savoir que nos souvenirs circuleraient encore entre plusieurs générations.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : Le projet de June conduit Martha à présenter publiquement la robe de sa mère sans rechercher la revanche
Le tablier tendu par Brenda a réveillé une humiliation ancienne dans la salle de bal du Fairmont Plaza #11
Part 12 of 16
