PARTIE 2 – Le petit-déjeuner est devenu plus intéressant que la nuit de noces

Marcel faillit s’étouffer avec son café une deuxième fois.

Arthur leva les mains.

“Camille.”

“Oui, mon chéri ?”

“Je peux expliquer.”

“Je t’en prie.”

Elle s’assit.

Marcel commença à se lever.

Camille dit :

“Non, non. Restez.”

Il se rassit immédiatement.

Arthur regarda son ami.

“Traître.”

Marcel murmura :

“Je tiens à vivre.”

Camille croisa les bras.

“Donc tu racontes à ton témoin que tu m’as dit avoir quatre-vingt-dix ans.”

Arthur hocha la tête.

“Pour la blague.”

“Et que j’ai passé la nuit à admirer ton endurance.”

“C’était la partie humoristique.”

“Humoristique pour qui ?”

Arthur réfléchit.

“Marcel.”

Marcel leva la main.

“Je confirme.”

Camille regarda les deux hommes.

Puis éclata de rire.

Arthur sembla soulagé.

Elle retira ses lunettes.

“Vous êtes ridicules.”

Marcel la regarda.

“Donc il n’a pas menti sur son âge ?”

“Bien sûr que non.”

Arthur protesta :

“J’ai menti seulement pendant trois secondes.”

Camille sourit.

“Il m’a dit qu’il avait quatre-vingt-dix ans au milieu d’une conversation absurde.”

“Tu vois ?”

Arthur regarda Marcel.

“C’était une blague privée.”

Camille ajouta :

“Puis il s’est endormi avant moi.”

Marcel explosa de rire.

Arthur devint rouge.

“Camille.”

“Quoi ? Je rétablis les faits.”

Marcel tapa la table.

“Enfin la vérité.”

Arthur soupira.

“Je regrette ce mariage.”

Camille lui prit un deuxième croissant.

“Déjà trop tard.”

Ils déjeunèrent ensemble.

Puis la conversation dériva.

Marcel demanda comment ils s’étaient réellement rencontrés.

Il connaissait la version courte.

Pas les détails.

Camille raconta l’exposition.

La photo.

Le frère d’Arthur.

Le café.

Puis Arthur ajouta :

“Elle m’a insulté au deuxième rendez-vous.”

Camille fronça les sourcils.

“Je ne t’ai pas insulté.”

“Tu m’as dit que j’étais arrogant.”

“Parce que tu l’étais.”

Marcel approuva.

Arthur soupira.

“Je suis entouré d’ennemis.”

Camille continua.

Ils avaient passé plusieurs mois à ne pas appeler ça une relation.

Ils allaient au musée.

Au cinéma.

Marchaient dans la ville.

Parlaient de livres.

Puis un soir, Arthur avait dit :

“Tu sais que les gens vont parler.”

Camille avait répondu :

“Les gens parlent quand tu changes de coiffure.”

Arthur avait souri.

“C’est vrai.”

La différence d’âge n’avait jamais disparu.

Elle était là.

Concrète.

Arthur avait des médicaments.

Des rendez-vous cardiologiques.

Une prothèse au genou.

Camille avait des projets de voyage.

Une carrière instable.

Des amis qui sortaient à minuit quand Arthur voulait déjà dormir.

Ils avaient dû parler de tout.

Pas seulement de romance.

De vieillissement.

De maladie.

D’argent.

D’héritage.

De ce qui se passerait si Arthur mourait dans cinq ans.

Ou dix.

Ou demain.

Camille ne voulait pas de surprises.

Arthur non plus.

Ils avaient signé un contrat de mariage.

Chacun gardait ses biens personnels.

Arthur avait prévu que l’essentiel de son patrimoine irait à ses deux enfants adultes.

Camille l’avait exigé.

Elle disait :

“Je ne veux jamais qu’ils pensent que je t’ai épousé pour leur prendre quelque chose.”

Arthur avait répondu :

“Ils penseront ce qu’ils veulent.”

“Moi non.”

Alors ils avaient organisé les choses proprement.

Ce détail étonna Marcel.

“Tes enfants étaient d’accord ?”

Arthur sourit.

“Non.”

Camille le regarda.

“Pas au début.”

Le fils d’Arthur, Philippe, avait été furieux.

Sa fille, Anne, avait pensé que Camille manipulait leur père.

Ils avaient demandé à lui parler seuls.

Arthur avait refusé de se justifier.

Mais Camille, elle, avait accepté une rencontre.

Elle leur avait montré le contrat.

Les comptes.

Les clauses.

Puis avait dit :

“Je ne veux rien de ce qui vous revient. Je veux votre père tant qu’il veut de moi.”

Anne avait pleuré.

Philippe était resté méfiant.

Mais avec le temps, ça s’était calmé.

Marcel écoutait.

Puis dit :

“Alors pourquoi tout le monde pense encore que vous êtes fous ?”

Camille haussa les épaules.

“Parce que c’est plus amusant.”

Arthur ajouta :

“Et parce qu’on est peut-être un peu fous.”

Après le petit-déjeuner, ils sortirent marcher près du lac.

Marcel resta à l’hôtel.

Mais il les regarda partir.

Arthur avançait lentement.

Camille adaptait son rythme sans que ça ressemble à de la pitié.

À un moment, Arthur s’arrêta.

Elle lui donna le bras.

Pas comme à un vieillard.

Comme à son mari.

Marcel sourit.

Puis son téléphone sonna.

Philippe.

Le fils d’Arthur.

“Marcel ?”

“Oui.”

“Papa est avec toi ?”

“Oui.”

“Il faut que je lui parle.”

“Qu’est-ce qui se passe ?”

Silence.

Puis Philippe dit :

“Il a oublié de me dire qu’il avait changé son testament.”

Marcel regarda par la fenêtre.

Arthur et Camille étaient déjà loin.

Et soudain, la blague du matin sembla beaucoup moins importante.

Ce matin-là, après le départ de Marcel, Camille et Arthur restèrent seuls quelques minutes au buffet.

Camille regarda les tables autour.

“Tu sais ce que j’aime le moins ?”

Arthur mâchait.

“Les raisins secs.”

“À propos de nous.”

“Ah.”

Elle posa sa tasse.

“Que tout le monde pense qu’il faut forcément une explication secrète.”

Arthur hocha la tête.

“Argent.”

“Oui.”

“Père absent.”

“Oui.”

“Traumatisme.”

“Oui.”

“Fétiche bizarre.”

Camille leva un sourcil.

“Merci.”

Arthur sourit.

Elle continua.

“Comme si je ne pouvais pas simplement aimer quelqu’un de beaucoup plus vieux.”

Arthur prit un morceau de bacon.

“Pour leur défense, je suis exceptionnel.”

Elle lui lança une serviette.

Puis elle devint sérieuse.

“Je sais que notre différence d’âge est énorme.”

Arthur ne plaisanta pas.

“Moi aussi.”

“Mais elle ne remplace pas tout le reste.”

“Non.”

“Je ne me réveille pas chaque matin en pensant : mon mari a cinquante-cinq ans de plus.”

Arthur répondit :

“Moi si.”

Camille éclata de rire.

“Pourquoi ?”

“Parce que mes genoux me rappellent les statistiques.”

Elle prit sa main.

“Voilà. Ça, c’est réel.”

Arthur savait qu’elle avait raison.

Les vraies difficultés n’étaient pas celles que les invités imaginaient.

Ce n’était pas une question de savoir si Camille aimait les hommes âgés.

C’était la fatigue.

La santé.

Les horaires.

Le futur.

Les enfants d’Arthur.

Le fait que Camille serait peut-être veuve très jeune.

Ils parlaient de ces choses depuis des mois.

Et, bizarrement, plus ils les abordaient franchement, moins elles ressemblaient à une catastrophe.

Arthur avait aussi rencontré les parents de Camille.

Cette soirée avait été un désastre élégant.

Son père, cinquante-deux ans, avait regardé Arthur puis Camille.

Puis Arthur encore.

Enfin, il avait dit :

“Vous êtes plus vieux que mon père.”

Arthur avait répondu :

“Oui.”

Silence.

Le père de Camille avait attendu une justification.

Arthur n’en avait donné aucune.

Plus tard, Camille avait demandé :

“Tu pouvais pas l’aider un peu ?”

Arthur avait répondu :

“Il avait déjà la bonne information.”

Ça l’avait fait rire pendant deux jours.

Sa mère, elle, avait été plus directe.

“Vous comprenez qu’elle pourrait passer sa trentaine à s’occuper de vous ?”

Arthur avait répondu :

“Oui.”

“Et ça ne vous dérange pas ?”

“Si.”

La mère de Camille avait semblé surprise.

Arthur avait continué.

“Mais ça me dérangerait encore plus de lui dire quoi faire de sa vie juste parce que j’ai peur de devenir un poids.”

Cette réponse avait changé le ton.

Pas tout.

Mais assez.

Ce qui surprenait aussi Marcel, c’est qu’Arthur ne cherchait jamais à cacher les aspects moins flatteurs.

Il prenait ses comprimés au petit-déjeuner.

Il vérifiait sa tension.

Il faisait parfois une sieste.

Camille ne transformait pas ça en drame.

Elle adaptait simplement la journée.

Un matin, Arthur avait dit :

“Romantique, hein ?”

En montrant son pilulier.

Camille avait répondu :

“Très. Surtout la case mardi.”

Ils avaient ri.

C’était peut-être ça qui déroutait les gens.

Ils ne jouaient pas au couple impossible.

Ils jouaient à rien du tout.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Tout le monde pensait que Camille voulait l’argent d’Arthur — mais le testament racontait une autre histoire

Story Parts

Arthur avait 80 ans, une épouse de 25 ans, et un secret qui faisait rire tout l’hôtel #11

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