PARTIE 12 – À l’audience préparatoire, j’ai compris que le temps pouvait être aussi coûteux que l’argent

Le jour de l’audience, j’ai mis la même robe que pour ma première visite au palais de justice.

Elle avait été repassée la veille.

Alfreda est venue me chercher tôt.

Elle avait préparé une petite bouteille d’eau et quelques biscuits.

Je lui ai dit que je n’étais pas une enfant.

Elle a répondu qu’elle connaissait une femme de soixante-douze ans qui oubliait parfois de déjeuner quand elle était inquiète.

J’ai pris les biscuits.

Nous nous sommes assises à l’arrière de la salle.

Il y avait d’autres affaires au programme.

Des personnes attendaient avec des dossiers sur les genoux.

Personne ne nous regardait particulièrement.

Cela m’a surprise.

J’avais l’impression que tout le monde devait connaître l’importance de cette journée.

Pour les autres, ce n’était qu’un mercredi au tribunal.

Le juge a entendu les avocats sur le calendrier du dossier.

Il a demandé quels documents restaient à échanger.

Il a évoqué les démarches nécessaires avant une éventuelle audience sur le fond.

Il n’a pas décidé en quelques minutes que la maison était définitivement à moi.

Il n’a pas déclaré les fils coupables d’avoir porté une contestation.

Il a simplement organisé la suite.

Au début, j’ai eu du mal à ne pas être déçue.

Je pensais qu’un tribunal devait répondre clairement à une question.

Parfois, il devait commencer par s’assurer que chacun avait pu préparer sa réponse.

Maître Benton me l’a expliqué à voix basse en sortant.

« Nous n’avons pas perdu aujourd’hui », a-t-elle dit.

« Nous n’avons pas gagné non plus. Nous avons un calendrier. »

Je lui ai demandé combien de temps il faudrait encore.

Elle a refusé de deviner.

Il pouvait y avoir des retards.

Un accord restait possible.

Une audience complète aussi.

De retour au duplex, j’ai regardé mes murs blancs.

Il fallait que je décide si je renouvelais mon bail.

La prolongation arrivait à son terme.

Je ne pouvais pas attendre indéfiniment une décision sans toit.

J’ai pris rendez-vous avec mon propriétaire.

Il a accepté un bail plus court, à un montant légèrement supérieur.

J’ai négocié la date de fin.

J’ai demandé qu’il mette les conditions par écrit.

En rentrant, j’ai pensé à tous les contrats que j’avais signés sans les lire dans ma jeunesse.

Je n’étais pas devenue experte en droit.

Mais j’apprenais à faire ralentir la conversation assez longtemps pour comprendre.

Un samedi, je suis allée au marché avec Alfreda.

Nous avons acheté des pommes et des courges.

Elle a choisi un bouquet de petites fleurs jaunes.

« Pour ton salon », a-t-elle dit.

Je lui ai répondu qu’elles allaient mourir en quelques jours.

« C’est vrai. Mais elles seront belles d’ici là. »

J’ai placé le bouquet dans un pot en verre.

Pendant une semaine, j’ai eu plaisir à le regarder le matin.

La vie ne se résumait pas à préserver ce qui durerait toujours.

Quelques jours plus tard, maître Benton a reçu une nouvelle proposition de règlement.

Les fils accepteraient de retirer leur contestation si je leur revendais la parcelle.

Ils proposaient un montant nettement plus proche de l’estimation.

Je pouvais comprendre la logique.

Ils souhaitaient conserver le domaine d’un seul tenant.

Je souhaitais de la sécurité.

Mais une vente aurait exigé d’autres dépenses et une négociation précise des conditions.

Nous avons étudié les chiffres.

J’ai demandé ce qu’il resterait après les honoraires, les frais de transaction et mes besoins futurs.

L’avocate m’a invitée à en parler aussi à un conseiller financier indépendant.

Je n’avais jamais consulté ce genre de professionnel.

J’ai demandé ses tarifs avant de fixer le rendez-vous.

Alfreda m’a accompagnée.

Nous avons comparé ce qu’une somme pourrait me permettre de payer en loyer avec le coût éventuel des réparations.

Le conseiller ne nous a pas promis des rendements spectaculaires.

Il a parlé de prudence, de liquidités et de dépenses de santé.

Je suis rentrée avec plus de questions.

Mais de meilleures questions.

Le soir, j’ai sorti la photographie de la petite maison.

J’ai essayé d’imaginer ce que je ressentirais si quelqu’un d’autre y vivait.

Je ne voulais pas que la peur de perdre ce lieu dirige toutes mes décisions.

Je ne voulais pas non plus qu’un chèque efface son histoire.

J’ai demandé quelques jours pour réfléchir.

L’avocate les a obtenus.

Puis Bertram m’a fait parvenir, par les voies appropriées, une courte lettre personnelle.

Il écrivait qu’il avait commencé à comprendre pourquoi sa mère avait voulu protéger ce terrain.

Il n’était pas prêt à parler au nom de ses frères.

Mais il ne voulait plus affirmer qu’elle n’avait rien compris.

J’ai lu sa lettre deux fois.

Après l’audience, j’ai dû expliquer à une voisine que rien n’était terminé.

Elle pensait que le juge avait rendu une décision.

« Mais vous étiez au tribunal », a-t-elle insisté.

« Oui. Pour organiser la suite. »

Elle m’a regardée avec étonnement.

J’ai essayé de lui décrire la différence.

Il y avait des délais pour présenter des documents.

Des discussions sur les témoignages.

Des possibilités de règlement.

Le tribunal n’avait pas encore examiné tout le fond du litige.

Elle a secoué la tête.

« On ne m’y reprendra pas à avoir un terrain », a-t-elle plaisanté.

J’ai ri.

Puis je suis rentrée et j’ai retrouvé ma facture d’électricité.

La vie quotidienne avait cette qualité étrange.

Elle ne s’arrêtait pas pour laisser toute la place aux grands événements.

J’ai rempli un formulaire pour les frais médicaux.

J’ai appelé mon assureur automobile.

J’ai repris un rendez-vous chez le dentiste.

Puis j’ai regardé le calendrier du dossier.

Les dates étaient encore éloignées.

Au début, cela m’a découragée.

Ensuite, je me suis demandé comment utiliser le temps entre elles.

Je pouvais améliorer mon budget.

Je pouvais me renseigner sur les logements de petite taille.

Je pouvais continuer à passer du temps avec Alfreda.

Je pouvais même prendre un livre pour mon seul plaisir.

À la bibliothèque, j’ai emprunté un roman policier du genre qu’Henrietta aimait.

Je n’avais pas lu une histoire entière depuis longtemps.

Le soir, je me suis assise près de ma lampe.

J’ai tourné les pages lentement.

À un moment, j’ai pensé à la tasse verte d’Henrietta.

J’ai attendu que la tristesse passe.

Puis j’ai repris ma lecture.

Le lendemain matin, j’ai découvert que j’avais dormi presque huit heures.

C’était inhabituel depuis le début du conflit.

Je n’en ai pas tiré une grande conclusion.

J’ai simplement préparé mes tartines.

Alfreda m’a appelée pour confirmer notre déjeuner du dimanche.

Je lui ai répondu que j’apporterais une salade.

Nous avons raccroché en riant d’une histoire concernant son chien.

Je me suis aperçue que je n’avais pas prononcé le nom Lockridge depuis la veille.

Le procès était toujours là.

Mais il n’occupait plus tout l’espace.

Je l’ai rangée dans le classeur, derrière l’acte.

Je ne savais pas encore quel accord serait possible.

Je savais seulement qu’une partie de la famille avait commencé à écouter.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : J’ai refusé de vendre ma sécurité à ceux qui avaient d’abord refusé de me dire au revoir

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