PARTIE 14 – Après les funérailles, les objets d’Ethan restent à leur place jusqu’à ce que nous soyons prêts

Les jours qui ont suivi ont été remplis de décisions que je n'avais jamais imaginé devoir prendre.

Nous avons rencontré une personne chargée d'organiser les funérailles.

Elle nous a expliqué les options sans nous pousser vers les plus coûteuses.

Chris et moi avons choisi une cérémonie simple.

Nous voulions montrer des photographies d'Ethan vivant, riant, parfois couvert de chocolat.

Nous ne voulions pas que sa maladie soit la seule chose racontée.

Lucas a demandé s'il pouvait lire une phrase.

Sa mère l'a aidé à réfléchir et lui a précisé qu'il pouvait changer d'avis.

Il a finalement préféré déposer son dessin du chien près de l'album de photographies.

Personne ne l'a obligé à parler.

Julien a proposé de prendre en charge les appels avec les prestataires.

Chris a accepté qu'il s'occupe des transports.

Nous avions besoin d'aide concrète.

Le jour de la cérémonie, il pleuvait.

J'ai regardé les gens entrer en silence.

Il y avait l'institutrice d'Ethan, des soignants qui avaient pu se libérer, des voisins et plusieurs amis de Chris.

Nora s'est assise près de la famille de Lucas.

Elle avait apporté une photographie du stade.

Sur l'image, Ethan riait, les yeux levés vers l'écran géant.

Je l'ai placée à côté de son maillot bleu.

Chris a parlé brièvement.

Il n'a pas essayé de transformer la vie d'Ethan en discours sur le courage.

« Il aimait le football, les crêpes ratées et les mauvaises blagues », a-t-il dit.

Sa voix tremblait.

« Il nous a appris à écouter quand il disait qu'il était fatigué, et à rire quand il en avait envie. »

Il a fait une pause.

Julien s'est levé légèrement, prêt à l'aider.

Chris a continué seul.

« Je voudrais seulement qu'on se souvienne de lui comme d'un garçon entier. Pas comme d'une maladie. »

Après la cérémonie, les gens sont venus nous saluer.

Certains ne savaient pas quoi dire.

D'autres racontaient une anecdote.

J'ai préféré celles qui commençaient par un rire.

Une enseignante a rappelé le jour où Ethan avait prétendu que l'examen de mathématiques devait être annulé pour cause de pluie.

Lucas a expliqué que son ami avait inventé des noms ridicules pour tous les chiens du quartier.

Nous avons souri.

Puis nous sommes rentrés dans notre maison.

La chambre du bas était intacte.

Les étoiles en papier étaient toujours sur la fenêtre.

La boîte des cartes était sur la table.

Pendant plusieurs semaines, je n'ai rien déplacé.

Je passais devant la porte et je regardais la couverture pliée.

Je savais que nous finirions peut-être par changer l'usage de cette pièce.

Mais pas maintenant.

Un soir, Chris a voulu ranger le matériel médical.

Il m'a demandé mon avis.

J'ai accepté pour les objets prêtés par les services de soins.

Nous avons fait les démarches de restitution.

En revanche, je lui ai demandé de laisser les livres et le petit sapin.

Quelques jours après la cérémonie, Nora est venue nous apporter un petit album de photographies.

Elle avait demandé notre accord avant de l'imprimer.

Il contenait uniquement les images du stade que nous avions accepté de conserver.

Nous l'avons ouvert sur la table de la cuisine.

La première page montrait Ethan entrant dans les tribunes, les yeux écarquillés.

La suivante le représentait avec son bretzel.

Une autre montrait Julien qui descendait les marches.

Je l'ai regardée longtemps.

Ce jour-là, j'avais cru que notre famille recevait une surprise préparée par des inconnus.

Je comprenais maintenant combien de courage il avait fallu à Ethan pour écrire cette lettre.

Nora nous a raconté qu'il avait demandé très sérieusement si son oncle pouvait assister au match sans être obligé de parler devant tout le monde.

Elle avait trouvé sa demande étonnamment précise.

« Il ne voulait pas que son père soit embarrassé », a-t-elle dit.

Chris a baissé les yeux.

Je lui ai pris la main.

Nora a ajouté qu'elle avait été touchée par la façon dont Ethan avait essayé de prévoir la fatigue de chacun.

Puis elle s'est arrêtée.

« Je sais que vous lui aviez dit qu'il n'avait pas à porter les relations des adultes. Vous avez bien fait. »

Nous l'avons remerciée.

Elle n'a pas cherché à prolonger sa visite.

Après son départ, nous avons placé l'album près de la boîte bleue.

Nous pouvions le regarder quand nous en aurions envie.

Ce jour-là, Chris a choisi la page où Ethan riait.

Il y est resté longtemps.

Puis il a fermé l'album.

« Je veux me souvenir de cette joie aussi », a-t-il murmuré.

Il a compris.

Julien venait parfois dîner.

Il ne s'asseyait plus automatiquement à la place d'Ethan.

Le lendemain des funérailles, j'ai trouvé une pile de courriers sur la table.

Il y avait des cartes de condoléances.

Des formulaires administratifs.

Une facture que nous n'avions pas encore regardée.

Un dessin envoyé par un ancien camarade d'Ethan.

Je ne savais pas par quoi commencer.

Chris est entré et a pris les enveloppes les plus urgentes.

« On va faire une chose à la fois », a-t-il dit.

Nous avons appelé les services concernés pour savoir quelles démarches étaient nécessaires.

Certaines pouvaient attendre.

Dans les semaines suivantes, nous avons reçu des invitations que nous n'étions pas prêts à accepter.

Un anniversaire.

Un dîner entre voisins.

Une réunion de famille.

Nous avons répondu à chacune selon nos forces.

Parfois, nous déclinions.

Parfois, nous faisions une courte apparition.

Une fois, j'ai quitté une table parce qu'une conversation sur les vacances scolaires m'était devenue insupportable.

Personne ne m'en a voulu.

Une amie m'a accompagnée jusqu'à la voiture.

Elle n'a pas cherché à me convaincre de revenir.

Elle m'a demandé si je voulais qu'elle appelle Chris.

J'ai répondu non.

Je voulais seulement quelques minutes au calme.

Puis je suis rentrée chez moi.

Le lendemain, j'ai envoyé un message de remerciement.

Notre vie sociale ne reviendrait pas d'un seul coup.

Elle reprendrait, si nous le souhaitions, par petites touches.

Nous avons demandé à Julien de nous aider à classer les documents, sans lui donner accès aux informations que nous voulions garder privées.

Il a préparé trois chemises.

Urgent.

À traiter plus tard.

Souvenirs.

La dernière s'est remplie très vite.

Une institutrice avait écrit qu'Ethan lui avait demandé un jour si les dinosaures savaient jouer au football.

Un voisin se souvenait de lui en train de compter les voitures rouges dans la rue.

Lucas avait glissé un dessin dans une enveloppe sans y ajouter de texte.

Nous avons passé une heure à tout regarder.

Puis nous avons refermé la chemise.

Je ne voulais pas que notre douleur soit dictée par l'arrivée du courrier.

Au cours des semaines suivantes, nous avons découvert que les gens ne savaient pas toujours comment nous parler.

Certains évitaient de prononcer le prénom d'Ethan.

D'autres ne parlaient que de lui.

Une voisine m'a demandé si elle devait retirer une photographie de notre fils de son réfrigérateur.

Je lui ai répondu que cela ne me dérangeait pas qu'elle la garde.

Une autre personne m'a dit qu'elle n'osait plus passer devant notre maison.

Je lui ai expliqué que nous avions parfois besoin de tranquillité, mais que nous ne voulions pas devenir invisibles.

Ces conversations étaient maladroites.

Elles étaient aussi nécessaires.

Un dimanche, Chris a proposé de préparer les crêpes qu'Ethan aimait.

J'ai accepté.

Il a brûlé la première.

Nous nous sommes regardés.

Puis nous avons ri.

Une seconde après, j'ai commencé à pleurer.

Chris m'a entourée de ses bras.

Le premier anniversaire sans Ethan a demandé une préparation particulière.

Nous n'avions pas envie d'organiser une grande réunion.

Nous avons invité Julien pour un repas court.

Lucas nous a envoyé une carte.

Nous avons placé une bougie près d'une photographie, puis nous l'avons éteinte avant le dessert.

J'ai pleuré lorsque Chris a prononcé le prénom d'Ethan.

Plus tard, nous avons ri d'une anecdote sur ses premiers devoirs.

Personne n'a essayé de décider quelle émotion était la bonne.

À la fin de la soirée, Julien a rangé les assiettes.

Chris l'a remercié d'être venu.

C'était assez pour cette année-là.

Nous avons laissé les autres crêpes refroidir.

Plus tard, nous en avons mangé deux.

La maison ne s'était pas remise à être joyeuse.

Elle avait seulement accueilli un petit moment de rire parmi d'autres moments difficiles.

Un soir, j'ai ouvert la boîte de souvenirs.

Je l'ai trouvée plus lourde que dans mon souvenir.

Il y avait des photographies, des billets et des cartes.

Sous le badge du tournoi se trouvait un autocollant qu'Ethan avait gardé après une consultation.

Je me suis rappelé qu'il l'avait collé sur son pull puis déplacé dans la boîte.

Il m'avait dit qu'il était particulièrement beau parce qu'il représentait un ballon rouge.

J'ai souri.

Nous avions gardé tant de petits objets sans savoir lesquels deviendraient précieux.

J'ai conservé la carte de Lucas avec les autres souvenirs, sans chercher à transformer ce premier anniversaire en tradition obligatoire pour les années suivantes.

Chris est entré dans la pièce.

Il a demandé si je voulais qu'il reste.

« Oui. Mais je ne veux pas tout raconter aujourd'hui. »

Il s'est assis à côté de moi.

Nous avons regardé la boîte ouverte pendant quelques minutes.

Puis nous l'avons refermée.

Il restait des choses à découvrir.

Elles n'avaient pas besoin de l'être toutes le même soir.

Il attendait que nous choisissions les sièges.

Certains soirs, nous parlions de notre fils.

D'autres, nous parlions du travail ou des courses.

Les deux possibilités nous semblaient étranges.

Un dimanche, Julien a apporté un DVD d'un vieux match.

Chris a hésité.

« Je ne sais pas si je peux le regarder. »

« Alors on ne le regarde pas », a répondu son frère.

Ils ont joué aux cartes à la place.

Je suis restée dans la cuisine.

Le bruit des cartes posées sur la table m'a fait pleurer.

Ethan avait arbitré leur dernière partie.

J'ai compris que les souvenirs pouvaient nous atteindre au détour d'un geste ordinaire.

Quelques semaines plus tard, j'ai ouvert l'une des lettres qu'Ethan m'avait confiées.

Elle contenait trois phrases et un dessin de ballon.

« Maman, je t'aime.

Tu chantes faux mais j'aime quand tu chantes.

N'oublie pas de manger des gâteaux même sans anniversaire. »

J'ai posé la lettre sur la table.

Je n'ai pas eu envie de sourire tout de suite.

Je l'ai relue le lendemain.

Cette fois, j'ai ri entre mes larmes.

Je l'ai rangée dans son enveloppe.

Elle n'avait pas effacé notre peine.

Elle nous avait laissé entendre sa voix, un instant.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 15 : Le retour au travail de Chris et les appels de Julien montrent que le deuil n’est pas linéaire

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