PARTIE 5 – Jessica revient avec ses questions et nous devons choisir entre rivalité et responsabilité

Le mercredi, Jessica est arrivée avec un classeur bleu.

Elle avait rangé les ordonnances d’Emma, ses derniers comptes rendus et notre calendrier de garde.

Je connaissais cette façon de préparer une conversation.

Jessica organisait les papiers quand elle avait peur.

Je n’avais pas toujours compris cela pendant notre mariage.

Cette fois, j’ai tiré une chaise près d’elle.

« Qu’est-ce que tu veux savoir ? »

Elle a pris une feuille vierge.

« Je veux comprendre à partir de quand elle allait moins bien. »

Je lui ai raconté le dîner, le film et le coucher.

Je lui ai expliqué l’appel des secours.

Je lui ai montré l’heure du message envoyé après l’admission.

Jessica a lu sans parler.

« J’ai eu peur que tu aies attendu », a-t-elle dit.

« Je n’ai pas attendu. »

Elle a hoché la tête.

« Je sais que tu as appelé. Mais j’ai imaginé le pire. »

Je lui ai dit que moi aussi.

Nous sommes restés silencieux.

Puis j’ai abordé ce qu’elle avait dit sur la garde.

« Si tu veux discuter de notre calendrier, on peut le faire. Mais pas devant Emma et pas comme une accusation. »

Jessica a fermé le classeur.

« J’ai parlé trop vite. »

« Tu m’as dit que ton avocat ferait quelque chose. »

« J’ai demandé un rendez-vous. Je ne lui ai pas demandé de déposer une requête. »

Je l’ai regardée.

« Nous pouvons obtenir ensemble les informations médicales dont nous avons besoin. Notre fille n’est pas un dossier que l’un de nous doit gagner. »

Elle a essuyé ses yeux.

« Je sais. »

J’ai ajouté qu’une crise grave pouvait survenir malgré le suivi et qu’il fallait laisser les professionnels déterminer ce qui avait pu la déclencher.

Ni elle ni moi n’avions les compétences pour conclure à une faute simplement parce qu’Emma avait été hospitalisée.

Jessica a accepté de participer à la réunion de sortie quand elle serait organisée.

Nous avons repris la liste des questions.

Où conserver les médicaments de secours ?

Quels signes devaient nous faire appeler les urgences ?

Comment prévenir l’école ?

Quand reprendre les activités physiques ?

Nous voulions un plan écrit adapté par ses soignants.

Dans la chambre, Emma a demandé pourquoi nous parlions aussi longtemps.

Jessica a souri.

« Nous préparons ton retour. »

« Je peux retourner à l’école vendredi ? »

« On demandera au médecin », ai-je répondu.

Elle a soupiré.

« J’ai raté les fractions. »

Jessica a ri malgré elle.

« Je pense que les fractions t’attendront. »

Emma a demandé si sa meilleure amie Maya avait envoyé un message.

Je lui ai montré un dessin reçu sur mon téléphone.

Maya avait dessiné deux filles devant une fusée.

Sous l’image, elle avait écrit que personne ne devait partir sur Mars avant le retour d’Emma.

Ma fille a passé un doigt sur l’écran.

« Elle dessine mal les fusées. »

Puis elle a souri.

Plus tard, Jessica et moi avons demandé à parler à la docteure Williams.

Elle nous a expliqué les paramètres qu’elle surveillait et les critères de transfert hors des soins intensifs.

Elle a évité de nous promettre une date.

Jessica posait beaucoup de questions.

Je les écrivais.

Pour la première fois depuis notre divorce, notre façon différente de gérer l’inquiétude nous aidait.

Elle retenait les détails des médicaments.

Je retenais les horaires et les consignes pratiques.

À la sortie de la réunion, Jessica m’a demandé si j’avais mangé.

« Harold m’a apporté une soupe hier. »

« Ce n’était pas ma question. »

Je lui ai répondu que non.

Elle est descendue chercher deux sandwiches.

Nous les avons mangés près de la fenêtre.

Elle m’a parlé brièvement de son travail et des difficultés à modifier ses horaires.

Je lui ai parlé de Frank et de l’équipe qui couvrait mes chantiers.

Nous avons envisagé comment nous relayer pendant la convalescence.

Aucun de nous n’avait toutes les réponses.

Mais nous pouvions au moins poser les bonnes questions ensemble.

Le soir, Jessica m’a envoyé un nouveau message.

« J’ai annulé le rendez-vous précipité avec mon avocat. Je préfère d’abord connaître le plan médical. »

Je l’ai remerciée.

Je ne savais pas si notre coopération durerait.

Je savais seulement qu’Emma méritait que nous essayions.

Après notre conversation, Jessica m’a montré une photographie prise quelques semaines avant l’hospitalisation.

Emma était assise sur une couverture dans un parc.

Elle tenait un cerf-volant orange.

Ses cheveux lui couvraient presque les yeux.

Jessica m’a demandé si j’avais remarqué quelque chose d’inhabituel ce jour-là.

« Non. Pourquoi ? »

« Parce que depuis l’ambulance, je revis tous les moments où elle a toussé. Je me demande ce que j’aurais dû voir. »

Je connaissais cette torture.

Je m’étais posé les mêmes questions.

Nous avons regardé la photo ensemble.

Je lui ai dit que nous pouvions signaler aux soignants tout symptôme ou changement réellement observé, sans transformer chaque souvenir en preuve de négligence.

Elle a acquiescé.

« Je veux comprendre pour mieux faire. »

« Moi aussi. »

Nous avons dressé une chronologie simple des symptômes connus.

Le dîner du mercredi.

Le coucher.

Le réveil à deux heures.

Les traitements effectués selon les consignes disponibles.

L’appel aux secours.

L’arrivée à l’hôpital.

Nous avons donné cette chronologie à la médecin.

Elle nous a remerciés et a répondu à nos questions, en distinguant ce qu’on savait de ce qui restait incertain.

Jessica a cessé de chercher une erreur unique qui expliquerait tout.

Je lui ai avoué que moi aussi, j’avais peur de rentrer chez moi et de fermer les yeux la nuit.

Elle m’a proposé que nous échangions davantage pendant les premières semaines.

Je lui ai demandé si elle accepterait que Frank m’accorde des horaires adaptés, plutôt que de croire que mon travail m’empêchait de suivre les soins.

« Oui. Je crois que j’ai été injuste avec ton emploi. »

Nous avons aussi parlé de la façon dont Emma percevait nos disputes.

Elle nous regardait parfois avant de poser une question, comme si elle évaluait lequel de nous serait le moins inquiet.

Nous ne voulions plus qu’elle ait ce rôle.

Jessica a proposé qu’un seul de nous explique les consignes à la fois, pendant que l’autre reste disponible pour écouter Emma.

J’ai trouvé l’idée bonne.

Nous avons testé cette méthode pendant la réunion suivante.

La médecin présentait une information.

Jessica la notait.

Je demandais ensuite à Emma si elle voulait poser une question.

Notre fille a demandé pourquoi elle devait attendre avant de retourner courir avec Maya.

La médecin lui a expliqué avec des mots adaptés à son âge que la reprise serait progressive selon son état et son plan médical.

Emma a accepté, sans enthousiasme.

Mais elle avait obtenu une réponse directement.

Plus tard, Jessica m’a dit qu’elle allait parler avec une conseillère pour mieux gérer sa propre anxiété.

Je lui ai répondu que j’envisageais la même chose.

Nous n’étions pas obligés de devenir des parents parfaitement calmes.

Nous devions simplement éviter que notre peur prenne toute la place dans la vie d’Emma.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 6 : Le premier transfert d’Emma et le retour inattendu des promesses de ma mère

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La nuit où la respiration d’Emma a remplacé toutes les urgences de ma famille #11

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