PARTIE 9 – Emma retourne doucement à l’école et nous apprenons à entendre ce qu’elle ne disait pas

Deux semaines après le retour à la maison, Emma a retrouvé sa classe pour une journée aménagée.

Le rendez-vous de suivi avait permis d’ajuster les consignes selon son état.

Son médecin avait discuté de la reprise des activités avec nous.

Jessica et moi avions rencontré l’infirmière scolaire et son enseignante.

Nous leur avions remis les documents nécessaires.

Personne ne voulait improviser en cas de nouvelle difficulté.

Le matin du retour, Emma a choisi son sac violet.

Elle l’a vidé sur la table.

Il y avait des crayons cassés, une gomme en forme de chat et une invitation d’anniversaire oubliée.

« Tu crois qu’ils vont tous me regarder ? »

Je me suis assis à côté d’elle.

« Peut-être que certains vont te poser des questions. Tu peux répondre seulement à celles que tu veux. »

« Et si je ne veux parler à personne ? »

« Tu peux le dire à ta maîtresse. »

Elle a fermé la trousse.

« Maya saura quoi faire. »

Je l’espérais.

À l’école, son enseignante nous a accueillis à l’entrée.

Elle avait prévu un endroit calme où Emma pourrait faire une pause.

L’infirmière scolaire a confirmé le protocole établi avec ses soignants.

Jessica a posé les dernières questions.

J’ai vérifié l’heure à laquelle nous devions revenir.

Emma nous a regardés tous les deux.

« Vous pouvez arrêter de parler de moi comme si je n’étais pas là ? »

Nous nous sommes tus.

Son enseignante s’est accroupie pour lui parler directement.

« Comment voudrais-tu commencer la matinée ? »

« Je veux aller voir Maya. »

« Alors allons-y. »

Emma est partie avec elle.

J’ai regardé le couloir vide pendant un long moment.

Jessica m’a touché l’épaule.

« Elle grandit. »

« Oui. »

Nous avons pris un café en attendant le moment de la récupérer.

L’école nous avait prévenus qu’elle pouvait nous appeler plus tôt.

Je gardais mon téléphone posé sur la table.

Jessica l’a regardé.

« Tu as peur que ça recommence. »

« Oui. »

Elle a posé sa tasse.

« Moi aussi. »

Nous avons parlé de cette peur plus ouvertement que nous ne l’avions fait à l’hôpital.

Nous avons convenu de ne pas transformer chaque toux en panique devant Emma.

Mais nous n’ignorerions jamais les signes prévus dans son plan médical.

À midi, l’enseignante nous a dit qu’Emma avait participé à une activité de lecture.

Elle était fatiguée, mais heureuse.

Maya avait gardé une place près d’elle.

Dans la voiture, Emma nous a raconté qu’un garçon avait demandé si elle avait eu une opération.

« Qu’est-ce que tu lui as répondu ? »

« Que non et que ce n’était pas ses affaires. »

Jessica a tourné la tête pour cacher un sourire.

« Ça te convenait ? » ai-je demandé.

« Oui. »

Nous avons respecté sa réponse.

Le soir, Emma a dessiné une grande fenêtre avec des nuages derrière.

Elle m’a dit que c’était la fenêtre de sa chambre d’hôpital.

« Je voulais rentrer. Mais parfois, j’avais peur de rentrer aussi. »

Je me suis assis près d’elle.

« De quoi avais-tu peur ? »

« Que je recommence à manquer d’air. »

J’ai résisté à l’envie de lui promettre que cela n’arriverait jamais.

« Tu as eu très peur. »

Elle a hoché la tête.

« Moi aussi. Et nous avons un plan si tu te sens mal. Tu n’as pas à gérer ça seule. »

Elle a repris son crayon.

Nous avons convenu qu’elle pourrait parler à une professionnelle si elle le souhaitait.

Jessica a soutenu cette idée.

Je ne voulais pas qu’Emma garde tout à l’intérieur pour nous protéger.

Au coucher, elle m’a demandé si sa grand-mère était fâchée contre elle.

J’ai senti ma poitrine se serrer.

« Non, ma chérie. Les adultes ont eu des désaccords. Tu n’en es pas responsable. »

« Mais la fête ? »

« La fête a eu lieu. Et ta santé passait avant un gâteau. »

Elle a réfléchi.

« C’était un gâteau au chocolat ? »

« Oui. »

« Dommage. »

Nous avons ri doucement.

Je lui ai promis que nous pourrions commander un gâteau au chocolat un jour où elle en aurait envie.

Pas pour remplacer une fête.

Juste pour partager un dessert.

Un mercredi, Emma est rentrée de l’école avec un papier plié dans la poche de son manteau.

Elle l’a posé sur la table sans en parler.

Je l’ai reconnu.

C’était un formulaire d’inscription à une sortie scolaire.

La classe devait visiter un musée scientifique à deux heures de route.

Autrefois, j’aurais signé rapidement.

Cette fois, j’ai préféré vérifier les informations nécessaires avec les professionnels qui suivaient Emma et avec l’école.

Elle m’a regardé pendant que je lisais.

« Tu vas dire non ? »

« Je n’ai pas encore décidé. Je veux savoir comment la sortie est organisée. »

« Tout le monde y va. »

« Je comprends pourquoi tu as envie d’y aller. »

Elle a croisé les bras.

« Quand j’étais à l’hôpital, j’ai raté plein de choses. »

Je me suis assis près d’elle.

« Je sais. Et je ne veux pas que tu rates des choses sans raison. »

Nous avons téléphoné à Jessica.

Elle avait reçu une copie du formulaire.

Nous avons demandé à l’école quelles étaient les dispositions prévues pour les élèves ayant des besoins médicaux et comment les consignes seraient appliquées.

L’enseignante a proposé un échange avec l’infirmière scolaire.

Nous avons obtenu les renseignements nécessaires.

Puis nous avons demandé à l’équipe médicale qui suivait Emma si des précautions particulières étaient indiquées pour cette sortie.

Je n’ai pas fait semblant de connaître les réponses.

Je voulais que les décisions reposent sur des conseils adaptés à sa situation.

Après ces échanges, nous avons pu confirmer sa participation avec les mesures prévues.

Emma a sauté de joie.

Puis elle s’est arrêtée pour nous regarder.

« Je peux vraiment y aller ? »

« Oui, avec les consignes que nous avons préparées. »

La veille du départ, elle a choisi ses chaussures et préparé son sac.

Elle voulait apporter un carnet pour dessiner les fossiles.

J’ai glissé son déjeuner dans une boîte.

Jessica avait vérifié les éléments du dossier scolaire.

Nous avions chacun notre tâche.

Le matin, Emma a monté les marches de l’autobus sans se retourner tout de suite.

Puis elle a agité la main par la fenêtre.

Je suis resté sur le trottoir jusqu’au départ.

Je n’ai pas suivi l’autobus en voiture.

Je suis allé travailler.

Cela m’a demandé plus d’effort que je ne l’aurais cru.

À midi, j’ai pensé à elle en ouvrant mon propre déjeuner.

Je me suis souvenu qu’elle devait être devant les squelettes de dinosaures.

Le soir, elle est revenue avec un petit caillou acheté à la boutique du musée.

« C’est de la pyrite », a-t-elle annoncé.

Je lui ai demandé ce qu’elle avait appris.

Elle a parlé pendant vingt minutes.

Du bus.

Des fossiles.

De Maya qui avait oublié son sandwich.

Je n’ai pas interrompu pour demander dix fois si elle avait respiré normalement.

Elle savait que je restais attentif.

Elle avait besoin de raconter autre chose.

Ce soir-là, j’ai compris qu’assurer sa sécurité signifiait aussi lui laisser retrouver des expériences qui n’appartenaient qu’à elle.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 10 : Les questions de garde deviennent une conversation organisée plutôt qu’une menace entre parents

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La nuit où la respiration d’Emma a remplacé toutes les urgences de ma famille #11

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