PARTIE 14 – Le premier Noël de notre famille nouvelle et l’étoile au nom de Samuel

À l'approche de Noël, Claire a retrouvé la décoration que Samuel avait fabriquée enfant.

L'étoile en bois portait encore une tache de colle sur l'un des côtés.

Elle m'a envoyé une photo.

« Maman l'accrochait chaque année, même quand le sapin était trop petit », a-t-elle écrit.

Samuel a proposé que nous passions une partie du réveillon ensemble.

Anna souhaitait garder le matin de Noël pour leurs filles.

Rebecca avait aussi prévu un déjeuner chez sa belle-famille.

Nous avons donc choisi le 23 décembre.

Cette date n'avait rien d'extraordinaire.

Elle permettait simplement à chacun de venir sans renoncer à ses habitudes.

J'ai préparé une soupe et un poulet au four.

Rebecca a apporté des légumes.

Samuel s'est chargé du dessert.

Claire est venue avec son compagnon, Marc.

C'était la première fois qu'elle participait à un repas chez moi.

Elle semblait nerveuse en entrant.

Je lui ai montré où poser son manteau.

« Tu peux choisir ta place à table », ai-je dit.

Elle a souri.

« Je vais rester près de Samuel. Il parle trop quand il est inquiet. »

« Je confirme », a répondu Anna.

Nous avons ri.

Les enfants ont décoré le sapin.

June voulait placer toutes les boules sur les branches du bas.

Lily essayait de les répartir avec méthode.

Rebecca a fini par proposer un compromis.

À la dernière minute, Claire a sorti l'étoile en bois de son sac.

Samuel l'a prise avec précaution.

« Je croyais qu'elle avait disparu », a-t-il murmuré.

« Maman gardait tout », a répondu Claire.

Il l'a tournée entre ses doigts.

Au dos, son prénom était écrit en lettres maladroites.

Samuel, six ans.

Il a regardé ses filles.

« C'est moi qui l'ai faite quand j'étais petit. »

June a voulu la toucher.

Il la lui a confiée.

Elle a examiné la colle séchée.

« Elle est un peu de travers », a-t-elle dit.

« C'est une tradition familiale », a répondu Samuel.

Puis il l'a accrochée près du sommet.

Le sapin n'était pas parfaitement décoré.

Mais l'étoile y avait trouvé une place.

Pendant le repas, nous avons parlé de Margaret.

Claire racontait qu'elle chantait faux les chants de Noël.

Samuel se souvenait de ses pulls rouges.

J'ai parlé de la fois où elle m'avait fait croire que le chocolat chaud contenait un ingrédient secret.

« C'était quoi ? » a demandé Lily.

« De l'eau », ai-je avoué.

Les enfants ont éclaté de rire.

Personne n'a trouvé étrange que plusieurs personnes racontent plusieurs Margaret.

Nous n'avions plus besoin d'une version unique.

Après le dessert, Rebecca m'a demandé si je voulais dire quelques mots.

J'ai hésité.

Je ne souhaitais pas transformer le repas en cérémonie.

J'ai simplement levé mon verre d'eau.

« Merci d'être venus », ai-je dit. « Et merci de nous laisser trouver notre rythme. »

C'était tout.

Samuel a levé son verre.

Claire aussi.

Le reste de la soirée s'est poursuivi avec les jeux des enfants.

Plus tard, Anna m'a aidé à débarrasser.

Elle a remarqué la photographie d'Ellen près de la fenêtre.

« Vous parlez toujours d'elle avec beaucoup de douceur », a-t-elle dit.

« Elle me manque. »

« Margaret aussi nous manque. »

Nous nous sommes regardés.

Il n'y avait pas besoin d'ajouter une explication.

Quand tout le monde est parti, Samuel est resté le dernier pour m'aider à fermer les fenêtres.

Avant le repas de décembre, j'ai voulu préparer une place pour chaque invité.

J'ai sorti les assiettes dépareillées qui avaient appartenu à Ellen.

Certaines étaient ébréchées.

Je les ai gardées pour les desserts.

Rebecca est venue m'aider à déplacer la table.

Elle a remarqué que j'avais prévu trop de chaises.

« Tu invites tout le quartier ? » a-t-elle plaisanté.

« J'ai compté les enfants deux fois. »

Elle a ri.

Nous avons vérifié la liste.

Anna m'avait écrit au sujet des allergies alimentaires.

Je lui ai confirmé que j'avais acheté les ingrédients nécessaires.

Je voulais que les enfants se sentent accueillis, sans faire de leur présence un événement solennel.

Rebecca a trouvé dans une armoire les anciennes décorations d'Ellen.

Il y avait des petits oiseaux en feutre et des rubans rouges.

Elle m'a demandé si elle pouvait les accrocher.

J'ai accepté.

Pendant qu'elle travaillait, nous avons parlé des Noëls de son enfance.

Elle se souvenait de mon impatience à allumer les guirlandes.

Je me souvenais d'Ellen cachant les cadeaux dans le coffre de sa voiture.

Nous avons ri des années où nous avions oublié les piles des jouets.

Puis Rebecca est devenue silencieuse.

« Je me demande ce que ça aurait été si Samuel avait été là », a-t-elle dit.

J'ai regardé les oiseaux en feutre.

« Moi aussi, parfois. »

Elle a touché une branche.

« Je crois que je ne voudrais pas changer mon enfance. »

« Tu n'as pas à le vouloir. »

Nous avons continué à décorer.

À la fin, le salon ressemblait davantage à notre ancienne maison familiale qu'à une salle préparée pour des invités nouveaux.

C'était exactement ce que je souhaitais.

Le 23 décembre, les premiers arrivés ont été Samuel et Anna.

Ils apportaient un plat enveloppé dans une serviette.

June a immédiatement voulu inspecter les décorations.

Lily m'a montré une carte qu'elle avait réalisée pour son école.

Je leur ai indiqué la table où elles pouvaient poser leurs affaires.

Samuel a demandé si je voulais qu'il vérifie la cuisson du poulet.

Je lui ai répondu qu'il pouvait surtout empêcher June d'ajouter du sel dans la soupe.

Elle a fait semblant d'être offensée.

Puis Claire et Marc sont entrés.

Claire a déposé une boîte de biscuits et m'a souhaité un joyeux Noël.

Elle a regardé la photographie de Margaret près de la cheminée.

« Maman aurait aimé cette soirée », a-t-elle dit doucement.

Je lui ai répondu que je l'espérais.

Nous n'avons pas insisté.

Je voulais laisser chacun trouver son propre souvenir.

Au cours de l'après-midi, les enfants ont organisé un petit spectacle improvisé.

Lily jouait une mélodie au violoncelle.

June racontait une histoire où un renne perdait ses chaussures.

Les enfants de Rebecca avaient fabriqué des billets d'entrée en papier.

Nous nous sommes installés sur le canapé.

Le spectacle était chaotique.

Les acteurs riaient avant la fin des scènes.

Mais nous avons applaudi avec enthousiasme.

À un moment, Samuel s'est penché vers moi.

« Je n'aurais jamais imaginé qu'on ferait ça », a-t-il murmuré.

« Moi non plus. »

« Je suis content qu'on ait essayé. »

J'ai hoché la tête.

Je ne voulais pas ajouter une phrase trop lourde.

À la fin du repas, Anna a proposé d'organiser la prochaine rencontre chez eux.

Rebecca a répondu qu'elle pouvait aussi accueillir tout le monde à l'occasion de l'été.

Personne n'a fixé immédiatement une date.

Mais l'idée de se revoir semblait naturelle.

Plus tard, quand la maison s'est vidée, j'ai retrouvé le ticket de cinéma de Margaret dans mon bureau.

Je l'ai tenu quelques secondes.

À l'époque, nous pensions qu'un mariage promis à dix-sept ans était la plus grande aventure possible.

Je comprenais maintenant que l'amour pouvait prendre des formes plus lentes.

Une table où chacun avait sa chaise.

Un appel auquel on répond sans crainte.

Une visite qu'on propose sans obligation.

J'ai rangé le ticket.

Je suis revenu dans le salon pour éteindre les lumières.

L'étoile de Samuel brillait encore dans le sapin.

Le lendemain de notre fête, j'ai appelé Claire pour m'assurer qu'elle était bien rentrée.

Elle m'a dit qu'elle avait passé une soirée agréable, même si certains souvenirs de Margaret l'avaient rendue triste.

« Je ne pensais pas pouvoir rire autant en parlant de Maman », a-t-elle confié.

Je lui ai répondu qu'elle pouvait aussi avoir des jours où elle préférait ne pas en parler.

Elle a apprécié cette liberté.

Nous avons évoqué le vieux carton de décorations qu'elle avait apporté.

Elle proposait que l'étoile de Samuel passe une année chez lui, puis chez elle.

Je lui ai conseillé de demander ce qu'il en pensait.

Elle a ri.

« Tu as raison. Je décide encore parfois à la place des autres. »

Samuel a finalement proposé de faire deux petites copies photographiques de l'étoile et de laisser l'original chez Claire.

Tout le monde a accepté.

L'objet ne s'est pas transformé en sujet de dispute.

Je me suis souvenu des années où un désaccord aussi minuscule aurait pu devenir une querelle sur les droits de chacun.

Nous avions appris à poser la question avant de prendre une décision.

Ce petit progrès me paraissait plus précieux qu'un réveillon parfait.

J'ai conservé une assiette de biscuits pour le lendemain.

Rebecca les avait préparés selon la vieille recette d'Ellen.

Ils n'étaient pas parfaitement ronds, mais je les trouvais délicieux.

Il a vérifié le verrou du garage.

Je lui ai demandé de ne pas s'inquiéter autant pour moi.

« J'ai soixante-trois ans, pas quatre-vingt-dix. »

Il a souri.

« Je sais. Mais j'ai le droit de vérifier une serrure. »

Nous avons échangé un regard complice.

À la porte, il a hésité.

« Merci pour aujourd'hui, Tommy. »

« C'est moi qui te remercie. »

Il a fait un pas vers moi.

Puis il m'a serré dans ses bras.

Ce n'était pas une accolade rapide.

Elle a duré quelques secondes de plus.

J'ai fermé les yeux.

Quand il s'est écarté, il avait le visage un peu rouge.

« À bientôt », a-t-il dit.

« À bientôt. »

Je suis rentré dans la maison silencieuse.

Il restait une assiette sur la table.

Une chaussette de June avait glissé sous le canapé.

Le sapin clignotait dans un coin.

J'ai ramassé la chaussette et l'ai posée près de la porte.

Puis j'ai regardé l'étoile de Samuel.

Je me souvenais de la phrase de Margaret.

Elle nous avait demandé de nous connaître librement.

Ce soir-là, personne n'avait eu besoin de se forcer.

Le lendemain matin, je suis allé déposer des biscuits à une voisine malade.

En revenant, j'ai trouvé un message de Rebecca.

Elle avait envoyé la photo de notre table.

Sous l'image, elle avait écrit : « Ce n'est pas le Noël qu'on imaginait, mais j'ai aimé celui-là. »

Je lui ai répondu que moi aussi.

Ce n'était pas un remplacement des Noëls d'autrefois.

C'était un moment nouveau que nous avions pu accueillir sans oublier les anciens.


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La lettre que Margaret avait gardée pendant quarante-cinq années de silence #2 #2 #11

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