L'expertise financière a pris davantage de temps que prévu.
Martin avait demandé des pièces supplémentaires.
Les paiements de certains contrats étaient échelonnés.
Des matériaux avaient été commandés mais pas encore facturés.
Une créance semblait douteuse.
Il devait vérifier la valeur des véhicules et du matériel.
Je découvrais que la valeur d'une entreprise ne se mesure pas à la taille de son parking.
Dale avait autrefois garé des camions devant notre maison.
J'avais été fière de le voir réussir.
Je n'avais jamais pensé au prix des réparations ou aux prêts associés.
Un mardi, Martin a présenté une première estimation sous plusieurs hypothèses.
Il y avait une fourchette.
Pas un chiffre magique.
Il a expliqué pourquoi.
Les revenus variaient selon les chantiers.
Certaines dettes devaient être vérifiées.
La situation fiscale n'était pas entièrement stabilisée.
Patrice a demandé si Dale pouvait racheter ma part éventuelle sans mettre en danger les salaires.
Martin a répondu que cela dépendrait des modalités et de la liquidité.
Cette question m'importait.
Je ne voulais pas que des ouvriers perdent leur emploi pour satisfaire mon désir de justice.
Mais je ne voulais pas non plus renoncer à des droits simplement parce que Dale brandissait les salariés comme un bouclier.
Il nous fallait une solution documentée.
Au salon, Evelyn est revenue pour une coupe.
Son mari avait retrouvé un horaire plus régulier.
Elle n'en savait pas davantage sur les finances.
Nous avons parlé de son jardin.
Elle cultivait des haricots verts derrière sa maison.
« Quand les choses vont mal, je plante quelque chose », m'a-t-elle dit.
Je lui ai raconté que je cherchais un petit appartement.
Elle connaissait une résidence calme.
« Le propriétaire fait les réparations », a-t-elle ajouté.
Cela m'a fait sourire.
Je n'avais plus envie de réparer les affaires des autres.
Je suis allée visiter le logement.
Il avait une cuisine minuscule.
La fenêtre donnait sur deux grands magnolias.
Le loyer était raisonnable pour mon budget provisoire.
J'ai demandé un délai avant de décider.
Patrice m'avait recommandé de ne pas prendre de décisions financières irréversibles avant d'avoir clarifié mes ressources.
Le vendredi, une nouvelle offre est arrivée.
Dale acceptait de partager certains actifs supplémentaires.
Il proposait aussi de financer une partie des frais de procédure.
En contrepartie, il voulait une renonciation générale.
Patrice a souligné cette dernière clause.
« Nous ne signerons pas une renonciation qui empêcherait de traiter les garanties contestées. »
Je l'ai regardée.
« Même s'il propose une belle somme ? »
« Une somme ne vaut pas protection contre une dette inconnue. »
Dale a appelé le soir même.
Je n'ai pas décroché.
Il a laissé un message.
« J'essaie de faire un effort. »
J'ai transféré l'enregistrement.
Puis j'ai ouvert mon agenda.
Le lendemain, j'avais cinq clientes.
Trois colorations.
Deux coupes.
Je préparais mes outils quand Brenda est passée.
« Tu as l'air plus calme. »
« Je sais ce que je dois faire demain. »
Elle a souri.
Il y avait longtemps que je n'avais pas pensé à demain autrement qu'en termes de danger.
Le dimanche, Lorraine m'a invitée à déjeuner.
Nous avons mangé du poulet et du riz.
Elle m'a demandé si j'espérais encore que Dale change.
J'ai réfléchi.
« Je voudrais qu'il dise la vérité. »
« C'est différent. »
« Oui. »
Il pouvait devenir un homme plus honnête.
Cela n'obligeait pas mon mariage à renaître.
La première estimation de l'entreprise a suscité une discussion difficile.
Dale trouvait la valeur trop élevée.
Je craignais qu'elle soit trop basse.
Martin a repris les calculs devant nous.
Il a expliqué les contrats en cours et les risques de paiement.
Il a montré la valeur du matériel après prise en compte des dettes.
Il a expliqué qu'un chiffre de vente théorique ne représentait pas nécessairement la somme disponible dans un compte bancaire.
Je lui ai demandé d'expliquer une deuxième fois la différence entre valeur et liquidité.
Il l'a fait sans montrer d'impatience.
Dale a croisé les bras.
« On n'a pas besoin d'un cours entier. »
Je l'ai regardé.
« Moi, si. »
Patrice a pris note des points encore contestés.
La réunion s'est terminée sans accord définitif.
Je suis sortie fatiguée, mais je comprenais davantage les choix possibles.
Dans le parking, j'ai appelé Lorraine.
Elle m'a demandé ce que je comptais faire de l'argent éventuel.
« D'abord, payer ce que je dois et avoir un logement stable. »
« Et ensuite ? »
J'ai réfléchi.
« Peut-être prendre un dimanche entier sans travailler. »
Elle a ri.
« Voilà une ambition raisonnable. »
Le week-end suivant, nous sommes allées visiter un marché d'artisans.
Je n'avais pas prévu de dépenser beaucoup.
J'ai acheté un torchon brodé et un petit cadre.
Nous avons déjeuné sur une terrasse.
Lorraine m'a raconté ses projets de vacances quand son médecin lui permettrait de voyager davantage.
Je lui ai proposé de l'accompagner si nos calendriers le permettaient.
Pour la première fois depuis des mois, j'ai imaginé un avenir qui ne se résumait pas à une audience.
En rentrant, j'ai trouvé un message de Brenda.
Une cliente fidèle avait téléphoné pour réserver une coupe avant le mariage de sa fille.
Je l'ai rappelée.
Nous avons choisi un créneau.
Elle m'a remerciée chaleureusement.
J'aimais toujours mon métier.
Je voulais continuer à le pratiquer par plaisir autant que par nécessité.
La semaine suivante, j'ai revu mon budget.
J'ai estimé ce que je pourrais gagner avec un jour de repos supplémentaire.
J'ai étudié le loyer de l'appartement.
J'ai prévu une petite réserve pour les urgences.
Les chiffres n'étaient pas parfaits.
Ils m'appartenaient.
J'ai compris que l'objectif du règlement n'était pas de me donner la vie que Dale avait promise à Ashley.
Je ne voulais ni Lexus blanche ni bateau.
Je voulais pouvoir payer mes soins.
Dormir en paix.
Décider de mes dépenses.
Et ne plus demander la permission de connaître mes propres comptes.
Un dernier rendez-vous avec Martin m'a aidée à comprendre le plan de paiement.
Il avait préparé un tableau très simple.
Chaque colonne correspondait à une échéance.
J'ai vérifié le montant, le compte de destination et les documents qui confirmeraient l'opération.
« Et si un paiement n'arrive pas ? » ai-je demandé.
Il m'a indiqué les protections figurant dans le projet d'accord et m'a conseillé de confirmer les détails juridiques avec Patrice.
J'ai écrit une petite note dans mon agenda.
Je voulais pouvoir suivre les étapes sans appeler mon avocate pour chaque inquiétude.
Nous avons aussi parlé de mon budget personnel.
Martin m'a rappelé qu'un montant reçu une fois ne remplace pas un revenu régulier.
J'ai comparé mes dépenses récurrentes avec les recettes du salon.
Il me restait quelques ajustements à faire.
J'ai décidé de ne pas acheter de voiture neuve.
La mienne fonctionnait encore correctement.
J'ai choisi d'abord de constituer une réserve pour les imprévus.
Quand j'ai quitté son bureau, j'ai croisé une femme qui tenait une pile de dossiers semblable à la mienne.
Elle m'a souri poliment.
Nous ne nous connaissions pas.
Pourtant, j'ai pensé à toutes les personnes qui tentent simplement de mettre de l'ordre dans leurs finances.
Ce travail n'avait rien de spectaculaire.
Il pouvait néanmoins changer la façon de vivre chaque journée.
Le lendemain matin, j'ai servi une cliente qui souhaitait raccourcir ses cheveux avant l'été.
Elle avait apporté une photographie.
Nous avons discuté de ce qui lui conviendrait.
Puis j'ai commencé la coupe.
Je n'ai pas pensé à Dale pendant toute l'heure.
Cela m'a fait du bien.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 13 : L’accord provisoire sur les garanties et le jour où Carol rend les clés de l’ancienne vie
Le vendredi où Dale est entré dans mon salon pour faire certifier son propre mensonge #11
Part 12 of 16

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