PARTIE 4 – L’appartement payé par l’entreprise et la vérité difficile que découvre Ashley

Patrice a écouté le message de Dale deux fois.

Elle a écrit la date en haut de son bloc.

« N’acceptez aucune proposition verbale. »

Je n’en avais aucune intention.

Il me promettait un appartement sans même préciser de quel bien il parlait.

Le lendemain, Ashley a appelé au salon.

Brenda m’a tendu le téléphone sans commentaire.

« Miss C ? »

Sa voix était plus basse que d’habitude.

« Je peux vous parler ? »

J’ai regardé l’agenda.

Il restait vingt minutes avant ma prochaine cliente.

« Je ne peux pas discuter des intérêts de Dale avec vous. »

« Je ne veux pas le défendre. »

Un silence a suivi.

« J’ai trouvé des factures », a-t-elle ajouté.

Je lui ai demandé de contacter Patrice.

Elle a accepté.

Le vendredi, l’avocate a organisé un rendez-vous dans son bureau.

Je n’ai pas participé à l'entretien initial.

Patrice m’avait expliqué que les informations d’Ashley devaient être recueillies sans pression.

Je ne voulais pas que l’on puisse prétendre que je lui avais dicté son histoire.

J’ai attendu dans une petite pièce avec une machine à café en panne.

Je regardais une affiche sur les droits des consommateurs.

Au bout de quarante minutes, Ashley est ressortie.

Elle portait un cardigan bleu.

Je ne l’avais jamais vue sans maquillage.

« Il m’a dit que vous étiez séparés », a-t-elle murmuré.

J’ai baissé les yeux.

« Il m’a dit que vous viviez déjà chacun de votre côté. »

« Non. »

Elle a essuyé son visage.

« J’ai été stupide. »

Je n’ai pas répondu.

Elle avait participé à une relation qui m'avait blessée.

Elle avait aussi été trompée sur certains faits.

Les deux réalités pouvaient coexister.

Patrice nous a ensuite expliqué ce qui pouvait être vérifié.

Ashley possédait des messages dans lesquels Dale affirmait payer son logement avec des fonds de l’entreprise.

Il lui avait présenté la Lexus comme un véhicule de société disponible pour son usage.

Elle conservait aussi des reçus de restaurants et un courriel relatif au bateau.

Aucune de ces pièces ne prouvait à elle seule un détournement.

Mais elles pourraient aider un expert à reconstituer les dépenses.

« Je ne veux pas la poursuivre simplement parce qu'elle était sa maîtresse », ai-je dit.

Patrice a acquiescé.

« Nous cherchons les actifs et les obligations. Ce ne sont pas des punitions sentimentales. »

J’ai apprécié cette phrase.

Je ne voulais pas remplacer une injustice par une autre.

Le problème était déjà assez grand.

Dale avait une entreprise de toiture avec des salariés.

Une dizaine de familles dépendaient de ses chantiers.

Si les finances étaient mauvaises, elles en subiraient les conséquences.

Patrice a recommandé l’intervention d’un expert financier indépendant.

Il faudrait examiner la valeur de l’entreprise, les dettes et les mouvements suspects.

Cela coûterait de l’argent.

J’ai pensé à mes samedis passés à nettoyer le cabinet dentaire.

« Combien ? »

Elle m’a indiqué une fourchette et un plan de travail par étapes.

Nous avons choisi de commencer par les documents les plus importants.

Ce soir-là, Brenda a préparé une soupe.

J’ai mangé devant la télévision sans suivre l’émission.

Puis je lui ai demandé :

« Tu penses que j'ai été aveugle ? »

Elle a éteint le son.

« Je pense que tu as fait confiance à ton mari. »

« J’ai signé des choses sans lire. »

« Alors désormais, tu liras. »

Elle ne m’a pas dit que tout irait bien.

Elle m’a offert une tasse de thé et une place où dormir.

C’était assez pour ce soir-là.

Le lundi suivant, le comptable de Dale a envoyé une première série de relevés.

Il manquait des annexes.

Un compte bancaire utilisé pour certaines dépenses n'apparaissait pas.

Patrice a signalé les lacunes.

Dans les marges d'un vieux relevé, j'ai vu un nom.

Il s'agissait d'une société à responsabilité limitée que je ne connaissais pas.

Je l'ai recopié soigneusement.

L'adresse administrative correspondait à une boîte postale près de la marina.

J'ai demandé à Patrice si c'était le fameux compte du bateau.

« Peut-être », a-t-elle répondu.

« Il faut le démontrer. »

La semaine où Ashley a donné ses premiers messages à Patrice, j'ai reçu un courriel d'une ancienne connaissance.

Elle s'appelait June.

Nous avions travaillé dans le même salon il y a quinze ans.

Elle avait entendu dire que mon mariage rencontrait des difficultés.

Elle voulait savoir si j'avais besoin d'un endroit calme pour passer quelques jours.

J'ai été touchée par son offre.

Je ne savais pas qui lui avait parlé.

Je lui ai répondu que j'étais en sécurité et que je la remercierais volontiers autour d'un café.

Nous nous sommes retrouvées le lundi.

June était toujours aussi directe.

« Est-ce que tu as besoin qu'on t'écoute ou qu'on te donne des conseils ? »

La question m'a fait réfléchir.

« Qu'on m'écoute. »

Elle a posé son téléphone face cachée.

Je lui ai raconté les grandes lignes.

Je n'ai pas détaillé les documents en cours d'examen.

Elle n'avait pas besoin de connaître les informations financières des salariés et des clients.

Elle m'a demandé comment je dormais.

« Mal. »

« Tu manges ? »

« Quand Brenda insiste. »

June a remué son café.

« Alors on va commencer par ça. »

Elle m'a proposé de venir marcher avec elle chaque mercredi.

Je n'ai pas accepté tout de suite.

Je n'avais pas encore compris à quel point j'avais besoin d'un agenda qui ne soit pas entièrement occupé par le conflit.

Le mercredi suivant, pourtant, je l'ai rejointe.

Nous avons fait deux fois le tour d'un parc.

Je lui ai parlé des chiens que nous croisions.

Elle m'a raconté sa dernière cliente qui voulait devenir blonde platine en une seule séance.

Nous avons ri comme autrefois.

En rentrant, j'ai trouvé un message de Patrice.

Elle avait reçu de nouvelles pièces.

J'ai senti mon estomac se serrer.

Puis j'ai décidé de les lire après le déjeuner.

Je ne reportais pas une obligation.

Je me donnais seulement vingt minutes pour manger correctement.

Le dossier d'Ashley me préoccupait d'une façon différente.

Je ne savais pas comment la regarder désormais.

Pendant des mois, elle avait parlé de moi avec mépris tout en me laissant travailler sur ses cheveux.

Une partie de moi voulait qu'elle ressente exactement la même humiliation.

Mais cette idée ne m'aidait pas à payer les avocats.

Elle ne rendait pas mon mariage plus honnête.

Je lui ai écrit une lettre que je n'ai pas envoyée.

J'y ai raconté la mammographie reportée.

Les samedis au cabinet dentaire.

Les soirs où je comptais les dollars avant les courses.

Je voulais qu'elle sache ce que signifiait la phrase « elle ne comprend rien à l'argent ».

Puis j'ai rangé la lettre.

Je pourrais décider plus tard si elle avait besoin de la lire.

Le soir, j'ai vérifié mes économies personnelles.

Elles étaient modestes.

J'ai inscrit les montants sur une feuille.

Je n'ai pas arrondi les chiffres pour me rassurer.

Je voulais connaître la réalité telle qu'elle était.

C'était devenu ma manière de reprendre pied.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 5 : Le compte du bateau, le comptable inquiet et les premiers documents obtenus légalement

Story Parts

Le vendredi où Dale est entré dans mon salon pour faire certifier son propre mensonge #11

Part 4 of 16

Previous: Part 3
Next: Part 5

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *