PARTIE 10 – La maison de Carol, les objets du mariage et le rendez-vous que Dale n’avait pas prévu

Trois semaines après l'audience, j'ai pu retourner à la maison pour récupérer des affaires.

Patrice avait organisé les modalités avec l'avocat de Dale.

Brenda m'a accompagnée.

Nous étions convenues d'une heure pendant laquelle Dale serait absent.

J'ai ouvert la porte avec ma clé.

Une odeur familière m'a saisie.

Le bois du couloir.

Le savon près de l'évier.

Le parfum de la bougie que j'avais allumée avant de partir.

Mes tasses étaient encore alignées.

La boîte à pain était à sa place.

J'ai posé un sac sur la table.

Brenda m'a demandé par où commencer.

« Les papiers personnels. »

J'ai pris les certificats, les photos de famille et quelques vêtements.

J'ai photographié les objets et les pièces concernés par notre inventaire de biens.

Je n'ai rien démonté.

Je n'ai touché à aucun ordinateur de Dale.

J'avais déjà suffisamment d'ennuis sans créer un conflit supplémentaire.

Dans la chambre, j'ai trouvé un foulard offert par ma mère.

Il était rangé sous les pulls d'hiver.

Je l'ai porté à mon visage.

J'ai pensé aux jours où ma mère venait déjeuner.

Elle aimait Dale.

Elle le trouvait ambitieux et charmant.

Je me demandais ce qu'elle aurait dit aujourd'hui.

Brenda est apparue derrière moi.

« Tu veux une minute ? »

« Oui. »

Elle a refermé la porte.

Je me suis assise au bord du lit.

Il n'était pas nécessaire de décider immédiatement quoi faire de tous les souvenirs.

J'avais le droit de garder une photo sans reprendre le mariage.

J'avais le droit d'aimer certains de nos anciens dimanches sans excuser les mensonges.

J'ai glissé le foulard dans mon sac.

Dans le garage, j'ai remarqué une étagère vide.

Dale avait déplacé plusieurs boîtes d'archives.

Je l'ai signalé à Patrice.

Elle m'a demandé de ne pas spéculer sur leur contenu.

Nous avions des demandes documentaires en cours.

Une boîte absente ne prouvait pas une destruction.

En repartant, j'ai croisé notre voisin, monsieur Harris.

Il voulait savoir si j'étais malade.

« Je vis ailleurs pour le moment », ai-je dit.

Il m'a regardée avec gentillesse.

« Si vous avez besoin qu'on surveille une fuite d'eau, dites-le. »

Cette offre m'a presque fait pleurer.

Le soir, l'avocat de Dale a demandé une réunion de règlement.

Patrice m'a expliqué qu'elle pouvait être utile, à condition de recevoir suffisamment de documents.

« Il veut négocier ? »

« Peut-être. Mais une proposition n'est pas un accord. »

Nous avons accepté une date provisoire.

J'ai préparé trois questions.

Qui était responsable des dettes contestées ?

Quelle était la valeur réelle de l'entreprise ?

Comment protéger mon logement et mes revenus après le divorce ?

Le jour de la réunion, Dale portait une chemise blanche.

Il avait maigri.

Il m'a demandé comment allait Lorraine.

Je lui ai répondu brièvement.

Puis les avocats ont commencé.

Dale proposait que je conserve la maison.

En contrepartie, il souhaitait garder l'entreprise et les comptes liés au bateau.

Les dettes devaient, selon lui, suivre chaque actif.

Patrice a demandé les valeurs nettes, les garanties et les justificatifs.

Dale a serré la mâchoire.

« Il faudra bien finir un jour. »

« Oui », ai-je répondu.

« Mais pas en signant des chiffres que je ne comprends pas. »

Il m'a regardée comme s'il entendait une autre femme.

Peut-être que c'était le cas.

J'avais passé trop longtemps à le laisser traduire le monde financier à ma place.

Désormais, je demandais à lire la langue originale.

Lorsque j'ai traversé notre ancienne maison pour récupérer mes affaires, j'ai remarqué les petits changements.

Une photographie avait disparu du couloir.

Une pile de courrier était posée à la place du panier que j'utilisais.

Le canapé avait été déplacé de quelques centimètres.

J'ai compris que la maison continuait à vivre sans moi.

Cette idée m'a blessée plus que je ne l'aurais imaginé.

Pendant des années, j'avais été celle qui décidait où poser les meubles.

Dale se moquait de mes essais de disposition.

Puis il m'aidait à tout pousser.

Je pensais à cette complicité en regardant le canapé.

Brenda m'a demandé si je voulais le récupérer.

« Pas maintenant. »

Elle m'a montré une boîte dans le placard.

Elle contenait des décorations de Noël.

Il y avait une petite étoile en papier que j'avais fabriquée avec ma nièce.

J'avais oublié qu'elle existait.

Je l'ai prise avec précaution.

« Celle-ci, oui. »

Dans la cuisine, j'ai trouvé un carnet de recettes.

Il était taché de farine.

Ma mère y avait écrit sa recette de biscuits au beurre.

Je l'ai ajouté à mon sac.

J'ai laissé les ustensiles dont la propriété ou le partage restait à décider.

Je ne voulais pas emporter tout ce qui me rappelait mon mariage.

Je voulais garder les choses qui racontaient ma propre vie.

Le soir, j'ai préparé les biscuits chez Brenda.

La première fournée a trop bruni.

Nous en avons ri.

La deuxième était meilleure.

Je les ai apportés au salon le lendemain.

Une cliente a reconnu la recette.

« Votre mère faisait les mêmes pour la collecte de l'église. »

J'ai souri.

J'avais presque oublié ces matinées.

Les souvenirs que Dale et moi partagions n'étaient pas les seuls souvenirs que je possédais.

La semaine suivante, Patrice m'a envoyé une proposition de calendrier pour l'inventaire de la maison.

J'ai vérifié les dates.

Elle avait prévu suffisamment de temps pour les évaluations nécessaires.

Certains objets avaient une valeur financière.

D'autres étaient surtout sentimentaux.

Je voulais éviter les disputes sur une table basse quand tant de questions importantes restaient à résoudre.

Nous avons convenu d'une méthode écrite pour les biens ordinaires.

Pour les éléments coûteux, les valeurs seraient établies avec davantage de soin.

Dale a accepté plusieurs choix sans difficulté.

Il en a contesté d'autres.

Je n'ai pas été surprise.

Nous avions parfois discuté pendant une heure pour choisir une couleur de peinture.

Il aurait été étrange que la séparation se fasse en un seul après-midi.

En retournant au salon, j'ai éprouvé une fatigue profonde.

Je ne voulais plus passer mon existence à négocier chaque objet.

Mais je ne voulais pas non plus céder simplement pour abréger la conversation.

J'ai demandé à Patrice de distinguer ce qui méritait un vrai débat de ce qui pouvait être réglé raisonnablement.

C'était une bonne décision.

La préparation de l'inventaire a réveillé des disputes anciennes.

Dale tenait à conserver les outils du garage.

Je n'avais aucune objection pour ceux qui lui appartenaient personnellement ou qui étaient liés à l'entreprise.

Je voulais cependant récupérer certains objets de mon père.

Il m'avait donné une vieille boîte à outils lors de mon premier emménagement.

Elle contenait un marteau, un mètre et un tournevis dont la poignée était fendue.

Dale s'en était servi pendant des années.

Lorsqu'il a vu la boîte sur la liste, il a demandé pourquoi je la voulais.

Je lui ai répondu par l'intermédiaire de nos conseils qu'elle avait une valeur sentimentale.

Il n'a pas insisté.

La boîte est arrivée quelques jours plus tard.

J'ai ouvert le couvercle chez Brenda.

L'odeur de métal et de vieux bois m'a rappelé mon père.

Il disait toujours qu'on peut réparer beaucoup de choses avec de bons outils et de la patience.

Je me suis assise à la table avec le marteau devant moi.

Je ne pensais pas réparer mon mariage.

Je pensais à monter une étagère dans mon futur appartement.

C'était une utilisation plus simple et plus honnête.

Parmi les objets à inventorier, il y avait aussi notre table de salle à manger.

Nous l'avions achetée quand l'entreprise avait obtenu son premier gros chantier.

Elle portait une marque près d'un pied.

Dale avait fait tomber une caisse de boissons pendant un repas de famille.

Nous en avions ri pendant des années.

Patrice m'a demandé si je souhaitais la conserver.

J'ai hésité.

Elle était trop grande pour mon appartement.

Et je n'avais pas besoin de payer son stockage.

J'ai accepté qu'elle soit prise en compte dans le partage selon la méthode convenue.

Ce choix m'a fait moins mal que prévu.

Un meuble peut contenir des souvenirs sans qu'on soit obligée de le garder physiquement.

Le soir, j'ai parlé à Lorraine des objets qui nous venaient de notre mère.

Nous avons décidé de faire une petite liste.

Je ne voulais pas que les papiers de divorce deviennent aussi une source de confusion entre nous.

Lorraine s'est souvenue d'un service à thé dans une armoire.

Je l'avais oublié.

Je l'ai ajouté aux objets à vérifier lors du prochain accès à la maison.

Quand nous avons pu le récupérer, nous avons découvert qu'une soucoupe était cassée.

Lorraine a haussé les épaules.

« On peut boire du thé avec les autres. »

J'ai souri.

Cette phrase résumait mieux notre situation que beaucoup de discours.

Il manquait quelque chose.

Cela ne rendait pas inutile tout ce qui restait.

Le dimanche, nous avons servi du thé dans les tasses intactes.

Nous avons parlé de notre mère.

Pas de Dale.

C'était une bonne journée.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 11 : Le témoignage d’Ashley, la responsabilité de Dale et une vérité moins spectaculaire que prévu

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Le vendredi où Dale est entré dans mon salon pour faire certifier son propre mensonge #11

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