Le lendemain, je suis retournée voir Patrice avec la copie de la garantie.
Elle a examiné la date et le nom du prêteur.
Elle n’a pas dit que c’était une preuve suffisante.
« Vous souvenez-vous d’avoir signé devant quelqu’un ? »
« Non. »
« Aviez-vous connaissance de cet emprunt ? »
« Pas du tout. »
Elle a sorti une feuille vierge.
« Écrivez votre souvenir sans essayer de le rendre plus convaincant. »
Je lui ai raconté ce mardi.
Une patiente avait renversé du café dans la salle d’attente du cabinet dentaire.
J’avais dû rester plus tard.
Mon téléphone conservait un message envoyé à Brenda à vingt heures douze.
Je lui annonçais que je prendrais ma pause du mercredi plus tard.
Patrice a demandé si le cabinet possédait des relevés d’horaires.
« Probablement. »
« Ne contactez pas le prêteur pour l’accuser. Nous allons préparer une contestation précise. »
Ensuite, elle m’a posé une question moins juridique.
« Vous sentez-vous en sécurité chez vous ? »
J’ai pensé à Dale.
Il criait parfois.
Il ne m’avait jamais frappée.
Mais le vendredi, lorsque le dossier lui avait échappé, j’avais vu dans son regard une colère que je ne reconnaissais pas.
« Je ne sais pas. »
« Alors organisons une solution pour ce soir. »
Brenda m’a proposé sa chambre d’amis.
Elle habitait une petite maison à vingt minutes du salon.
Je suis rentrée à mon domicile pendant que Dale était absent.
J’ai pris mes médicaments, mes papiers, des vêtements et la photo de ma mère.
Je n’ai emporté aucun dossier de l’entreprise qui ne m’appartenait pas.
Je ne voulais pas lui donner une raison supplémentaire de dire que je volais.
Sur le comptoir, j’ai laissé un mot.
« Je suis en sécurité. Pour toute question importante, contacte mon avocate. »
J’ai fermé la porte.
Elle avait la même poignée que depuis vingt ans.
Je l’avais polie avec du vinaigre et un chiffon des centaines de fois.
Ce jour-là, elle était simplement froide.
Chez Brenda, nous avons mangé des sandwichs.
Elle ne m'a pas forcée à raconter ce que je ressentais.
À vingt et une heures, Dale a laissé un message vocal.
« Carol, tu exagères. Reviens à la maison. »
Puis un autre.
« Mon comptable peut tout expliquer. »
Puis un troisième.
« Ashley est folle. Elle invente des choses. »
Je les ai conservés.
Le lundi matin, Patrice a envoyé des demandes de conservation de documents aux personnes et entreprises concernées.
Il fallait préserver les relevés, les contrats et les échanges avant qu’ils ne disparaissent.
Je me suis rendue à ma banque pour obtenir les documents de mon compte personnel et du compte joint auquel j’avais légalement accès.
J’y ai appris que plusieurs virements réguliers sortaient de notre compte commun.
Les libellés étaient vagues.
Dale les appelait frais d’exploitation.
Les montants variaient.
Certains dépassaient mille dollars.
J’ai demandé des copies officielles.
Le conseiller a voulu savoir pourquoi.
« Je vérifie mes finances », ai-je répondu.
Il n’a pas insisté.
Au salon, mes clientes ont remarqué que je parlais peu.
Madame Ellis, qui venait faire ses racines depuis dix-sept ans, m’a demandé si j’étais malade.
« Je traverse des difficultés familiales. »
Elle a simplement dit :
« Alors aujourd’hui, on parle de la couleur de mes cheveux. »
J’aurais pu l’embrasser.
À la fin du service, j’ai rédigé une liste de mes dépenses.
Le loyer du fauteuil.
L’assurance santé.
L’essence.
La nourriture.
Mon salaire du samedi.
Pour la première fois, j’ai évalué ce qu’il me faudrait pour vivre seule.
Ce n’était pas confortable.
Mais ce n’était pas impossible.
Le mardi, Patrice a reçu une réponse du prêteur mentionné sur la garantie.
Une contestation formelle demandait des pièces supplémentaires.
Le prêt existait.
Son dossier indiquait une signature électronique associée à mon nom.
Il nous fallait les journaux techniques et les documents de vérification.
« Cela prendra du temps », a dit Patrice.
J’ai hoché la tête.
Au bout du fil, Dale a tenté de m’appeler une nouvelle fois.
Cette fois, il avait laissé un message différent.
« Je te donnerai l’appartement si tu arrêtes cette histoire. »
J’ai regardé mon téléphone.
Quel appartement ?
Celui qu’il disait avoir acheté pour Ashley ?
Ou un autre dont je n’avais jamais entendu parler ?
La chambre chez Brenda donnait sur une cour étroite.
Un vieux banc de jardin se trouvait près d'un érable.
La première nuit, j'ai entendu des voitures passer jusqu'à minuit.
Je m'étais habituée au bruit du réfrigérateur de ma propre cuisine.
Dans cette chambre, le silence avait une autre couleur.
J'avais posé ma trousse de toilette sur une commode.
Il me manquait une brosse.
Je l'avais laissée à la maison.
Je me suis surprise à pleurer à cause de cette brosse.
C'était ridicule.
Je pouvais en acheter une autre.
Mais elle représentait tous les objets ordinaires que je ne pouvais plus atteindre sans réfléchir.
Au matin, Brenda m'a laissé un mot sur la table.
« Le café est prêt. Ne touche pas aux comptes aujourd'hui si tu as besoin de dormir. »
J'ai souri.
Je me suis fait des tartines et j'ai dormi une heure de plus.
À onze heures, j'ai commencé une liste de ce dont j'avais besoin pour fonctionner.
Des chaussures de travail.
Mes lunettes de lecture de rechange.
Les ordonnances.
Les coordonnées de mon médecin.
Le numéro de mon assurance.
Les documents de propriété auxquels j'avais accès.
Ce n'était pas une liste romantique.
Elle me donnait cependant la sensation d'exister en dehors du mariage.
J'ai téléphoné à mon cabinet médical.
J'ai demandé les dates des prochains dépistages recommandés pour moi.
La secrétaire a vérifié mon dossier.
Elle m'a proposé de recevoir un résumé écrit.
J'ai accepté.
Le lendemain, je suis allée travailler.
Les clientes ne savaient presque rien.
Je ne voulais pas transformer mon salon en tribunal public.
L'une d'elles avait perdu son mari quelques mois auparavant.
Elle m'a parlé d'une facture qu'elle n'arrivait pas à comprendre.
J'ai pris le temps de lui expliquer comment demander un détail au fournisseur.
Elle m'a remerciée.
« Vous avez toujours une solution », a-t-elle dit.
J'ai failli lui répondre que je n'en avais aucune pour moi.
Je lui ai simplement conseillé de conserver la réponse par écrit.
Après son départ, j'ai appliqué le même conseil à ma propre situation.
J'ai créé un dossier pour les courriers officiels.
J'ai donné à chaque document une date claire.
J'ai conservé les enveloppes lorsqu'elles pouvaient aider à établir la réception.
J'ai photocopié les éléments importants au lieu d'écrire directement dessus.
Patrice m'avait appris ces gestes.
Ils demandaient du temps.
Mais moins que les disputes où Dale prétendait ne pas se souvenir d'une conversation.
Un soir, Brenda m'a proposé de regarder un vieux film.
Nous nous sommes assises avec une couverture.
Pendant dix minutes, j'ai suivi les personnages.
Puis je me suis mise à penser aux garanties.
Brenda a mis le film en pause.
« Tu peux être inquiète et regarder une comédie quand même », a-t-elle dit.
J'ai ri.
Nous avons repris.
Il n'était pas nécessaire de consacrer chaque minute de ma vie à ce que Dale avait fait.
Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 4 : L’appartement payé par l’entreprise et la vérité difficile que découvre Ashley
Le vendredi où Dale est entré dans mon salon pour faire certifier son propre mensonge #11
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