PARTIE 16 – Le dernier jeudi au vieux fauteuil et la nouvelle vie que Carol choisit pour elle-même

Un an après le vendredi où Dale était entré au salon, le jeudi à quatorze heures n'avait plus la même signification.

Une femme nommée Clara occupait le créneau.

Elle avait les cheveux argentés et un rire contagieux.

Elle venait avant ses cours de danse.

Nous parlions de ses petits-enfants.

Elle me demandait parfois si je prenais assez de repos.

Je lui répondais que j'apprenais.

J'avais quitté le cabinet dentaire après avoir organisé mon départ correctement.

Je travaillais toujours au salon.

Mais j'avais aménagé mon emploi du temps.

Un jour libre régulier.

Des rendez-vous médicaux tenus.

Des soirées pour lire.

Lorraine venait souvent dîner.

Brenda avait un double de mes clés pour les urgences.

J'avais appris à payer mes dépenses avec un budget écrit.

Je connaissais le montant de mon loyer.

Je connaissais les échéances de mon assurance.

Je savais combien je devais mettre de côté pour les impôts liés à mon activité.

Certaines semaines restaient serrées.

Je ne prétendais pas que l'indépendance résolvait tous les problèmes.

Elle demandait du travail.

Mais personne ne me demandait de croire des chiffres que je n'avais pas le droit de voir.

Un matin, j'ai reçu une enveloppe de Patrice.

Elle contenait la confirmation finale d'une démarche administrative encore pendante.

Elle avait joint une note.

« Conservez ceci avec vos documents importants. »

Je l'ai classée dans mon dossier bleu.

Le dossier vert avait diminué.

Il contenait encore quelques questions de suivi, mais plus la peur immense du début.

J'avais aussi conservé mon ancien carnet de rendez-vous.

Je ne le relisais presque jamais.

Il était rangé dans une boîte avec les anciennes factures du salon.

Chaque ligne avait joué son rôle.

Je n'avais pas besoin d'y vivre.

Ashley ne revenait plus.

J'avais appris qu'elle avait rendu la voiture de location selon les arrangements conclus avec l'entreprise.

Je ne suivais pas sa vie.

Elle m'avait envoyé une dernière carte d'excuses.

Je l'avais rangée sans répondre.

Dale dirigeait toujours l'entreprise, sous une organisation financière remaniée.

Certains salariés avaient retrouvé des horaires réguliers.

D'autres avaient changé d'employeur au cours de l'année.

Je ne m'attribuais aucune responsabilité dans ces décisions.

Les conséquences économiques avaient été plus compliquées que ce que quiconque racontait au salon.

J'espérais simplement que les documents soient désormais tenus correctement.

Le jeudi suivant, Clara est arrivée en avance.

Elle voulait une coupe plus courte.

« J'ai décidé de changer », a-t-elle annoncé.

J'ai posé une cape sur ses épaules.

« Quel genre de changement ? »

« Quelque chose de léger. Je veux que mes cheveux bougent quand je danse. »

J'ai pris mes ciseaux.

Nous avons examiné une photographie.

Elle m'a montré ce qu'elle aimait.

Je lui ai expliqué ce qui conviendrait à sa texture de cheveux.

Nous avons choisi ensemble.

Cette manière simple de prendre une décision m'a fait du bien.

Plus tard, je suis rentrée chez moi avec un sac de courses.

Les magnolias avaient fleuri.

J'ai posé mes clés dans un petit bol près de la porte.

Il n'y avait aucun dossier secret sur la table.

Aucun message exigeant une signature urgente.

J'ai préparé des tomates avec du pain grillé.

Puis j'ai ouvert la fenêtre.

Dehors, un voisin arrosait ses plantes.

La radio jouait doucement.

Je me suis assise avec mon assiette.

Je pensais parfois aux vingt-six années avec Dale.

Il y avait eu de vrais moments heureux.

Il y avait aussi eu une trahison organisée pendant trop longtemps.

Je pouvais reconnaître les premiers sans effacer la seconde.

Le lendemain, une jeune coiffeuse m'a demandé un conseil sur son installation.

Elle voulait louer son premier fauteuil.

Je lui ai expliqué les charges, les assurances et les contrats.

Elle m'a tendu un formulaire.

« Vous pourriez regarder avec moi ? »

J'ai souri.

« Bien sûr. Mais on va le lire du début à la fin. »

Elle a ri.

Nous avons commencé à la première page.

Je ne savais pas ce qu'elle ferait de sa carrière.

Je savais seulement que la confiance ne devrait jamais exiger l'ignorance.

Le soir, Lorraine est venue dîner.

J'avais sorti trois assiettes, car Brenda devait nous rejoindre.

Nous avons mangé, parlé et laissé les fenêtres ouvertes.

À un moment, j'ai regardé mes mains.

Elles portaient encore de petites traces de teinture près des ongles.

Ces mains avaient tenu les ciseaux pendant les jeudis les plus difficiles de ma vie.

Elles avaient aussi appris à tourner les pages d'un contrat sans trembler.

J'ai apporté le dessert.

Brenda a demandé si je voulais un jour changer de salon.

« Peut-être », ai-je dit.

« Mais pas parce que quelqu'un m'y pousse. »

Lorraine a levé son verre d'eau.

Nous n'avons prononcé aucun discours.

Nous avons simplement repris notre conversation.

Le lendemain matin, j'avais rendez-vous à neuf heures.

J'ai vérifié mes clés.

J'ai fermé la porte.

Puis je suis partie travailler.

Un après-midi, une nouvelle cliente m'a demandé pourquoi je conservais toujours un carnet papier près de mon fauteuil.

Je lui ai expliqué que j'y notais les formules de couleur et les rendez-vous particuliers.

Elle a souri.

« Tout le monde fait ça sur son téléphone maintenant. »

« Moi aussi, parfois. Mais j'aime pouvoir lire une page sans chercher une batterie. »

Elle a ri.

Je n'ai pas parlé d'Ashley.

Je n'ai pas raconté que les mots entendus dans ce fauteuil avaient un jour permis de poser les bonnes questions.

Je ne voulais pas que chaque nouvelle cliente devienne le public de ma séparation.

Cette histoire m'appartenait.

Je pouvais décider quand la raconter et à qui.

Le samedi, j'ai ouvert la boîte qui contenait l'ancien carnet.

Je cherchais un numéro de produit utilisé plusieurs années auparavant.

Les premières pages étaient remplies de codes de couleurs.

Plus loin, j'ai aperçu les annotations sur Ashley.

Son rendez-vous du jeudi.

Les montants qu'elle citait.

Le nom du bateau.

La phrase sur les signatures.

J'ai fermé le carnet doucement.

Je l'avais conservé avec soin pendant les procédures.

Je n'avais pas besoin de le détruire.

Je n'avais pas non plus besoin de le relire pour prouver que j'avais souffert.

Je l'ai remis dans sa boîte.

Le lendemain, je suis allée au marché avec Lorraine.

Nous avons acheté des pêches et du pain frais.

Elle m'a demandé si je pensais parfois à Dale.

« Bien sûr. »

« Tu le regrettes ? »

J'ai réfléchi avant de répondre.

« Je regrette certaines choses que nous avions. Je ne regrette pas d'avoir demandé la vérité. »

Elle a pris une pêche dans sa main.

« C'est une distinction importante. »

Je n'ai pas cherché de phrase plus belle.

Les choses étaient ainsi.

Il y avait des années heureuses que personne ne pourrait effacer.

Il y avait des années de mensonges qui ne seraient pas pardonnées sur commande.

Et il y avait maintenant mes propres journées.

J'avais un loyer.

Des clientes.

Des factures.

Des amis.

Une sœur que j'aimais.

Un dimanche libre de temps en temps.

Cela pouvait paraître ordinaire à quelqu'un qui cherchait une fin spectaculaire.

Pour moi, c'était assez grand.

Le lundi, une jeune apprentie du salon m'a demandé comment reconnaître une cliente qui souhaite parler et une cliente qui préfère le silence.

Je lui ai répondu qu'il fallait écouter, mais aussi respecter les limites.

« Et si elle raconte un secret ? »

J'ai regardé la porte du salon.

« Tu ne transformes pas ce qu'elle dit en spectacle. Et si cela concerne une situation grave, tu demandes conseil aux personnes compétentes. »

Elle a hoché la tête.

Nous avons repris son entraînement.

Elle a posé ses ciseaux dans ma main pour que je lui montre une coupe.

Je lui ai expliqué l'angle.

Elle a essayé.

Je l'ai corrigée doucement.

Puis je lui ai rendu les ciseaux.

Tout pouvait recommencer à une échelle plus simple.

Une mèche.

Un rendez-vous.

Une conversation honnête.

Une page lue avant de signer.

FIN


FIN

Story Parts

Le vendredi où Dale est entré dans mon salon pour faire certifier son propre mensonge #11

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