PARTIE 8 – Avant l’opération, je devais préparer ma maison sans abandonner ma liberté

L'opération a été programmée après les consultations préopératoires.

L'équipe m'a expliqué les bénéfices attendus et les risques.

J'ai posé toutes les questions que j'avais notées.

Je voulais savoir combien de temps je pourrais être hospitalisée.

Comment seraient traitées mes douleurs.

Ce qui se passerait si je ne retrouvais pas tout de suite ma mobilité.

J'ai aussi demandé qui pourrait recevoir des informations si je ne pouvais pas parler.

J'ai désigné Marianne comme personne à contacter en priorité.

Ce choix n'était pas une punition pour Daniel.

Marianne avait davantage de disponibilité cette semaine-là.

Nous l'avons expliqué clairement.

Avec Paul, j'ai vérifié mes documents importants.

Mes assurances.

Mes prescriptions.

Les factures à payer.

Je ne voulais pas que mes enfants cherchent des mots de passe dans les tiroirs pendant que je serais à l'hôpital.

J'ai demandé conseil sur les documents de directives anticipées adaptés à ma situation.

Une professionnelle m'a aidée à comprendre les questions.

Je n'ai pas signé un formulaire simplement pour faire plaisir à quelqu'un.

J'ai choisi ce que je souhaitais après réflexion.

Sarah m'a accompagnée faire des courses.

Nous avons acheté des produits faciles à préparer.

Elle a déplacé quelques objets pour que je puisse circuler sans trébucher.

Elle ne m'a pas transformé la maison en chambre d'hôpital.

J'ai insisté pour conserver mes plantes sur la véranda.

« Je peux encore arroser mes fleurs », ai-je dit.

« Tant que le médecin ne vous demande pas autre chose », a-t-elle répondu en souriant.

Nous avons ri toutes les deux.

Mon ventre était lourd.

Je me fatiguais en mettant mes chaussures.

Mais je tenais à accomplir de petites choses moi-même.

Le dimanche précédent l'opération, les enfants sont venus déjeuner.

Cette fois, il n'y avait pas de grande révélation sur la table.

Paul a apporté une soupe.

Marianne a coupé du pain.

Daniel a réparé la poignée du placard qui se détachait depuis des mois.

Nous avons parlé des visites à l'hôpital.

J'ai dit que je ne voulais pas d'une foule autour de mon lit.

Ils ont accepté un planning simple.

Après le repas, Daniel s'est attardé dans la cuisine.

Il a observé mes mains.

« J'ai eu tort de te demander qui était cet homme », a-t-il dit.

« Oui. »

« J'étais terrifié. J'ai parlé avant de réfléchir. »

Je lui ai passé un torchon.

« La peur n'excuse pas tout. Mais je t'entends. »

Il m'a aidée à essuyer les verres.

Puis il m'a demandé s'il pouvait venir le jour de l'opération.

« Bien sûr », ai-je répondu.

Il n'a pas évoqué Elise.

Je n'ai pas insisté.

Dans la nuit, j'ai entendu la pluie sur les vitres.

J'ai pensé à Robert.

Je lui en voulais encore de ce qu'il avait laissé derrière lui.

Mais je n'avais plus envie de porter ses choix comme un fardeau secret.

Le matin, j'ai préparé mon petit sac.

J'y ai mis une paire de chaussons.

Mes lunettes.

Et un livre que je n'avais pas encore terminé.

Le jour où j'ai signé mon consentement pour l'intervention, j'ai demandé à entendre à nouveau les explications.

Ce n'était pas parce que je les avais oubliées.

Je voulais être certaine que ma décision était bien la mienne.

On m'a parlé des risques habituels et de ceux qui me concernaient particulièrement.

J'ai demandé quelles autres options existaient et pourquoi l'équipe recommandait cette prise en charge.

Je voulais comprendre ce qui pouvait arriver si la masse continuait de grossir.

La médecin a pris le temps de répondre.

Quand je suis sortie, Daniel m'attendait près d'une fenêtre.

Il avait apporté une petite bouteille d'eau.

« Ça va ? »

« J'ai toujours peur », ai-je répondu.

Il a serré sa bouteille entre ses mains.

« Je ne sais pas quoi te dire. »

« Tu n'es pas obligé de trouver des mots parfaits. »

Nous avons marché lentement vers le parking.

Il m'a demandé si je voulais prendre quelque chose à manger.

J'ai accepté un sandwich simple.

Au restaurant, il a commencé à parler d'un projet de réparation dans son garage.

Il avait besoin de remplacer une étagère.

Je lui ai conseillé de mesurer avant d'acheter.

Il a souri.

« Tu dis ça à chaque fois. »

« Parce que tu achètes toujours trop vite. »

Cette plaisanterie avait quelque chose de rassurant.

Dans les semaines précédentes, nos conversations s'étaient rétrécies aux examens médicaux et à la vérité sur Robert.

Je regrettais le temps où Daniel m'appelait seulement pour raconter une journée difficile.

Je lui ai demandé comment allait son travail.

Il m'a parlé d'un collègue qui partait à la retraite.

Puis de Sarah, qui souhaitait changer de poste.

Je l'ai écouté.

Avant de me ramener, il m'a demandé si je souhaitais qu'il garde un double des documents médicaux.

J'ai accepté certaines copies utiles.

Pas l'ensemble de mes papiers personnels.

Il a répondu d'accord sans discuter.

Ce mot devenait plus précieux qu'un grand discours.

Le soir, j'ai préparé mon petit sac.

J'ai choisi des vêtements souples.

Un peigne.

Une crème pour les mains.

Le livre de Louise.

Puis j'ai sorti la photographie de Robert de son cadre.

Je l'ai nettoyée avec un chiffon.

Je l'ai remise sur la commode.

Je ne voulais pas mourir en colère.

Je ne voulais pas non plus me forcer à lui pardonner pour entrer à l'hôpital avec une conscience supposément tranquille.

Je voulais seulement savoir que j'avais fait de mon mieux avec les décisions encore possibles.

Avant de dormir, j'ai appelé Marianne.

Nous avons parlé du petit-déjeuner qu'elle préparerait pour les enfants le lendemain.

Puis j'ai éteint la lumière.

La peur était toujours là.

Mais elle n'était plus seule à remplir la chambre.

La veille de mon admission, j'ai demandé à Daniel de m'aider à vérifier la porte du jardin.

Elle fermait mal depuis plusieurs semaines.

Je voulais être tranquille pendant mon absence.

Il est venu avec une petite boîte à outils.

Je me suis assise sur la véranda pour le regarder travailler.

Il a remplacé une vis.

Puis il a ajusté la charnière.

La porte a retrouvé son mouvement habituel.

« Voilà », a-t-il dit.

Je l'ai remercié.

Nous sommes restés sur la véranda.

Il a regardé les rosiers.

« Papa aurait essayé de réparer cette porte avec un morceau de bois », a-t-il dit.

« Probablement. »

Il a souri.

Puis son visage s'est assombri.

« J'arrive encore à rire de lui. Je me demande si c'est mal. »

« Ce n'est pas mal », ai-je répondu.

« Mais tu es en colère aussi. »

« Oui. »

« Tu peux être les deux. »

Daniel a posé ses outils.

Il m'a demandé si Robert avait semblé regretter son silence avant de mourir.

Je lui ai dit ce que je savais.

Il avait exprimé des regrets.

Il m'avait confié les lettres.

Il n'avait pas réparé lui-même le mal fait à Elise.

Daniel a réfléchi.

« Peut-être que je veux savoir qu'il était bon », a-t-il dit.

« Peut-être qu'on peut se demander comment devenir meilleur sans avoir une réponse définitive sur lui. »

Il a hoché la tête.

Nous avons bu de l'eau fraîche.

Puis il m'a demandé si je voulais parler de l'opération.

J'ai répondu que j'avais déjà posé toutes mes questions médicales.

Mais j'avais besoin de lui dire que j'avais peur.

Il m'a écoutée.

Il n'a pas promis que tout se passerait bien.

Il a seulement dit qu'il serait là quand on le laisserait entrer.

Je lui ai pris la main.

Le soleil descendait derrière les maisons.

Une voiture est passée lentement dans la rue.

Je me suis souvenue du jour où il était né.

Je ne pouvais pas imaginer qu'un enfant si petit deviendrait un homme de cinquante-six ans avec ses propres inquiétudes.

Je l'avais longtemps protégé des choses difficiles.

Je ne pouvais plus le faire.

Et lui ne pouvait pas me protéger de tout ce qui m'attendait.

Nous avons accepté cette limite en silence.

Avant de partir, il a vérifié une dernière fois la serrure.

« Tu vois », a-t-il dit en souriant, « celle-là, au moins, je peux la réparer. »

J'ai ri.

Cela nous a suffi pour la soirée.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 9 : Pendant que j’étais à l’hôpital, mes enfants ont appris à écouter les nouvelles sans se disputer

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Le matin où mon fils a prononcé le mot grossesse devant les médecins #11

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