PARTIE 2 – Le scanner a montré une masse et a fait taire les rumeurs de grossesse

Les examens ont duré une grande partie de la journée.

On m'a demandé quand j'avais mangé.

On a mesuré ma tension.

Une infirmière m'a fait raconter mes traitements habituels.

J'ai dû reconnaître que j'avais évité de consulter pendant six mois.

Je n'avais pas voulu inquiéter mes enfants.

Et je n'avais pas voulu entendre une réponse que je redoutais.

Sarah nous a rejoints avant la fin de l'après-midi.

Elle ne m'a pas demandé si j'étais enceinte.

Elle a posé une bouteille d'eau près de ma chaise.

« On reste jusqu'à ce que vous sachiez ce qui se passe », a-t-elle dit.

J'ai eu envie de lui serrer la main.

La radiologue est revenue avec des images.

Elle avait le regard sérieux, mais elle ne parlait pas comme si elle venait annoncer une catastrophe.

« Votre ventre est distendu par une très grande masse liquidienne, probablement issue d'un ovaire », a-t-elle expliqué.

Elle nous a montré ses contours.

Le scanner permettait de voir bien mieux ce que l'échographie n'avait montré qu'en partie.

La masse occupait une grande partie de mon abdomen.

Elle repoussait l'intestin et exerçait une pression sur la vessie.

« Est-ce un cancer ? » ai-je demandé.

« Nous ne pouvons pas le déterminer avec certitude aujourd'hui. »

Les mots m'ont glacée.

La radiologue a pris le temps de poursuivre.

Certaines masses ovariennes étaient bénignes.

D'autres demandaient une prise en charge plus spécialisée.

L'aspect et les analyses orienteraient la suite, mais seul l'examen du tissu permettrait souvent de conclure.

Elle n'a pas parlé de bébé.

Personne n'a reparlé de bébé.

Daniel s'est assis à côté de moi.

« Alors ces mouvements ? »

Le médecin nous a expliqué que la pression, les gaz intestinaux et les déplacements de liquide pouvaient produire d'étranges sensations.

L'explication était plus ordinaire qu'une grossesse.

Elle n'en était pas moins inquiétante.

J'ai demandé combien cette chose pouvait peser.

La radiologue n'a pas donné de chiffre spectaculaire.

« Nous l'évaluerons plus précisément dans le cadre de votre prise en charge », a-t-elle dit.

J'avais encore des questions.

Depuis combien de temps était-elle là ?

Pourquoi avais-je attendu ?

Que risquait-il de se passer si je ne faisais rien ?

On nous a proposé un rendez-vous rapide avec une équipe de gynécologie spécialisée.

En attendant, on m'a expliqué quels symptômes imposaient de revenir immédiatement.

Douleur importante.

Vomissements persistants.

Essoufflement.

Malaise.

Je les ai notés sur un ticket de pharmacie.

Daniel a voulu prendre mon carnet.

« Laisse-moi écrire », ai-je dit.

Il a reculé sa main.

Ce geste minuscule m'a soulagée.

À la sortie, des enfants couraient près du parking.

Je les ai regardés un instant.

J'avais élevé les miens.

J'avais accompagné leurs fièvres et leurs chagrins.

Je n'avais pas imaginé devoir leur rappeler, à mon tour, que mon corps et mes décisions m'appartenaient encore.

Sarah m'a reconduite chez moi.

Elle a proposé de préparer une soupe.

J'ai accepté.

Avant de dormir, j'ai ouvert le tiroir de ma chambre.

L'enveloppe grise était là.

Le papier avait jauni sur les bords.

Je l'ai posée sur mon couvre-lit sans l'ouvrir.

Je savais exactement ce qu'elle contenait.

Mais je n'étais plus certaine de savoir pourquoi je l'avais gardée secrète si longtemps.

Chez moi, la première nuit après le scanner, j'avais déposé sur la table une pile de vêtements que je ne portais plus.

Il y avait un chemisier à petits carreaux bleus.

Une jupe que Robert aimait beaucoup.

Et une robe verte achetée pour le mariage de Marianne.

Aucune ne fermait correctement.

J'avais gardé ces vêtements parce que je pensais que le gonflement finirait par disparaître.

En les regardant, j'ai éprouvé une colère muette contre mon propre entêtement.

Le téléphone a sonné.

C'était mon amie Louise.

Nous nous connaissions depuis l'époque où nos enfants fréquentaient la même école.

Elle avait remarqué que je ne venais plus au club de lecture.

« Les livres t'ont donc abandonnée ? » a-t-elle plaisanté.

« Non. C'est moi qui ai du mal à rester assise longtemps. »

Elle a cessé de rire.

Je lui ai expliqué ce que les médecins avaient découvert.

Elle n'a pas prétendu connaître le résultat à l'avance.

Elle m'a simplement proposé de déposer une casserole de soupe le lendemain.

J'ai d'abord refusé.

Puis je me suis ravisée.

« Seulement si tu restes en boire une tasse avec moi. »

« Marché conclu. »

Après l'appel, j'ai préparé un petit dossier médical.

J'y ai rangé le compte rendu de l'examen.

Les coordonnées du service.

La liste de mes médicaments.

Je me suis aperçue que certaines ordonnances étaient glissées dans un tiroir, d'autres dans mon sac.

J'ai passé une heure à remettre tout en ordre.

Cela n'allait pas guérir mon ventre.

Mais j'avais besoin de faire une chose que je pouvais maîtriser.

Le lendemain, Louise a apporté une soupe de légumes et deux petits pains.

Elle n'a pas fait semblant de ne pas voir mon ventre.

Elle m'a demandé si je voulais en parler.

J'ai acquiescé.

Pendant le repas, elle m'a raconté les semaines difficiles qui avaient suivi son opération du genou.

Nous n'avons pas comparé nos souffrances.

Nous avons parlé du sentiment étrange de devenir dépendante d'autrui pour des choses ordinaires.

Elle m'a donné une idée.

« Fais une liste de ce que tu acceptes comme aide », a-t-elle dit. « Sinon, tes enfants vont essayer de décider pour toi. »

J'ai pris une feuille.

J'ai écrit les trajets médicaux.

Les courses lourdes.

Les appels le soir si je ne me sentais pas bien.

Puis j'ai écrit une deuxième liste.

Les choses que je souhaitais continuer à faire seule.

Choisir mes repas.

Garder mes clés.

Gérer mon courrier.

Décider qui entre dans ma chambre.

Louise a souri en voyant cette dernière ligne.

« Voilà qui ressemble à Margaret. »

Quand elle est repartie, j'ai senti que la maison était moins lourde de silence.

Je savais que les résultats pouvaient être sérieux.

Mais je n'étais plus obligée de les attendre comme si j'étais seule au monde.

J'ai placé les deux listes sur mon réfrigérateur.

Le soir, j'en ai envoyé une photographie à mes enfants.

Marianne a répondu avec un cœur.

Paul a écrit qu'il pouvait prendre un vendredi de congé.

Daniel n'a rien dit pendant une heure.

Puis il a répondu : « J'ai compris. Je t'appellerai avant de passer. »

Deux jours après le scanner, j'ai demandé une copie lisible du compte rendu.

Je ne voulais pas me fier seulement aux phrases entendues dans la confusion de l'hôpital.

Sarah m'a aidée à accéder aux documents selon la procédure prévue.

Nous nous sommes installées à ma table de cuisine.

Elle m'a lu certains termes difficiles.

Je lui ai demandé de s'arrêter plusieurs fois.

« Est-ce que cette phrase veut dire que c'est dangereux ? »

Elle n'a pas essayé de jouer au médecin.

« Je ne sais pas », a-t-elle répondu. « On va noter la question pour le spécialiste. »

J'ai apprécié son honnêteté.

Nous avons écrit nos questions sur une feuille séparée.

Quelle était l'origine probable de la masse ?

Quels examens restaient utiles ?

Quelles activités devais-je éviter en attendant ?

Comment gérer la fatigue ?

Sarah m'a proposé d'appeler le cabinet pour vérifier un rendez-vous.

J'ai fait l'appel moi-même.

Elle est restée près de moi, prête à prendre des notes.

L'employée a confirmé la date.

Elle nous a rappelé les instructions déjà communiquées.

Nous avons remercié.

Quand j'ai raccroché, j'ai regardé Sarah.

« Tu vois ? Je peux encore me débrouiller. »

Elle a souri.

« Je n'en ai jamais douté. »

Nous avons pris le thé.

Elle m'a raconté comment Daniel avait passé la soirée à chercher des informations inquiétantes sur son ordinateur.

Il avait lu des témoignages sans rapport avec mon dossier.

Il s'était fait peur tout seul.

Je lui ai demandé de lui dire que les médecins avaient besoin de résultats précis.

Pas de suppositions trouvées au hasard.

Le soir, Daniel est venu déposer un sac de courses.

Je l'ai fait entrer.

Nous avons regardé ensemble la liste de questions.

Il a voulu en ajouter plusieurs.

Je lui ai dit qu'il pouvait les noter sur une autre feuille.

Je déciderais celles que je souhaitais poser.

Il a paru contrarié.

Puis il a compris.

« Tu veux être celle qui conduit », a-t-il dit.

« C'est ma santé. Je veux au moins tenir le volant pour les décisions que je peux prendre. »

Il a ri de cette comparaison.

Nous avons préparé le dîner ensemble.

Il épluchait des pommes de terre.

Je coupais des carottes assise à la table.

Pendant une demi-heure, il n'a parlé ni de grossesse ni de cancer.

Il m'a raconté les difficultés de sa journée.

J'ai écouté.

Nous avons partagé une soupe.

En partant, il m'a embrassée sur la joue.

Je n'avais pas encore ouvert l'enveloppe de Robert devant lui.

Mais je sentais que notre façon de nous parler commençait doucement à changer.


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Trois jours avant sa mort, Robert m’avait remis une lettre qu’il redoutait de signer

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Le matin où mon fils a prononcé le mot grossesse devant les médecins

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