Elise est venue au printemps.
Elle avait demandé que notre première rencontre ait lieu dans un endroit neutre.
Nous avons choisi un petit café avec une salle tranquille.
Je n'avais pas encore retrouvé toute mon énergie.
J'ai demandé une table près de l'entrée.
Marianne est venue avec moi.
Daniel et Paul nous ont rejoints séparément.
Sarah avait proposé de rester chez elle pour ne pas multiplier les visages inconnus.
Je l'en ai remerciée.
Quand Elise est entrée, je l'ai reconnue grâce à sa photographie.
Elle portait un manteau bleu clair.
Ses cheveux étaient attachés derrière la tête.
Elle s'est arrêtée quelques secondes en nous voyant.
Je me suis levée lentement.
« Elise ? »
« Margaret. »
Nous avons échangé une poignée de main.
Ni baiser forcé.
Ni embrassade dramatique.
Elle s'est assise en face de moi.
Nous avons commandé du café et du thé.
Le serveur a apporté des serviettes en papier.
Pendant un moment, nous avons parlé du trajet.
De la circulation.
Du temps qu'il faisait.
Puis Paul a posé une question sur June.
Elise a raconté quelques souvenirs de sa mère.
Une femme qui travaillait beaucoup.
Qui aimait danser dans sa cuisine.
Qui gardait les tickets de cinéma dans une boîte à chaussures.
Daniel a écouté sans l'interrompre.
Quand Elise a mentionné les lettres de Robert, son visage s'est crispé.
Il a respiré profondément.
« J'ai du mal à accepter qu'il vous ait fait attendre comme ça », a-t-il dit.
Elise a posé sa cuillère.
« Moi aussi. »
Personne n'a cherché à remplir le silence.
Marianne a demandé si Elise possédait des photographies de jeunesse.
Elle en avait apporté trois.
Nous les avons regardées ensemble.
Il y avait une image d'Elise devant une école.
Une autre avec June dans leur jardin.
La troisième montrait un jeune Robert près d'une voiture.
Je l'ai reconnu.
Il paraissait tellement jeune que j'ai eu du mal à rapprocher ce visage de l'homme dont j'avais partagé la vieillesse.
« Je ne demande pas que vous me considériez comme votre sœur dès aujourd'hui », a dit Elise.
« Nous ne savons même pas encore quelle relation nous souhaitons construire. »
Daniel a hoché la tête.
« C'est juste. »
Nous avons passé un peu plus d'une heure au café.
Je commençais à fatiguer.
Elise l'a remarqué avant que je dise quoi que ce soit.
Elle a proposé de terminer la rencontre.
Sur le trottoir, Marianne lui a demandé si elle voulait lui écrire de temps à autre.
Elise a accepté.
Paul lui a proposé de lui envoyer une photographie de notre père lors d'un ancien concert.
Daniel lui a simplement dit :
« Merci d'être venue. »
Elle a répondu :
« Merci de m'avoir écoutée. »
Dans la voiture, je n'ai pas pleuré.
J'étais trop fatiguée.
Mais je me suis endormie ce soir-là avec une paix prudente.
Nous n'avions pas créé une nouvelle famille en une heure.
Nous avions seulement cessé de faire comme si Elise n'existait pas.
Le matin de la rencontre au café, j'ai changé trois fois de gilet.
J'avais retrouvé assez d'énergie pour m'habiller seule.
Mais mes mains tremblaient légèrement.
Je ne savais pas comment saluer Elise.
Devais-je lui tendre la main ?
L'embrasser ?
Lui dire que j'étais désolée ?
J'avais déjà présenté mes excuses par lettre.
Je craignais de les répéter jusqu'à ce qu'elles deviennent un moyen d'obtenir son pardon.
J'ai choisi une veste simple.
Marianne est venue me chercher.
Dans la voiture, elle m'a demandé si je souhaitais qu'elle entre la première.
J'ai répondu que nous pouvions entrer ensemble.
Nous avons trouvé une place de stationnement près de la terrasse.
Le café sentait le pain grillé.
Une serveuse rangeait des tasses derrière le comptoir.
La salle était presque vide.
J'ai demandé une table où je pourrais m'asseoir confortablement.
Marianne a vérifié que le passage ne serait pas encombré.
Puis nous avons attendu.
Daniel est arrivé avec une chemise trop soigneusement repassée.
Je lui ai souri.
« On dirait que tu vas à un entretien d'embauche. »
« J'ai l'impression d'y aller », a-t-il répondu.
Paul est entré derrière lui.
Il nous a demandé si nous voulions de l'eau.
Nous avons attendu encore quelques minutes.
Quand Elise est apparue, je me suis surprise à regarder ses mains.
Elles tenaient un petit sac de tissu.
Elle avait l'air aussi nerveuse que nous.
Après les présentations, elle a sorti son portefeuille pour régler sa boisson.
Marianne a voulu lui offrir son café.
Elise a préféré payer elle-même.
Tout le monde a respecté ce choix.
Cela semblait insignifiant.
Pourtant c'était notre première manière de lui laisser sa place sans décider pour elle.
Au cours de la conversation, Elise a évoqué son fils.
Il savait qu'elle rencontrerait des membres de la famille de Robert.
Il lui avait dit de ne pas se sentir obligée de faire plaisir à ces inconnus.
Je lui ai répondu qu'il avait eu raison.
Paul lui a demandé si elle regrettait de venir.
Elle a regardé autour de la table.
« Non. Mais je suis contente que nous ayons choisi un café. »
Nous avons souri.
Une rencontre dans ma maison aurait peut-être donné l'impression que nous l'invitions à entrer dans une famille déjà constituée.
Ici, nous étions tous sur un terrain nouveau.
À la fin, elle a remis ses photographies dans son sac.
Nous avons échangé nos coordonnées avec ceux qui le souhaitaient.
Personne n'a proposé une fête de bienvenue.
Personne n'a demandé une photographie de groupe.
J'ai été reconnaissante pour cette retenue.
Dans la voiture du retour, Marianne a posé une question simple.
« Comment tu l'as trouvée ? »
« Je crois qu'elle est courageuse », ai-je répondu.
« Moi aussi. »
Puis nous avons roulé en silence jusqu'à chez moi.
Le lendemain de notre rencontre au café, Elise m'a téléphoné pour me remercier.
Elle avait pris le train pour rentrer chez elle.
La fatigue rendait sa voix un peu rauque.
Elle m'a expliqué qu'elle avait eu besoin de marcher seule après avoir quitté la table.
Elle avait longé une petite place.
Elle avait regardé les passants.
Elle cherchait à comprendre ce qu'elle ressentait.
« Je pensais être en colère », a-t-elle dit. « Mais je suis surtout triste. »
Je lui ai répondu qu'elle n'avait pas à nommer ses émotions pour me rassurer.
Elle m'a raconté qu'enfant elle imaginait parfois Robert comme un homme qui aurait une raison extraordinaire de ne pas venir.
Un grand voyage.
Une maladie.
Un travail dangereux.
En grandissant, elle avait compris que l'explication pouvait être plus simple et plus décevante.
Il avait choisi de ne pas prendre sa place.
Je suis restée silencieuse.
Je n'avais aucune histoire qui pourrait effacer cette décision.
Elise a ajouté qu'elle était heureuse d'avoir rencontré Marianne.
Elle avait trouvé Paul attentif.
Elle ne savait pas encore comment parler avec Daniel.
Je lui ai dit que lui aussi avait besoin de temps.
« Je sais », a-t-elle répondu. « Je ne veux pas le pousser. »
Nous avons parlé de son voyage.
Elle aimait regarder le paysage depuis le train.
Elle avait pris un livre, mais n'avait presque pas lu.
Elle avait passé une grande partie du trajet à penser à June.
Sa mère aurait peut-être été heureuse qu'elle obtienne enfin certaines réponses.
Ou peut-être aurait-elle été inquiète.
Elise ne pouvait plus le lui demander.
Je connaissais ce sentiment.
Il m'arrivait encore de vouloir demander à Robert pourquoi il avait attendu la fin de sa vie.
Je n'aurais jamais sa réponse complète.
Elise a proposé que nous nous écrivions de temps à autre.
Sans rendez-vous obligatoire.
Sans attentes trop lourdes.
J'ai accepté.
Avant de raccrocher, elle m'a demandé si ma santé s'améliorait.
Je lui ai raconté mes promenades et mes visites de contrôle.
Elle s'est réjouie de me savoir plus active.
Après l'appel, j'ai ouvert la fenêtre.
Un vent doux entrait dans le salon.
Je n'avais pas gagné une nouvelle fille.
Je n'avais pas réparé le passé.
J'avais simplement parlé avec une femme dont l'existence avait été cachée trop longtemps.
Cette conversation avait sa propre valeur.
Je l'ai notée dans mon carnet, à côté de la date de notre rencontre.
Le soir, j'ai préparé une carte pour Elise.
Je lui ai écrit que j'avais apprécié sa franchise.
Je n'ai pas ajouté une promesse trop grande.
J'ai seulement souhaité que nos échanges puissent continuer avec simplicité.
Puis j'ai signé de mon prénom, comme elle l'avait fait pour moi.
J'ai posé la carte près de la porte pour la poster le lendemain.
Cette petite décision m'a paru paisible.
Elle n'exigeait aucune réponse immédiate.
Nous avions enfin le temps de nous connaître.
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Le matin où mon fils a prononcé le mot grossesse devant les médecins #11
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