La première rencontre a eu lieu dans un café du centre-ville.
Mme Navarro nous avait aidées à préparer les règles.
Iris voulait me savoir à proximité.
Elle ne voulait pas que je sois assise à leur table.
J’ai accepté de prendre un café près de la fenêtre.
Julian est arrivé dix minutes en avance.
Je l’ai reconnu avant qu’il m’aperçoive.
Ses cheveux avaient blanchi aux tempes.
Il portait une veste sombre.
Il tenait ses mains serrées autour de son portefeuille.
Quand Iris est entrée, il s’est levé.
Il a attendu qu’elle fasse le premier geste.
Elle lui a tendu la main.
Il l’a serrée doucement.
« Bonjour, Iris. »
« Bonjour. »
Je suis restée là où j’étais.
La conversation a commencé avec des questions simples.
L’école.
La musique.
Les études qu’elle envisageait.
Puis Iris a sorti une feuille pliée.
Elle avait préparé ses questions.
« Pourquoi n’es-tu pas revenu quand j’étais petite ? »
Julian a laissé passer quelques secondes.
Il a parlé des déménagements et du travail perdu.
Puis il s’est arrêté.
« Ce n’est pas une excuse. »
Iris a regardé la feuille.
« Alors pourquoi n’as-tu pas cherché à me revoir plus tôt ? »
« J’avais peur que tu me rejettes. »
Elle a relevé la tête.
« Et tu m’as laissée croire que je n’étais pas assez importante. »
Julian a baissé les yeux.
« Oui. »
Aucun de nous ne pouvait réparer cette phrase.
Il lui a demandé la permission de montrer une photographie.
On y voyait une petite fille sur un tricycle rouge.
Iris avait deux ans.
Elle s’est approchée pour mieux regarder.
Je l’ai vue sourire une seconde.
Puis son visage est redevenu sérieux.
Au bout de quarante minutes, elle a annoncé qu’elle voulait partir.
Julian n’a pas insisté.
Il lui a demandé s’il pouvait lui écrire la semaine suivante.
Nous sommes arrivées au café vingt minutes avant l'heure prévue.
Iris avait choisi une table près de la fenêtre.
Elle voulait voir la porte et pouvoir sortir facilement.
J'ai commandé un thé.
Elle a pris un chocolat chaud, malgré la chaleur.
« J'avais besoin de quelque chose que je connais », a-t-elle expliqué.
Quand Julian est entré, elle l'a reconnu aussitôt grâce aux photographies.
Il a ralenti à quelques pas de nous.
« Bonjour, Iris. »
Elle a levé les yeux.
« Bonjour. »
Aucun de nous n'a tenté une accolade.
Julian s'est assis après qu'elle l'y a invité.
Il avait apporté un petit carnet.
Elle lui a demandé de le garder fermé.
« Je veux des réponses, pas un discours préparé. »
Il l'a posé sur la banquette.
Elle a commencé par une question sur sa première école.
Savait-il où elle se trouvait ?
Il a cité le nom, mais s'est trompé sur la rue.
Elle l'a corrigé.
Il n'a pas essayé de faire semblant de se souvenir.
« Tu as raison. »
Puis elle a parlé des spectacles auxquels il n'était pas venu.
Il a reconnu avoir laissé passer des occasions.
Il a expliqué les obstacles de l'époque sans les transformer en justification générale.
Iris voulait des dates.
Elle lui a demandé de retrouver ce qu'il pouvait vérifier.
Il a dit qu'il le ferait.
Après vingt minutes, elle a demandé une pause.
Nous sommes sorties sur le trottoir.
Le vent soulevait un papier publicitaire près de la poubelle.
« Tu veux rentrer ? » ai-je demandé.
« Pas encore. Je veux finir une question. »
Nous sommes revenues.
Elle lui a demandé ce qu'il attendait d'elle aujourd'hui.
Julian a réfléchi.
« J'aimerais apprendre à te connaître. Mais je ne veux pas te demander d'oublier ce que tu as vécu. »
Iris l'a regardé sans sourire.
« Alors ne me dis pas que j'ai perdu un père. Je n'en ai pas eu un à perdre. »
Il a accepté la correction.
Au moment du départ, il lui a tendu une carte avec son numéro.
Elle a vérifié qu'il était bien le même que celui de son message.
Puis elle l'a glissée dans son sac.
Dans la voiture, elle a fermé les yeux.
Je n'ai pas demandé si elle était heureuse.
La réponse aurait été trop simple pour une journée aussi compliquée.
Après le café, Iris a demandé si elle pouvait garder le reçu.
Je l'ai regardée, surprise.
« Pourquoi ce reçu ? »
« Je veux me souvenir de la date sans écrire seulement ce que j'ai ressenti. »
Elle l'a placé dans son carnet.
Quelques jours plus tard, elle a rédigé un compte rendu de la rencontre.
Elle y avait distingué les réponses de Julian des questions encore ouvertes.
Je lui ai proposé de le relire.
Elle a refusé gentiment.
« Celui-là est pour moi. »
J'ai accepté.
Julian a envoyé un message pour savoir si elle était bien rentrée.
Elle lui a répondu le lendemain.
Il ne s'en est pas plaint.
Une semaine après, Iris a abordé la question de sa famille paternelle.
Elle voulait connaître les prénoms de ses grands-parents.
Julian lui a envoyé les informations et lui a demandé si elle souhaitait voir des photographies.
Elle a choisi seulement deux images.
Sur l'une, il était enfant devant une balançoire.
Sur l'autre, sa mère tenait un gâteau dans une cuisine ancienne.
Iris a observé la deuxième longtemps.
« J'ai les mêmes yeux qu'elle. »
Je lui ai répondu que c'était possible.
Elle a pris une photographie de son propre visage avec le téléphone.
Elle a comparé les deux images.
Puis elle les a rangées.
Elle n'a pas dit qu'elle avait trouvé une nouvelle famille.
Elle avait trouvé un visage, une ressemblance et une question de plus.
Dans les semaines suivantes, elle a continué ses répétitions et ses devoirs.
La découverte de ses origines était importante.
Elle ne devait pas avaler tout le reste de sa vie.
Je me suis efforcée de l'aider à garder cet équilibre sans le définir pour elle.
« Tu peux. Je répondrai quand je voudrai. »
Sur le chemin du retour, Iris a regardé par la vitre.
« Il a une voix que je ne connaissais pas », a-t-elle dit.
Je lui ai demandé ce qu’elle avait ressenti.
Elle a secoué la tête.
« Trop de choses pour leur donner un nom. »
Je l’ai laissée tranquille.
Nous avons roulé jusqu’à la maison sans mettre de musique.
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La robe bleue, le départ d’Iris et les cinq minutes qui ont brisé notre silence #11
Part 8 of 16
