PARTIE 2 – La photographie du programme révèle un nom que la mère d’Iris avait effacé de sa vie

Iris n’a pas posé son verre.

« Quoi, mon père ? »

Je lui ai demandé de venir dans le salon.

Elle est restée debout près de Ryan.

« C’est à cause du programme ? »

J’ai compris qu’elle savait déjà quelque chose.

Elle m’a tendu son téléphone.

Une photo montrait la page des donateurs du bal.

Une association de restauration d’instruments avait financé une partie de la soirée.

Le nom de Julian Mercer apparaissait avec celui de son atelier.

« Ryan m’a dit que cet homme travaille avec son équipe de bénévoles. »

Elle a pris une inspiration.

« Il a le même nom que papa. »

Je me suis assise.

« C’est lui. »

Le silence a duré longtemps.

Iris a regardé Ryan, comme pour vérifier qu’elle avait bien entendu.

« Tu m’as dit qu’il était parti quand j’étais bébé. »

« Oui. »

« Tu m’as dit qu’il ne voulait plus de nous. »

Je n’ai pas répondu assez vite.

Sa voix a changé.

« Tu savais où il était ? »

« Pas toujours. »

« Mais maintenant ? »

J’ai acquiescé.

Ryan s’est reculé d’un pas.

Il avait manifestement compris que je n’allais pas pouvoir tout expliquer en une minute.

« Je vais attendre sur la véranda », a-t-il proposé.

Iris a retenu sa manche.

« Reste. »

Je savais qu’il fallait lui laisser décider.

« D’accord », ai-je dit.

J’ai raconté les premières années avec Julian.

Il jouait de la guitare dans de petits bars.

Il travaillait aussi dans un atelier de réparation.

Nous étions jeunes.

Je le croyais incapable de mentir.

Après la naissance d’Iris, ses absences se sont allongées.

Les loyers étaient parfois impayés alors qu’il me disait avoir travaillé toute la semaine.

Il prenait des décisions sans me consulter.

J’ai découvert qu’il avait utilisé notre épargne pour aider un associé.

Nous nous disputions souvent.

Un matin, il est parti avec sa valise.

Iris avait vingt mois.

« Et tu ne l’as plus jamais revu ? »

« Pas de la manière dont tu l’imagines. »

Iris a posé son verre sur la table.

« Il est venu ? »

Je lui ai parlé d’une visite deux ans plus tard.

Julian voulait la voir.

Il promettait d’avoir changé.

Mais il avait refusé de donner une adresse stable et s’était emporté lorsque j’avais proposé un rendez-vous accompagné.

« J’avais peur de recommencer à vivre dans le désordre », ai-je dit.

Iris a fermé les yeux.

« Tu pouvais avoir peur et me le dire. »

Je n’ai trouvé aucune réponse à cela.

Ryan a baissé la tête.

Il a expliqué qu’il connaissait Julian depuis quelques mois.

Il l’avait rencontré par un programme de bénévolat de son lycée.

Julian avait raconté qu’il avait une fille qu’il ne voyait plus.

Ryan n’avait pas rapproché les deux histoires avant ce soir.

Iris a posé son verre sur la table avec une précaution presque douloureuse.

Elle voulait comprendre ce que Ryan avait vu exactement.

Ryan a sorti son téléphone.

Il avait photographié une page du programme du bal.

Le nom de Julian y apparaissait dans les remerciements aux anciens élèves qui avaient soutenu une collecte pour la bibliothèque.

« Il était présent ce soir », a expliqué Ryan.

« Pas avec nous, mais près de la table des invités. »

J'ai senti mes épaules se raidir.

Iris a rapproché l'écran de son visage.

« Tu l'as reconnu comment ? »

« Une photographie chez ma tante. »

Ryan a hésité.

« J'ai posé une question. Puis une autre. J'aurais dû venir vous parler au lieu de te l'annoncer pendant le bal. »

Iris l'a interrompu.

« Tu me l'as annoncé ? Non. Tu m'as laissé entendre quelque chose, puis tu as décidé que ma mère devait le dire à ta place. »

Il n'a pas protesté.

Je voyais qu'il regrettait sa façon d'agir.

Mais ce regret n'effaçait pas les faits.

« Qui t'a parlé de mon père ? » a demandé Iris.

Ryan a expliqué que sa tante connaissait Julian depuis des années.

Une ancienne photographie avait déclenché la conversation.

Il n'avait pas fouillé nos affaires.

Il avait pourtant décidé, seul, que le secret devait prendre fin ce soir-là.

Iris s'est tournée vers moi.

« Tu savais qu'il revenait en ville ? »

J'ai respiré lentement.

« Je savais qu'il travaillait de nouveau dans la région. Je ne savais pas qu'il serait au bal. »

« Et tu ne m'as rien dit. »

« Non. »

Le mot a paru plus lourd que toutes mes explications possibles.

Je lui ai apporté la boîte de mouchoirs posée sur l'étagère.

Elle l'a repoussée.

« Je ne suis pas en train de pleurer parce que j'ai besoin d'un mouchoir. »

Je l'ai laissée là.

Le salon n'avait pas changé.

Les coussins étaient toujours de travers après sa fête d'anniversaire.

Une plante avait besoin d'eau.

La maison entière semblait ordinaire malgré l'énormité de ce qui s'y disait.

Iris a finalement posé une question très simple.

« Est-ce qu'il a essayé de me voir ? »

Je n'ai pas répondu assez vite.

Elle a baissé les yeux.

« Voilà. »

Ryan a fait un pas vers le couloir.

« Je peux partir si vous voulez parler seules. »

Iris a répondu :

« Reste une minute. J'ai besoin de savoir ce que tu sais vraiment. Après, je déciderai. »

Il s'est rassis.

J'ai compris que ma fille était déjà en train de reprendre quelque chose que je lui avais enlevé : la possibilité de choisir à qui poser ses questions.

La question suivante d'Iris concernait son prénom.

« Est-ce qu'il a participé à le choisir ? »

Je lui ai expliqué que nous avions dressé une liste avant sa naissance.

Julian aimait un autre prénom.

Nous avions fini par préférer Iris tous les deux.

Elle est restée silencieuse un instant.

« Alors il y a au moins une chose que nous avons décidée ensemble. »

J'ai acquiescé.

Il était difficile de savoir comment une information si petite pouvait peser aussi lourd.

Elle m'a ensuite demandé si je gardais des photos d'elle bébé avec lui.

J'ai décrit un album que je n'ouvrais plus.

Il se trouvait dans une caisse au garage.

Iris m'a demandé de ne pas aller le chercher cette nuit.

« Je suis fatiguée. Je veux juste savoir qu'il existe. »

Je lui ai assuré qu'il était là.

Ryan a proposé de partir.

Cette fois, elle a accepté.

Avant de sortir, il a dit qu'il ne raconterait rien aux autres élèves.

Iris a répondu qu'elle le remercierait plus tard, si elle en avait envie.

La porte a claqué doucement derrière lui.

Elle et moi sommes restées debout près des fleurs fanées du bal.

Je lui ai proposé de l'accompagner jusqu'à sa chambre.

« Non. Je préfère être seule. »

Elle est montée sans me souhaiter bonne nuit.

Je ne lui en ai pas voulu.

Dans la cuisine, j'ai retrouvé le verre d'eau qu'elle avait préparé pour Ryan.

Il était resté plein.

Je l'ai vidé dans l'évier.

Je comprenais que rien dans la maison ne pourrait effacer ce qui venait d'être dit.

Le matin, nous aurions encore besoin d'acheter du lait et de sortir les poubelles.

Notre vie ordinaire continuerait.

Elle contiendrait désormais des questions auxquelles je ne pourrais plus me soustraire.

À l'étage, Iris a déposé sa robe sur la chaise.

Elle ne savait pas si elle aurait envie de la porter de nouveau.

Les fleurs avaient laissé un peu de pollen sur sa manche.

Elle a essayé de l'essuyer avec un mouchoir humide.

Puis elle a renoncé.

Je l'ai entendue ouvrir un tiroir.

Des objets se sont entrechoqués.

Je n'ai pas monté l'escalier.

Je savais qu'il serait facile de lui proposer de tout réparer, même une tache de pollen.

Mais ce n'était plus ma place de choisir ce qu'elle devait sauver.

Le lendemain, elle a apporté elle-même sa robe au pressing.

La personne au comptoir lui a expliqué que la marque pourrait rester.

Iris a répondu qu'elle comprenait.

Elle est revenue avec son reçu et l'a fixé sur le tableau de liège.

« Ce n'est qu'une robe », a-t-elle dit.

Je n'ai pas cherché à transformer cette phrase en symbole.

Nous avons continué à préparer notre déjeuner.

Elle a épluché les carottes, j'ai lavé la salade.

Nos gestes étaient maladroits parce que nous étions fatiguées.

Mais nous avons fini par manger ensemble.

« Il a même une photo d’elle bébé dans son portefeuille », a-t-il ajouté.

Iris s’est tournée vers moi.

« Est-ce qu’il a essayé de me contacter ? »

Dans le tiroir fermé de ma chambre se trouvait une boîte contenant des cartes, des enveloppes et deux lettres jamais ouvertes devant elle.

J’ai eu honte d’en connaître précisément le nombre.

« Oui », ai-je répondu.

Iris a reculé jusqu’au canapé.

« Alors je veux les voir. Toutes. »


Cliquez ici pour continuer la lecture : PARTIE 3 : Les lettres cachées et la boîte à chaussures donnent enfin à Iris le droit de poser ses questions

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La robe bleue, le départ d’Iris et les cinq minutes qui ont brisé notre silence #11

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